Dans la nuit du mardi 1er au mercredi 2 septembre, une fusillade a éclaté dans le quartier de Berezniaky, au centre de Kiev. Pour une fois, la Russie n’a pas appuyé sur la gâchette : les responsables sont deux services nationaux, tous deux en charge de la sécurité du pays. Leur affrontement aurait fait au moins trois blessés dans un camp.
Très vite après l’incident, le Service de sécurité intérieure d’Ukraine (SBU) – chargé de la sûreté de l’État, de ses institutions et de ses représentants -, a tenté d’expliquer l’événement alors que la zone était barricadée. Selon ses premières déclarations, une opération, conjointement menée avec le renseignement militaire ukrainien (HUR), aurait permis de déjouer une « attaque terroriste » menée par le Service fédéral de sécurité russe (FSB). Celle-ci aurait visé « l’un des dirigeants de l’opposition russe » arrivé fin août en Ukraine, à l’occasion du jour de l’indépendance.
Quatre heures plus tard, le SBU a finalement donné une autre version des faits, davantage embarrassante pour ses services et la crédibilité de l’Ukraine. Dans un communiqué, le service de sécurité ukrainien affirme que son unité d’élite Alpha s’est en fait confrontée au HUR, qui l’aurait empêchée de mener une perquisition. Les hommes du SBU auraient alors ouvert le feu et blessé ceux du HUR « qui ont résisté », a détaillé le premier service. Le second ne s’est pas encore exprimé à ce sujet.
Comme le rappelle le Wall Street Journal, le SBU et le HUR sont les principales agences de renseignement ukrainiennes, toutes deux à l’origine d’opérations clandestines en territoire russe, comme l’assassinat d’officiers militaires ennemis. D’après le quotidien américain, qui s’appuie sur des sources proches du dossier, la lutte d’influence et de ressources entre les deux organisations s’est intensifiée ces derniers mois, notamment à la suite de changements de direction dans les deux services.
Courroux de Volodymyr Zelensky
Volodymyr Zelensky a qualifié l’incident de mercredi de « honte absolue » dans un communiqué partagé sur la messagerie Telegram le jour même. « Des responsabilités devront être établies, notamment en ce qui concerne les décisions prises par les chefs des services à l’encontre des personnes impliquées », a-t-il affirmé, ajoutant que « tous les témoignages et déclarations des personnes impliquées seront vérifiés. Des enquêtes internes doivent également être menées ». « Ici, en Ukraine, on ne peut tirer que sur les occupants russes, pour défendre l’Ukraine. Aucune autre fusillade ne sera jamais considérée par notre Etat comme quelque chose qui puisse être permis à qui que ce soit », a-t-il aussi déclaré le soir dans son allocution quotidienne.
En interne, le président a aussi fait part de sa colère en « tomb[ant] fort » sur les responsables des deux services impliqués, a affirmé son chef de la communication Dmytro Lytvyn auprès de médias nationaux. Le courroux du président ukrainien est d’autant plus fort que la Russie, dans une impasse après presque cinq années de guerre, risque de tenter l’escalade du conflit. Mercredi, Kiev endurait, pour la sixième journée consécutive, des frappes de drones russes. Selon les responsables ukrainiens, cette intensité atteste d’un changement stratégique de Moscou.
Selon Dmytro Lytvyn, Volodymyr Zelensky aurait aussi sommé de « fournir des informations au public ». Toutefois, quelques explications circulent déjà. D’après les éléments recueillis, entre autres par Ukrainska Pravda, la fusillade semble impliquer le Corps des volontaires russes (RVC). Cette unité de nationalistes russes dirigée par Denis Nikitin, un militant néonazi, combat pour l’Ukraine en étant rattachée au HUR. Le RVC a déclaré en début de semaine qu’un de ses commandants, Stepan Kaplunov, avait été « enlevé » quelques jours auparavant « sans aucune information […] sur les accusations portées contre lui ».
Son avocat, Taras Brovsky, a déclaré au journal ukrainien Slidstvo que son client avait été arrêté par le SBU, fin août. Il aurait été raccompagné chez lui mercredi par l’agence de sécurité qui souhaitait perquisitionner son appartement. Les officiers de RVC, présents sur place, auraient alors tenté d’empêcher le SBU d’entrer dans l’appartement, rejoints ensuite par le renseignement militaire ukrainien. Toujours selon l’avocat, le SBU aurait justifié l’arrestation et la perquisition par des investigations dans le cadre d’une enquête criminelle. Si aucune précision n’a été ajoutée, le SBU affirme que Stepan Kaplunov a été libéré après la fusillade.
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Publish date : 2026-09-03 11:31:00
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