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    « Les choses se dégradent vraiment » : faudra-t-il un jour évacuer les vallées de montagne ?

    IntelliNewsBy IntelliNewsseptembre 5, 2026Aucun commentaire7 Mins Read
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    Alton Byers a consacré sa vie à la montagne. Surtout aux plus grandes d’entre elles, l’Himalaya et les Andes, dont il a arpenté les pentes, majestueuses, dangereuses. Le chercheur de l’Université du Colorado (Etats-Unis), spécialiste des risques liés aux glaciers, a déjà couvert une douzaine d’éboulements et d’effondrements en haute altitude. Parfois en témoin direct des dégâts qu’ils peuvent provoquer. « Je pensais avoir assisté à des phénomènes vraiment massifs. J’en ai des vidéos. J’en ai même fui certains, raconte l’explorateur pour National Geographic. Mais la catastrophe du Népal dépasse tout ce qu’on pouvait imaginer. C’est absolument la plus grande que j’ai jamais vue. »

    Le 26 août, une crue dévastatrice a fait plus de 1 300 morts et 5 000 disparus à la frontière avec le Tibet, selon un bilan en constante évolution. Si les scientifiques tentent encore de retracer le déroulé exact de la catastrophe, une explication solide se dégage. Sur la face nord du Langtang Lirung, un sommet de l’Himalaya, un énorme pan de glacier s’est détaché avant de chuter de plus de 1 200 mètres. Un choc démesuré, enregistré comme un séisme de magnitude 5,2. Un amas de roches, de glaces et d’eau a ensuite déferlé en aval, sur plus de 100 kilomètres en sept minutes, emportant tout sur son passage : une dizaine de centrales hydroélectriques, des routes, des ponts, des quartiers, un poste-frontière… « On estime qu’une masse de 100 à 200 millions de mètres cubes a dévalé la montagne, dont une étonnante quantité d’eau », indique le glaciologue Christian Huggel, de l’Université de Zurich (Suisse). Passé la sidération, tous les experts interrogés par L’Express redoutent une multiplication de tels désastres. A la fois plus nombreux et plus violents. Vivre au pied des glaciers restera-t-il encore possible ?

    Habiter la montagne a toujours comporté son lot de risques. L’histoire des villages d’altitude regorge de crues, d’avalanches et d’éboulements. Mais le changement climatique ajoute un danger supplémentaire. Même avec une hausse des températures contenue à +1,5°C, un scénario déjà quasi enterré, la moitié des glaciers du monde disparaîtraient d’ici 2100. D’après une étude publiée dans la revue Nature Climate Change en décembre dernier, le « pic » d’extinction se situerait à la moitié du siècle : entre 2 000 et 4 000 glaciers – sur près de 300 000 dans le monde – pourraient fondre chaque année. Ceux des Alpes et des Pyrénées, qui ont déjà perdu une grande partie de leur masse depuis deux décennies, sont parmi les premiers touchés. Une tendance confirmée par cet été caniculaire : les Alpes viennent d’enregistrer un record de chutes de pierres, en particulier dans le massif du Mont-Blanc. Au point de fermer deux refuges et de suspendre certaines voies d’ascension au plus haut sommet d’Europe.

    Aucune région épargnée

    Grand suspect dans la catastrophe du Népal, mais en attente d’une attribution formelle de sa responsabilité, le changement climatique transforme profondément les équilibres en haute montagne. Au moins trois processus, souvent combinés, sont à l’œuvre. Le recul des glaciers, sous l’effet de la hausse des températures, réduit le soutien apporté aux pentes, plus susceptibles de céder. Le permafrost se fragilise aussi. Cette glace, sorte de ciment des hautes altitudes qui scelle les petites fissures et cavités, se ramollit et affaiblit les montagnes. Enfin, les épisodes de pluies plus intenses, cumulés à la glace qui fond, favorisent les infiltrations d’eau dans le sol et la roche. Ce qui augmente la fréquence des glissements de terrain.

