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    Antoine Vermorel-Marques, le plus écolo des LR : « Nos électeurs sont en avance sur nous »

    IntelliNewsBy IntelliNewsjuillet 28, 2026Aucun commentaire8 Mins Read
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    Malaise à tribord. La maison brûle – littéralement – et la famille politique de Jacques Chirac, l’auteur de cette formule restée dans les annales, semble comme désemparée à force d’avoir regardé ailleurs. Sur les réseaux sociaux, dans la presse, les réactions à droite se font timides. On feint un peu moins qu’à l’habitude l’indignation, comme si chacun sentait venir l’inévitable invitation à faire profil bas ; mais on tient son rang : la clé résiderait dans l’adaptation. Et si on commandait un bombardier d’eau « souverain », suggère le premier ? Et pourquoi pas un « Canadair européen », abonde le deuxième ? Le vrai problème, c’est le manque de moyens, renchérit le troisième. Faire amende honorable, en revanche, ça non, au grand désarroi d’Antoine Vermorel-Marques, Cassandre esseulée au sein d’un camp qui continue de faire l’autruche.

    Auteur d’un ouvrage à paraître en novembre (en pleine COP31), ce fils d’éleveur laitier plaide depuis son élection en juin 2022 à l’Assemblée pour que la droite « redevienne » écolo ; ce qu’elle a, selon lui, toujours été – du moins, jusqu’à un certain temps. Entretien.

    L’Express : Comment jugez-vous la réponse de l’exécutif à la crise que la France vit depuis plusieurs jours ?

    Antoine Vermorel-Marques : 220 000 personnes ont été évacuées sans hécatombe, ce qui est une prouesse opérationnelle. Mais nous vivons aussi un moment de bascule. Quand dans la même année, vous avez 115 000 hectares qui partent en fumée avec 13 000 départs de feu, ce n’est plus une série d’accidents, c’est un nouveau climat. Or, notre Etat est organisé pour éteindre, pas pour empêcher : nous donnons le meilleur de nous-mêmes en réaction, mais nous sommes nuls en anticipation. C’est tout le sujet de l’adaptation au changement climatique.

    L’exécutif a-t-il sous-estimé ces alertes, qui reviennent chaque été ?

    Ce qui est sûr, c’est que nous sous-estimons ce qui vient. Car les faits sont têtus. La France et l’Europe se réchauffent plus vite que le reste de la planète, et nous n’en sommes pas même à mi-chemin de notre réchauffement. En l’état des trajectoires actuelles, l’évolution des températures sur notre sol pourrait atteindre +4°C en 2100 ! A l’avenir, Météo-France annonce une saison des feux allongée d’un à deux mois.

    Demain, des régions comme le Jura, la Bretagne, le Massif central et les Alpes seront soumises aux mêmes risques d’incendies. Ce n’est plus le problème du Var ou de la Gironde, c’est celui de la France entière et de son adaptation globale. Et malheureusement, c’est clairement l’angle mort de ces quinze dernières années. Car qui a porté ce sujet dans le débat public ? Personne. Le sénateur écologiste Ronan Dantec le reconnaît lui-même : à force d’avoir dit qu’un réchauffement à +2 °C serait la fin du monde, il devenait impossible d’expliquer comment on ferait pour vivre à +3 °C.

    Considérez-vous que l’on peut se limiter à l’adaptation au changement climatique, comme la plupart des responsables politiques de droite, ou faut-il s’attaquer aux causes identifiées de celui-ci ?

    Les deux, évidemment. Et méfiez-vous de ceux qui les opposent. Quand on prétend choisir entre l’atténuation et l’adaptation, c’est presque toujours qu’on cherche un alibi pour ne rien faire. Elles ne sont pas rivales, elles sont liées : l’adaptation est la facture de l’atténuation que nous n’avons pas faite. Chaque dixième de degré évité, c’est de la dépense d’adaptation en moins. Renoncer à agir sur les causes, ce serait renoncer à maîtriser la dépense. C’est vraiment paradoxal pour la droite.

    Mais « s’attaquer aux causes » en 2026 ne veut plus dire ce que cela voulait dire en 2010. Depuis 1990, la France a réduit de 33 % les émissions produites sur son sol, mais celles liées à nos importations ont augmenté de 13 % ! La moitié de notre empreinte carbone est aujourd’hui importée. Nous avons décarboné ce que nous produisons et délocalisé le reste. Nous avons fermé des usines et appelé ça de l’écologie. Donc oui, il faut s’attaquer aux causes. Mais elles ne sont plus d’abord dans nos usines : elles sont dans ce que nous achetons à l’étranger et dans la façon dont nous laissons entrer les produits. L’atténuation est devenue une politique commerciale, industrielle et énergétique. C’est-à-dire, très exactement, un sujet de droite.

    La gauche et une partie de la presse pointent l’inaction de votre famille politique sur le climat. Vous vous êtes vous-même distancié de certaines positions de votre groupe. Ces critiques vous semblent-elles justifiées ?

