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    Rentrée littéraire 2026 : cinq premiers romans à lire absolument

    IntelliNewsBy IntelliNewsseptembre 6, 2026Aucun commentaire9 Mins Read
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    A-t-il déjà plié le match ? Avec son saisissant C’était ça ou mourir (Grasset), récit de l’exil d’un Haïtien vers le Canada, Thélyson Orélien est déjà installé dans les meilleures ventes de livres et a reçu le prix Méduse – en attendant sans doute d’autres lauriers. Outre Orélien, nous vous avons aussi déjà recommandé David Djaïz et sa Méthode (Stock). Voici d’autres nouvelles têtes à ne pas louper.

    « Lazar », de Nelio Biedermann

    Une famille dans le tourbillon de l’Histoire

    Certains parlent d’un nouveau Thomas Mann. Et comparent son Lazar aux Buddenbrook. L’écrivain suisse Nelio Biedermann, 23 ans, déboule en France précédé d’une flatteuse réputation. Lors de la Foire de Francfort 2024, une vingtaine d’éditeurs dans le monde ont acquis les droits de son premier roman. Ces éloges sont justifiés. Nelio Biederman manifeste un talent fou. Alors qu’il n’a pas encore achevé ses études à l’université de Zurich, il signe un classique.

    En couverture de son livre : un majestueux cheval blanc. Un lippizzan, comme en possédait sa famille juive hongroise avant d’émigrer en Suisse, en 1956. Le temps file au galop dans sa fresque familiale, en partie autobiographique, traversant deux guerres mondiales, le nazisme et le communisme.

    De la chute de l’Empire austro-hongrois à l’invasion soviétique, les Lazar assistent, impassibles et impuissants, à leur décadence. Tous ses membres s’accrochent au passé comme à « l’ancienne version d’eux-mêmes ».

    A l’instar du baron Sandor, spectre livide errant dans le château familial. Son fils Lajos, enfant de verre au regard de lac et à la peau extraordinairement fine, hérite des secrets de la dynastie. Parviendra-t-il à la relever ?

    Nelio Biederman capture le lecteur dans un sablier et ne le relâche qu’une fois tout le sable du siècle écoulé. Son style, mêlant réalisme cru, fantastique et humour caustique, vous happe. Tous ses personnages renferment une part d’étrange. Un petit garçon parle avec l’ombre d’un bouleau. Un précepteur recense dans un carnet les orgasmes qu’il procure. Un bénédictin lit Proust.

    A l’image de la forêt obscure, peuplée de mystérieuses créatures, qui borde le domaine des Lazar, le roman de Nelio Biederman baigne dans une atmosphère crépusculaire et ensorcelante. Ces vaincus de l’Histoire vous hanteront longtemps. Sébastien Le Fol

    Lazar, par Nelio Biedermann. Belfond, 350 p., 23 €. Traduit de l’allemand (Suisse) par Rose Labourie.

    « Paradisi Gloria », d’Elise Lespade

    Entre « Top Gun » et Eschyle

    On a presque honte de ranger Paradisi Gloria dans cette sélection des premiers romans, tant il domine, non seulement pas son volume, mais par la maîtrise de sa narration et son ambition, cette rentrée littéraire française, toutes catégories confondues. Le lecteur découvre petit à petit la famille Bromberg, version contemporaine et bourgeoisie de province des Atrides. Il y a la mère sainte-nitouche, le père qui se croit dans La Vie des autres, une fille sacrificielle et surtout deux frères ennemis, le sociopathe Dimitri, pilote dans l’armée de l’air, et son cadet Gaspard, psy sous emprise. Une femme, la pétaradante Alexis de la Pax, va dynamiter ce clan rongé par les névroses, les haines, les non-dits, l’inceste et un péché originel.

    Multipliant les modes de narration, enchevêtrant les histoires dans une spirale de violence, Elise Lespade, 35 ans, dévoile petit à petit les lourds secrets des Bromberg avec un sens certain de la révélation. Disciple de Faulkner dont elle a retenu la fureur biblique et le sens de la tragédie antique, la primo-romancière a passé sept ans de sa vie sur ce projet. Le plus époustouflant, c’est qu’en dépit des 800 pages, des longues et belles phrases proustiennes, de la multiplicité des lieux – de l’Alsace à Mayotte, de la Charente aux Antilles- et des sujets abordés – pêle-mêle : l’aviation, la guerre, la maladie mentale, la religion, la justice, l’enfer familial, l’Histoire de la fin du XXe siècle…- , on lit ça d’une traite. On peine à comprendre comment le juré Goncourt a pu oublier ce roman magistral de sa première sélection. Mais Elise Lespade vient de remporter le prix Stanislas. Thomas Mahler

    Paradisi Gloria, par Elise Lespade. Le Cercle ouvert, 781 p., 24,90 €.

    « Mon ami Curnonsky », de Louis Michaud

    Une nouvelle guerre du goût

    L’avenir de la cuisine, donc de la civilisation, est-il à chercher quelque part dans la Belle Epoque ? Hubert, le héros du premier roman de Louis Michaud, est un trentenaire parisien habité par le passé. Un jour, entre deux cuites et alors qu’il cherche un sens à sa vie, il découvre l’œuvre de Curnonsky (1872-1956), l’écrivain et critique culinaire aux multiples casquettes – grand ami et colocataire de Paul-Jean Toulet (ce génie), prête-plume de Willy (le mari de Colette) et fin gourmet élu prince des gastronomes par une large assemblée de chefs de son temps. Alors qu’Hubert se plonge dans les livres de son nouveau maître, une info le frappe : à Til-Châtel, en Bourgogne, un restaurant O’Tacos a explosé. L’attentat est revendiqué par de drôles de résistants du goût qui se font appeler les Curnonskas. Ni une ni deux, Hubert se rend sur place et infiltre la dissidence…