    Dans les vallées densément peuplées de l’Himalaya, les dégâts s’avèrent souvent considérables. En 2021 déjà, une crue massive charriant roches, glaces et eau, dévastait le district de Chamoli, au nord de l’Inde, tuant plus de 200 personnes. Si toutes les régions montagneuses de la planète ne sont pas exposées au même degré de danger, aucune n’est épargnée. « La situation se dégrade vraiment en Alaska, confie Bretwood « Hig » Higman, géologue indépendant installé dans cet Etat américain du cercle polaire. Au moins quatre événements meurtriers se sont produits depuis 2015. Outre des montagnes qui s’effondrent sur des glaciers, de grands glissements de terrain ont généré des tsunamis. » Le plus spectaculaire étant celui de Tracy Arm l’an dernier, avec une vague enregistrée à… 481 mètres de haut ! Quelques mois plus tôt, les Alpes enregistraient également un coup de semonce. Un éboulement provoqué par l’effondrement du glacier du Birch détruisait 90 % du village de Blatten, dans le canton suisse du Valais. Sans faire de victime, les 300 habitants ayant été évacués plusieurs jours auparavant.

    Dans ce cas, le système d’alerte précoce s’est révélé efficace. « En cas de grosse déstabilisation, des phénomènes avant-coureurs peuvent généralement être observés par les scientifiques ou les populations locales », pointe Ludovic Ravanel, géomorphologue et directeur de recherche au CNRS. Mais tous les massifs montagneux ne sont pas aussi scrutés que ceux des Alpes – pour des raisons de topographie et de ressources. Et puis l’évolution de la situation climatique complique la donne. « De nouveaux dangers vont surgir dans des zones jusqu’à présent épargnées, qui ne sont donc pas toujours sous surveillance », redoute Christian Huggel.

    Des décisions vallée par vallée

    Ira-t-on un jour jusqu’à déplacer, par anticipation, les populations concernées ? Pour l’heure, « Hig » en doute. Aucun exemple de déménagement préventif ne lui vient en tête. « La raison principale : la science n’est pas encore assez fiable pour fournir des recommandations solides, pointe le géologue américain. Mais avant même cela, il faut se demander ce que ‘trop risqué’ signifie réellement. Des populations continuent de vivre dans des endroits où le risque est effrayant, alors qu’elles ont parfois d’autres possibilités. » Le choix a récemment été donné aux habitants de Brienz (Suisse) : rester dans leur village évacué plusieurs fois en raison d’éboulements – dont l’un s’est arrêté aux portes de la commune – ou déménager. Un plan de relocalisation, financé à 90 % par le canton et la Confédération, a été approuvé en juillet dernier. Tous les résidents ne l’ont pas signé.

    « Il peut y avoir des lieux précis où le risque finit par devenir inacceptable et où la relocalisation constitue l’option la plus sûre, reconnaît Lauren Rawlins, chercheuse à l’Observatoire des lacs glaciaires de l’Université de Leeds (Royaume-Uni). Mais il n’existe pas de ‘point de non-retour’ climatique universel. Cette décision doit être prise vallée par vallée, en fonction des aléas identifiés, de ce qui est exposé et de la capacité réelle de protection des populations. » Face à un réchauffement qui s’accélère, les experts admettent que de nombreux efforts restent nécessaires : allouer davantage de moyens au travail des scientifiques, renforcer les systèmes de surveillance (humains et technologiques) et adopter de nouvelles mesures d’adaptation. Particulièrement dans les pays les plus vulnérables.

    Le débat sur l’habitabilité future de certains territoires n’en demeure pas moins nécessaire, estime Alice Baillat, conseillère politique à l’Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC), à Genève. Car reconstruire coûte bien plus cher que d’investir dans la réduction des risques en amont. « Aura-t-on les ressources économiques et l’ambition de sauver toutes les régions menacées ? Je pense malheureusement que non, craint l’ancienne chercheuse associée à l’Iris. A l’avenir, il faudra sûrement aller vers ce type de décisions difficiles mais courageuses, de déclarer des territoires comme trop dangereux. Ce qui implique la relocalisation de population, d’infrastructures, de services. Ce sont des choix extrêmement politiques et compliqués. Je ne vois pas encore de gouvernements prêts à les assumer. » Jusqu’à la prochaine catastrophe ?



    Source link : https://www.lexpress.fr/environnement/les-choses-se-degradent-vraiment-faudra-t-il-un-jour-evacuer-les-vallees-de-montagne-VTZF447WGZFDNP47VITDQQNR6E/

    Author : Baptiste Langlois

    Publish date : 2026-09-05 14:00:00

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