Le tout pour le tout. Face à la résistance de l’Ukraine, que Vladimir Poutine avait sous-estimée lors du lancement de l’invasion en février 2022, le président russe se trouverait aujourd’hui dans une impasse. Plutôt que de faire cesser le conflit, le chef de l’État russe pourrait donc choisir de passer à la vitesse supérieure.
Lors d’une prise de parole officielle, le 22 août dernier, Vladimir Poutine a réagi aux récentes attaques de drones ukrainiennes, de plus en plus efficaces, contre des raffineries de pétrole et des centres logistiques russes. Le chef du Kremlin a accusé l’Ukraine d’avoir ouvert une « boîte de Pandore » tout en promettant des représailles contre « les secteurs le plus sensibles » de son économie. Le même jour, en s’adressant à son parti, la Russie unie, l’initiateur de la guerre a balayé d’un revers de la main toute possibilité d’un arrêt de la guerre. « L’opération militaire spéciale [NDLR : le terme utilisé par Moscou pour qualifier la guerre en Ukraine] continue », a-t-il déclaré. « Nous irons de l’avant. »
Crainte de l’Otan
En parallèle, les réactions récentes des pays membres de l’Otan témoignent de leurs inquiétudes face au risque d’escalade du conflit. Le 4 août, l’aéroport allemand de Leipzig-Halle a été la cible d’une tentative d’attaque par drone, que Berlin s’apprêterait à attribuer officiellemet à la Russie. De nouvelles sanctions pourraient suivre.
Le 20 août, la Roumanie a affirmé qu’une de ses plateformes de forage, a été visée par un drone naval qu’elle a toutefois réussi à détruire. Cinq jours plus tard, le 25 août, la Slovaquie a annoncé avoir déjoué une tentative d’incendie criminel visant une usine de drones.
Ce même 25 août, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’est discrètement rendu à Moscou. Le motif de cette visite surprise n’a pas été rendu public. Selon différentes sources citées par The Economist, John Ratcliffe aurait pu tenter de persuader le président russe de négocier un accord de paix ou, selon une autre hypothèse, de le mettre en garde contre une éventuelle attaque visant un pays membre de l’Otan.
Enfin, le 28 août, la Finlande a demandé l’appui de la Suède, qui prévoit de déployer des avions de chasse Gripen et un navire de guerre afin de renforcer la surveillance du territoire finlandais, notamment face au risque d’incursions dans la zone frontalière avec la Russie.
Après plusieurs semaines de réflexion au cours de l’été, Vladimir Poutine semblerait avoir décidé d’intensifier le conflit, rapportent des sources proches du Kremlin citées par The Economist. L’un de ses associés de longue date estime notamment que le président russe pourrait avoir interprété la visite du patron de la CIA comme un signe de faiblesse américaine. Selon cette source, Vladimir Poutine aurait déjà interprété de la même manière la visite à Moscou, en novembre 2021, de Bill Burns, alors directeur de la CIA, venu le mettre en garde contre une invasion de l’Ukraine. Trois mois plus tard, le 24 février 2022, le président russe lançait son offensive contre son voisin.
« Ils vont me pendre » : le risque d’une désapprobation populaire
Ce qui pèse surtout dans la balance pour le président russe, c’est surtout son sort personnel qui pourrait vaciller si la population n’est pas satisfaite. Selon le Centre Levada, un institut de sondage indépendant, 57 % des Russes décrivent la situation actuelle comme « tendue ». Les personnes interrogées évoquent notamment la guerre, son bilan, la mobilisation militaire, les attaques de drones et l’incertitude face à l’avenir. À cela s’ajoutent une baisse de la confiance populaire accordée à la propagande télévisuelle et des appels à mettre fin à la guerre publiés par des jeunes sur les réseaux sociaux. Selon The Economist, la cote de popularité de Vladimir Poutine est également en baisse.
Si la défiance pourrait être populaire, elle pourrait aussi venir des élites du pays. Selon un initié, le problème est la durée de ce conflit. Vladimir Poutine, ne pourrait pas, après cinq ans, cesser cette guerre sans avoir accompli l’objectif principal – conquérir toute la région du Donbass oriental, ou bien, il le ferait en avouant son échec, ce qui n’est pas envisageable pour son régime autoritaire. Le chef du Kremlin aurait même confié avoir peur pour sa vie, le cas échéant. « Ils vont me pendre », aurait-il raconté à certains de ses proches, rapporte à The Economist une source interne.
Si l’enlisement n’est pas une option – occasionnant trop de pertes économiques et politiques à la Russie – faire cesser la guerre ne l’est pas non plus. L’alternative d’intensifier la guerre est donc de plus en plus attrayante pour Moscou. Dans un entretien accordé à L’Express, la chercheuse Vera Grantseva, affirmait que le risque d’une fuite en avant du conflit était bien réel.
L’Ukraine pourrait être la première cible de cette intensification. D’abord par les missiles : le 30 août, le ministère russe de la Défense a déclaré préparer une frappe massive contre les infrastructures énergétiques de l’Ukraine. Mais aussi sur le terrain : selon des sources russes citées par The Economist, Vladimir Poutine serait déterminé à envoyer 300 000 à 400 000 hommes supplémentaires au front. Certaines pourraient d’ailleurs s’avérer coercitives. À Penza, une région située à 750 kilomètres au sud-est de Moscou, les autorités testeraient d’ores-et-déjà ce nouveau système de recrutement.
Face à l’Otan, la Russie pourrait également intensifier ses opérations de sabotage contre les alliés de l’Ukraine et cibler les voies d’approvisionnement reliant l’Europe à l’Ukraine. Les services de renseignement occidentaux craignent aussi que Moscou ne s’en prenne à des usines européennes produisant du matériel destiné à l’effort de guerre ukrainien. Ils estiment toutefois que Vladimir Poutine ne souhaite pas une confrontation militaire directe avec l’Otan.
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Publish date : 2026-09-01 15:17:00
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