    En partie, oui. Et je préfère le dire moi-même plutôt que de l’entendre dire. La droite a décroché depuis mars 2010 et la petite phrase de Nicolas Sarkozy au Salon de l’agriculture (« l’environnement, ça commence à bien faire »). Mais que l’opinion publique ne se trompe pas. Les parcs nationaux, c’est de Gaulle. Le premier ministère de l’Environnement, en 1971, c’est Pompidou. Le développement accéléré du nucléaire, c’est Messmer puis Giscard. La Charte de l’environnement dans la Constitution, c’est Chirac. Le Grenelle, c’est Nicolas Sarkozy avec Jean-Louis Borloo. Ce n’est pas notre héritage qui est en cause, c’est notre amnésie.

    A quoi ressemblerait une véritable écologie de droite ? Pensez-vous réussir à convaincre les vôtres ?

    Une écologie des cobénéfices, plutôt qu’une écologie des sacrifices. Depuis quinze ans, nous avons fait de l’écologie une politique de la soustraction : toujours moins. Je propose d’en faire une politique de la puissance. Mon raisonnement est géopolitique avant d’être moral. La Chine détient 45 % des capacités industrielles mondiales dans les technologies vertes. Les Etats-Unis ont massivement subventionné leur industrie décarbonée avant de refermer leurs frontières. Pendant ce temps, la France importe 60 % de son énergie et 51 % de son empreinte carbone vient de ses importations. Si nous ne bougeons pas, nous deviendrons une colonie des empires verts qui se constituent. Il est temps que la droite et le centre se dotent d’un corpus programmatique.

    L’écologie ne doit pas seulement parler d’émissions de CO₂ mais aussi de sécurité et de protection, et cesser de secondariser l’adaptation. Les défis sont déjà immenses et vont s’intensifier : cinq départements concentreront les deux tiers des catastrophes d’ici 2050, les assureurs commencent déjà à s’en retirer, et notre régime d’indemnisation des catastrophes naturelles est déficitaire chaque année depuis 2016. Or un euro investi dans l’adaptation évite huit euros de dégâts. Il n’existe pas de placement public plus rentable.

    Nous devons continuer nos efforts pour baisser nos émissions. Et cela ne pourra passer que par une souveraineté et une compétitivité retrouvées. Nous devrons d’abord tout faire pour bénéficier d’une énergie abondante, nationale et bas-carbone, en relançant fortement le nucléaire – sans stop-and-go – et en profitant enfin de notre potentiel renouvelable thermique quasi inexploité. Cela suppose aussi de disposer de frontières commerciales qui cessent d’être de vraies passoires. On ne peut pas exiger de nos agriculteurs et de nos industriels d’être les plus vertueux du monde et laisser une concurrence déloyale qui ne respecte aucune de nos règles les asphyxier.

    C’est ce que j’ai vu de près avec Shein. Contrôler nos importations, c’est dans le même geste gagner sur le plan du carbone, de la santé, de l’emploi et de l’indépendance. L’écologie des cobénéfices a une méthode : chaque euro peut et donc doit servir deux, trois, quatre fois. Changer son mode de chauffage du gaz à l’électrique, c’est du CO₂ en moins et du pouvoir d’achat en plus. Contrôler nos frontières commerciales, c’est du climat et de l’emploi. Dépolluer l’air, c’est de la santé et des dépenses de soin évitées. Là où on nous demande un sacrifice, je propose un rendement.

    Les Républicains ne sont-ils pas aussi un peu paralysés par la crainte de voir leurs électeurs rejoindre un RN qui prospère sur le rejet des contraintes environnementales ?

    Cette peur est mal renseignée et mauvaise conseillère. Mal renseignée, parce qu’il existe à droite une appétence environnementale réelle, avec ses marqueurs propres : la science, la souveraineté, la santé, l’eau, le patrimoine, la croissance verte. Un chiffre devrait faire réfléchir mon camp : selon une enquête Ipsos BVA de septembre 2025, 90 % des sympathisants LR se disent inquiets devant la multiplication des événements climatiques extrêmes. Nos électeurs sont en avance sur nous. Ce ne sont pas eux qui bloquent.

    Mauvaise conseillère ensuite, parce qu’on ne gagnera jamais en ressemblant au RN. En 2016, les députés RN se sont abstenus sur l’accord de Paris. A Strasbourg, ses élus se sont abstenus sur la taxe carbone aux frontières, la seule mesure qui protégerait vraiment nos industriels ; tous les autres partis ont voté pour. Sur le nucléaire, il était contre en 1984, pour en 2007, contre en 2012, pour aujourd’hui. Le RN, c’est une girouette, pas une doctrine.



    Source link : https://www.lexpress.fr/politique/lr/antoine-vermorel-marques-le-plus-ecolo-des-lr-nos-electeurs-sont-en-avance-sur-nous-4JPREZLUMFEBLCT7D6DFPWF6JY/

    Author : Ambre Xerri

    Publish date : 2026-07-28 05:45:00

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