Y a-t-il un moyen de faire baisser l’autisme aux États-Unis ? Pour Donald Trump, la réponse se trouve dans les vaccins. Et le président ne se prive pas d’insister auprès de son ministre de la Santé pour qu’il réduise les vaccinations recommandées aux enfants : en mai, lors d’un déjeuner dans son club de golf de Virginie, Donald Trump reproche à Robert F. Kennedy Jr. le fait que le dossier n’avance pas davantage. Mi-juin, même sujet dans le bureau Ovale, avec une consigne plus nette : celle d’accélérer. Selon le Wall Street Journal, le locataire de la Maison-Blanche ramène désormais presque chaque échange sanitaire avec « RFK Jr. » aux vaccins et à l’autisme. Il espère qu’un calendrier allégé sera suivi d’une baisse des diagnostics, même si un tel effet, à supposer qu’il existe, demanderait des années pour être mesuré. Le président estime avoir déjà laissé assez de temps à son ministre.
Retour en janvier : Kennedy propose de ramener de 17 à 11 le nombre de maladies couvertes par les recommandations fédérales de vaccinations infantiles. En mars, le juge Brian Murphy suspend la réforme. Selon lui, le gouvernement a contourné le comité d’experts chargé d’établir ces recommandations et nommé illégalement plusieurs de ses membres. La décision ne clôt pas le dossier. Fin mai, Donald Trump signe donc un décret ordonnant au ministère de réduire le nombre de vaccins recommandés. Et puis, en juin, Kennedy saisit une cour d’appel pour obtenir un examen plus rapide. Ses équipes préparent aussi une nouvelle composition du comité, avec moins d’exigences concernant l’expertise de ses membres. Cette fois, le ministère entend éviter que la procédure ne soit annulée avant même la réforme.
Le dossier ne repart pas à zéro
La demande de Donald Trump vise surtout les vaccins administrés aux enfants. Le président reste favorable à ceux destinés aux adultes : il a reçu les injections contre le Covid et la grippe à l’automne dernier et revendique régulièrement l’opération Warp Speed, lancée sous son premier mandat pour accélérer la mise au point des vaccins contre le Covid. Ses réserves concernent plutôt le ROR, qui protège contre la rougeole, les oreillons et la rubéole. Donald Trump souhaite que ses trois composantes soient administrées séparément, mais les chercheurs n’y voient aucun avantage médical et préviennent qu’un plus grand nombre de rendez-vous augmente le risque que certaines doses soient oubliées. Surtout, le lien entre le ROR et l’autisme a déjà été largement étudié, et les résultats ne vont pas dans le sens du président.
La hausse des diagnostics, elle, est bien documentée. Aux États-Unis, environ un enfant de 8 ans sur 31 était identifié comme autiste en 2022, contre un sur 150 en 2000. Les chercheurs n’ont pas établi de cause unique à cette progression, tout en citant notamment l’amélioration du dépistage, l’élargissement des critères diagnostiques, des facteurs génétiques ou l’âge des parents comme raisons potentielles. Le chiffre a changé ; l’état des connaissances, en revanche, ne permet pas d’en désigner un responsable unique.
Une conviction ancienne
Donald Trump s’intéressait déjà au sujet en 2000, lorsqu’il soutenait des associations consacrées à l’autisme qui mettaient en cause les vaccins. En 2014, il écrivait qu’il fallait vacciner les enfants, mais éviter plusieurs injections lors d’une même consultation. Avant son premier mandat, il avait envisagé de confier à Kennedy une commission sur les vaccins : elle n’a jamais vu le jour. Cette priorité contrarie toutefois la stratégie préparée par ses conseillers. Le sondeur historique de Donald Trump, Tony Fabrizio, a conclu l’hiver dernier que le scepticisme vaccinal intéressait moins les électeurs que les autres thèmes de Make America Healthy Again (Maha), comme l’alimentation ou les colorants. Une enquête de la Fondation KFF, relayée par le Wall Street Journal, indiquait en juin que plus de 80 % des adultes américains faisaient confiance à leur médecin pour les informations sanitaires, contre 34 % à Kennedy.
La Maison-Blanche avait donc demandé au ministre de privilégier les sujets alimentaires avant les élections de mi-mandat. Une note interne classait la nutrition parmi les thèmes « verts » et les vaccins parmi les thèmes « rouges ». Kennedy avait suivi la consigne et parlait rarement des injections en public. Donald Trump vient de remettre le sujet au programme.
Le ministre doit maintenant satisfaire trois délais : celui de la cour d’appel, celui des nouvelles études lancées par son administration et celui du président. Sa position est d’autant plus observée que Donald Trump consulte de plus en plus Mehmet Oz sur la politique de santé, au point que certains responsables l’imaginent en possible successeur après les élections de mi-mandat, ce que l’administration dément. Le président veut inscrire la baisse de l’autisme à son bilan. Kennedy doit dans la suite transformer cette ambition en résultats, avec la simple difficulté que la science ne suit pas toujours le calendrier électoral.
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Publish date : 2026-07-28 16:16:00
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