    La suite est à la fois délirante et plus réfléchie que ne le penserait un lecteur pressé. Auprès de Fridolin, le chef de gang qui parle en argot, Hubert suit l’insurrection gastronomique qui vient. Certains s’amusent à mettre des vers dans les burgers servis chez McDonald’s quand un autre parvient à se faire inviter à France Inter pour parler œnologie – et flinguer les vins bios. A un moment du livre, Louis Michaud s’amuse à détourner une fable de La Fontaine. Il y a une forme de morale dans Mon ami Curnonsky : l’auteur profite de ses scènes cocasses pour les épicer avec des réflexions sur la nouvelle cuisine (qui ne vaut pas l’ancienne !), notre rapport à l’écologie et à la culture française. On a l’impression de lire un Philibert Humm qui se nourrirait de l’œuvre de Frédéric Dard. Une excellente alternative à la malbouffe littéraire qui s’étale dans les librairies. Louis-Henri de La Rochefoucauld

    Mon ami Curnonsky, par Louis Michaud. Le Rocher, 217 p., 19,90 €.

    « Abdallah Superstar », d’Iman Ahmed

    Djibouti calling

    C’est l’histoire émouvante d’un homme qui aurait aimé être le Fela Kuti de Djibouti et a fini à moitié aphasique à Poitiers, ses rêves de gloire musicale derrière lui. S’il était né à Düsseldorf après la guerre, Galal Ahmed aurait pu être membre de Kraftwerk. Mais il a vu le jour en Afrique une génération plus tard. Au tournant de la fin des années 80 et du début des années 90, il se passionne pour les synthés japonais et la boîte à rythmes Roland TR-808 (celle qu’on entend par exemple sur l’album Midnight Love de Marvin Gaye). Dans son studio de Djibouti, cet héritier de l’afrobeat invente un son nouveau en mêlant musique traditionnelle et électro-pop contemporaine, et en produisant notamment le groupe Dinkara et le chanteur Abdallah Lee. Hélas, en l’an 2000, un AVC le terrasse. Sa femme décide de s’installer à Poitiers avec lui et leur petite fille de 6 ans, Iman. Les années passent, jusqu’à ce que meure Galal. Alors qu’elle range les affaires de son père, Iman réactive sa chaîne YouTube. C’est un choc : elle découvre des vidéos de concerts, un monde englouti ressurgit dans lequel elle reconnaît son père, auquel elle ne connaissait pas ce passé de musicien d’avant-garde…

    Fascinée par cette révélation, Iman fait des recherches. Ne conservant que très peu de souvenirs de ses premières années en Afrique, elle parvient à joindre d’anciens membres de Dinkara, et retourne sur place à Djibouti. Tout père qui a une fille sera bouleversé par le soin et l’amour avec lesquels Iman Ahmed reconstitue le puzzle de cette histoire brisée par le destin. Une fois le livre refermé, il faut foncer sur YouTube écouter la musique de Dinkara et d’Abdallah Lee : la pop vintage de Djibouti garde un temps d’avance sur la variété française d’aujourd’hui. L.-H. L. R.

    Abdallah Superstar, par Iman Ahmed. Actes Sud, 144 p., 16 €.

    « Le Dernier Présage de Victoria Woodhull », de Maxim Schwartz

    La reine Victoria

    Vous souvenez-vous de Victoria Woodhull (1838-1927) ? Sa vie est un roman : fille d’escrocs de l’Ohio, médium reconvertie courtière à Wall Street, chantre de l’égalité des sexes, de l’amour libre et du partage des richesses, elle fut la première femme candidate aux élections présidentielles des Etats-Unis en 1872 – cette excentrique qui a bel et bien existé aimait par ailleurs réinventer sa vie, forger sa légende. Comment raconter un destin aussi abracadabrant ? Faut-il ajouter de la fiction là où il y a déjà tant de pittoresque ?

    Pour son premier roman, Maxim Schwartz image la dernière journée de Victoria Woodhull. Nous sommes le 9 juin 1927 en Angleterre, où elle s’est retirée. Ce matin-là, l’octogénaire a prédit qu’elle sera morte avant minuit. C’est la panique pour ses domestiques, et notamment pour Ménélas Daisastre (personnage inventé par l’auteur), un rescapé de la Première Guerre mondiale qui rappelle fortement le très tourmenté Septimus Warren Smith de Mrs Dalloway – autre roman narrant vingt-quatre heures de la vie d’une femme, à la même époque. On reproche souvent aux primo-romanciers leur nombrilisme et leur manque de créativité, tant ils ont tendance à se satisfaire d’une écriture de soi plate et victimaire. Rien de tout cela dans le chatoyant Dernier Présage de Victoria Woodhull. D’un point de départ original, Maxim Schwartz tire un texte surprenant, teinté d’un néo réalisme magique façon Miguel Bonnefoy, avec une touche british à la place du folklore latino-américain. A la lecture du livre, on ne cesse de se dire qu’il faudrait faire un film avec cette femme haute en couleur (géniale ou mythomane ?), qui parle avec l’accent du Midwest tout en prenant des airs d’aristo anglaise. Mais quelle actrice serait à la hauteur ? L.-H. L. R.

    Le Dernier Présage de Victoria Woodhull, par Maxim Schwartz. Philippe Rey, 151 p., 18 €.



    Source link : https://www.lexpress.fr/culture/livre/rentree-litteraire-2026-cinq-premiers-romans-a-lire-absolument-MEKJUC2XSVD4XELKNTLHLLSAQ4/

    Author : Louis-Henri de La Rochefoucauld, Sébastien Le Fol, Thomas Mahler

    Publish date : 2026-09-06 06:30:00

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