La Coupe d’Afrique des nations (CAN) féminine, organisée au Maroc et qui s’est terminée mi-août par la victoire du Cameroun, a été relativement peu commentée dans les pays occidentaux. Elle illustre pourtant bien les progrès significatifs du sport féminin arabe. Dans une compétition jusqu’alors trustée par les pays d’Afrique subsaharienne, trois équipes arabes (Algérie, Egypte, Maroc) étaient qualifiées pour la phase finale, le Maroc ayant atteint au minimum la demi-finale des trois dernières éditions.
Cette évolution est le fruit d’un développement stratégique du sport féminin que l’on a pu observer de façon inégale depuis la fin des années 1990 à la fois en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.
On distingue deux stratégies assez différentes. D’abord, celle que l’on peut qualifier de très rapide et pilotée par le pouvoir. L’exemple type est celui de l’Arabie saoudite qui, depuis les réformes menées par le prince héritier, a créé de toutes pièces des fédérations féminines dans tous les sports, formé des cadres féminines, des coaches, construit des équipements pour créer une féminisation « par la base » sous l’impulsion du Leaders Development Institute dépendant du ministère des Sports et dirigé depuis plusieurs années par Mezna Al Marzooqi, véritable architecte du sport féminin saoudien.
Le football, sport national, n’a pas échappé à cette féminisation express et de nombreuses jeunes femmes, véritables pionnières, sont désormais membres de clubs nouvellement créés, espérant un jour évoluer au sein de la ligue professionnelle de football féminin récemment lancée ou de l’équipe nationale qui est désormais classée par la Fifa. Cette féminisation du sport s’est également faite par le haut, comme souvent en Arabie saoudite, avec plusieurs égéries comme l’escrimeuse olympique Lama Alfozan, ou la princesse multipliant les responsabilités dans les instances cyclistes Mishael Faisal Al Saud.
« Plan Marshall » au Maroc
L’autre modèle de développement est celui représenté par le Maroc, forcément plus abouti car s’inscrivant dans une tradition plus ancienne. La première sélection nationale a été créée en 1997, le championnat national en 2008, qui s’est professionnalisé en 2019. Le tournant survient avec un « plan Marshall » en 2019 et 2020 qui a vu le budget du football féminin multiplié par 6, l’accès des sportives aux infrastructures ultramodernes du complexe Mohammed VI et les résultats ont suivi. Les Marocaines furent finalistes des CAN 2022 et 2024, et la première équipe arabe qualifiée pour le mondial 2023, faisant du Royaume la référence arabe incontestée du football féminin.
Ces deux modèles de développement ont fait des émules, notamment en Egypte et en Tunisie mais sans atteindre la dimension marocaine. Le modèle saoudien a également inspiré d’autres pays du Golfe dans des proportions moindres. Dans le Golfe, le Qatar a également développé le football féminin, mais paradoxalement, sa sélection ne joue plus depuis 2014 et le Bahreïn, qui lança la première sélection arabe en 2003, fut un pionnier du sport féminin.
En finir avec les clichés
Le sport féminin, et le football en particulier, est devenu un outil de soft power et d’influence de la plupart des pays du monde arabe. Les deux modèles de développement qui se détachent recoupent toutefois des réalités différentes. Au Maroc, la condition féminine est très avancée depuis de nombreuses années, les progrès dans le secteur du football ne sont qu’une indication supplémentaire de la montée en puissance globale du Royaume qui s’est faite quasiment naturellement. Le modèle saoudien, reproduit dans le Golfe, est davantage un indicateur de nouveaux droits octroyés aux femmes en même temps qu’un outil de communication vis-à-vis du reste du monde.
Ces deux modèles reflètent des dynamiques politiques différentes mais battent en brèche de nombreux clichés sur le sport pratiqué par des femmes arabo-musulmanes. Loin des revendications identitaires, ces femmes deviennent des modèles d’émancipation et participent d’un mouvement de fond d’émancipation, souvent très peu perçu et mal compris en Occident.
*Arnaud Lacheret est professeur de science politique à Skema business school, campus de Dubai. Il est notamment l’auteur de La femme est l’avenir du Golfe et Les Intégrés (Le Bord de l’Eau).
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Publish date : 2026-09-11 14:38:00
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