Quatre mois après l’attaque iranienne contre une base militaire américaine au Koweït, qui avait coûté la vie à six soldats et blessé des dizaines d’autres à Port Shuaiba, l’événement continue de susciter de vives tensions au sein de l’armée américaine. Dix-sept militaires ainsi que des personnes au fait de l’enquête interne accusent le commandement d’avoir ignoré des avertissements sur la sécurité de la base et d’avoir commis une série de manquements pendant et après l’attaque iranienne arrivée le 1er mars, révèle le Washington Post.
Cette frappe de drone Shahed, survenue au deuxième jour de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, a constitué l’une des pertes les plus importantes subies par Washington pendant le conflit. A l’époque, elle avait déjà alimenté les critiques contre la décision du président Donald Trump d’engager les troupes américaines dans la guerre.
Des avertissements ignorés
Dans les semaines précédant le conflit, le Pentagone avait choisi de disperser ses effectifs hors de ses grandes bases régionales, afin d’éviter qu’ils ne soient une cible trop importante pour l’Iran. C’est dans ce contexte qu’une partie du 103e commandement de soutien expéditionnaire, d’habitude situé dans le camp d’Arifjan, a été transférée vers Port Shuaiba, à une trentaine de minutes. Mais plusieurs membres de cette unité, chargée d’assurer la logistique de milliers de soldats au Moyen-Orient, affirment que le site présentait de graves défaillances. Dès les premières reconnaissances, des équipes auraient signalé les lacunes dans le dispositif de sécurité, notamment contre les drones.
Les témoignages recueillis par le quotidien américain mettent directement en cause plusieurs généraux. Selon les militaires interrogés, leur hiérarchie connaissait dès le mois de décembre les faiblesses défensives du port et avait obtenu des renseignements indiquant qu’il figurait parmi les cibles potentielles de l’Iran en cas d’escalade. Pourtant, leur commandement a maintenu le transfert, malgré les risques. « Nous savions qu’il s’agissait d’une cible identifiée », affirme l’un des soldats interrogés.
Les survivants dénoncent également l’insuffisance des dispositifs d’alerte, comme le système « Big Voice », des haut-parleurs installés en hauteur servant à ordonner aux troupes de se mettre à couvert. Si celui-ci a été remis en état de fonctionnement quelques jours avant l’attaque par l’un des soldats (l’adjudant-chef Robert M. Marzan, tué lors de la frappe), la base ne disposait d’aucun système capable d’intercepter les drones Shahed utilisés régulièrement par l’Iran.
Les soldats soulignent aussi l’absence de couverture aérienne pour contrer les attaques ou dissimuler les troupes à la surveillance aérienne, contrairement aux recommandations habituelles de l’armée américaine. Plusieurs militaires affirment par ailleurs que leur unité avait demandé le déploiement d’un système mobile de lutte anti-drones appelé EAGLS. L’état-major central de l’armée n’a pas accédé à cette demande : « elle a été refusée faute de ressources », a déclaré l’un des témoins.
Autre élément dénoncé : l’unité aurait été déployée sur le site sans armement. « Personne n’avait d’arme. Ni armes collectives, ni armes automatiques. Nous avons laissé tout cela dans l’armurerie d’Arifjan », témoigne un militaire.
Une succession de décisions contestées
Les critiques des soldats portent également sur la gestion de la menace le jour de l’attaque. Alors que plusieurs alertes avaient été données, conduisant les soldats à se réfugier dans les bunkers, des responsables auraient encouragé un retour dans le centre des opérations, avant que l’alerte ne soit totalement levée. Une trentaine de minutes plus tard, un drone iranien s’abattait directement sur le bâtiment, projetant les militaires contre les murs et provoquant un incendie meurtrier.
Plusieurs survivants reprochent également à l’un de leurs généraux d’avoir quitté immédiatement le bâtiment après l’explosion pour rejoindre un bunker, tandis que d’autres officiers et soldats retournaient dans le bâtiment en flammes afin de secourir leurs camarades.
Les blessés dénoncent enfin une prise en charge médicale défaillante. Certains racontent avoir dû rejoindre eux-mêmes un hôpital de Koweït City pour être soignés, avant d’être transférés vers un hôpital militaire en Allemagne, à Landstuhl. Faute d’avoir été correctement enregistrés comme blessés graves, les équipes médicales n’auraient pas été informées de leur état avant leur arrivée, retardant leur traitement.
Une enquête qui suscite la défiance
Selon plusieurs militaires interrogés par le Washington Post, ces défaillances pourraient s’expliquer par le fait que le commandement sous-estimait les capacités de riposte de Téhéran. Malgré les avertissements des services de renseignement, beaucoup pensaient qu’une opération contre l’Iran serait de courte durée, et qu’en cas de représailles, celles-ci seraient limitées comme lors de l’été précédent.
Mais le 28 février, les forces américaines et israéliennes lancent l’opération « Epic Fury », visant plus de 1 000 cibles sur le territoire iranien en vingt-quatre heures. En réponse, Téhéran déclenche une vaste campagne, mobilisant des centaines de drones et de missiles contre les intérêts américains et israéliens dans la région.
Les survivants remettent également en cause l’impartialité de l’enquête : « plusieurs soldats ont déclaré douter que l’enquête militaire, communiquée aux familles des victimes, permette de tenir pour responsables le déploiement de troupes à Port Shuaiba malgré les vulnérabilités connues », détaille le quotidien. Un responsable au fait du dossier a confirmé que celle-ci n’envisage actuellement aucune sanction.
De son côté, le commandement de l’armée américaine pour le Moyen-Orient rejette toute accusation, assurant que Port Shuaiba avait été sélectionné « conformément aux plans opérationnels », qu’il était fortifié et disposait d’un espace suffisant dans les bunkers pour les effectifs qui y étaient déployés.
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Publish date : 2026-07-14 15:47:00
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