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    « C’est lui qui concentre le plus de détestation » : Frédéric Dabi, le sondeur qui horripile LFI

    IntelliNewsBy IntelliNewsseptembre 17, 2026Aucun commentaire7 Mins Read
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    « Alors Frédéric, on ne vous voit jamais à nos dîners de famille ! ». Ce jour-là, début 2021, Emmanuel Macron, sourire en coin, s’amuse d’une rumeur répandue sur les réseaux sociaux. Frédéric Dabi, le directeur général de l’Ifop, aurait un lien de parenté avec le chef d’Etat. Pure invention bien sûr, révélatrice toutefois d’un des grands fantasmes qui entourent la profession de sondeur : celui d’une consanguinité secrète avec le pouvoir. Le médiatique dirigeant de 57 ans, devenu un visage connu des Français à force de courir les plateaux télé pour présenter ses baromètres et ses « photographies de l’opinion à un instant T », comme il est devenu de coutume de préciser, n’échappe pas aux soupçons, tout au contraire.

    « De tous, c’est lui qui concentre le plus de détestation, notamment venant des troupes insoumises », observe le patron d’un institut de sondage concurrent. Une hostilité qui le pique suffisamment au vif pour qu’il réplique ; celui qui s’apprête à commenter dans les médias, et pendant toute la campagne présidentielle, les études de l’Ifop, se fend fréquemment de SMS aigre-doux. LFI organise une table ronde intitulée « Sondages et médias : comment manipuler l’opinion ? », sans convier le moindre sondeur ? « Drôle de conception de la démocratie », assène-t-il au député Antoine Léaument, au milieu de quelques formules assassines visant notamment Jean-Luc Mélenchon qu’il se plaît à surnommer l’ »Être suprême » des insoumis.

    Un goût du bon mot, contracté auprès d’un instituteur de CM2, qu’il décline à l’envi : un autre député insoumis est rebaptisé « Paul-Pot » (sic) Vannier, Antoine Léaument est lui qualifié de « beriesque » – référence à Beria, l’un des plus redoutables exécutants de Staline. Un de ses proches relève : « Il ne supporte pas de voir le travail de l’Ifop attaqué, c’est plus fort que lui, il se sent obligé de défendre sa maison », comme lorsque l’institut a publié l’étude décriée sur les musulmans de France en novembre 2025.

    Un métier qui charrie de nombreux fantasmes

    C’est Jean-Luc Mélenchon lui-même qui a ouvert les hostilités voilà plusieurs années. En septembre 2025, le patron des insoumis prend directement à partie le sondeur sur X. « L’échantillon n’est pas crédible et ça se voit, monsieur Dabi » ou encore, « Monsieur Dabi, vous exagérez la magouille ». Quelques mois plus tôt, au printemps, Antoine Léaument l’avait convoqué à l’Assemblée nationale, dans le cadre de la commission d’enquête « concernant l’organisation des élections en France », dont il était le rapporteur. « Leurs études comportent les plus grands écarts de représentation entre l’électorat Mélenchon et Le Pen, je voulais donc comprendre les méthodes de redressement de Monsieur Dabi », se justifie auprès de L’Express l’élu de l’Essonne, en référence à cette méthode par laquelle les sondeurs corrigent certains déséquilibres de leurs échantillons. Elle vaut aux instituts de sondages de nombreux procès en trucage, Frédéric Dabi figurant parmi les principaux accusés. Lui défend son éthique, rappelle les écarts minimes entre les projections de l’Ifop et les résultats des dernières élections.

    ll ne prend pas la mouche non plus lorsqu’on le soupçonne de connivence avec le pouvoir. Que sa participation à un séminaire gouvernemental ou que des images de lui échangeant avec Maud Bregeon, un 14-Juillet, viennent nourrir sa réputation de sondeur du sérail, il pousse lui-même la caricature : « Mais oui, je suis un affreux sondeur germano-pratin ! »

    Ceux qui le connaissent lui reconnaissent toutefois un attrait pour les mondanités. A l’heure du déjeuner, on le retrouve aux meilleures tables de la capitale, chez Guy Savoy, ou chez Fauchon, où il a son rond de serviette. Et son carnet d’adresses, épais comme un guide Michelin, s’étend jusque dans les rangs du confidentiel cercle Ader, réseau de la réserve citoyenne de l’armée de l’Air. Parrainé par le général André Lanata, le sondeur l’a rejoint en 2017, en même temps que Thomas Pesquet et Michel Drucker avec le grade honorifique de colonel — distinction cocasse pour celui qui s’était fait dispenser de service militaire.

    Un goût du contact hérité de son enfance à Issy-les-Moulineaux, où sa famille, aux origines juives, a longtemps tenu une pharmacie, fréquentée notamment par feu le maire André Santini. Lui qui rêve dans un premier temps d’enseigner l’histoire achève sa première année à la Sorbonne lorsqu’une amie de la famille lui ouvre les portes de l’institut de sondage Sofres. « Le seul piston dont j’ai bénéficié », souligne Frédéric Dabi, qui se souvient avoir passé une bonne partie de ce stage autour de la photocopieuse. Une première expérience qui lui offre de croiser dans les couloirs les figures de l’entreprise, comme Jérome Jaffré qui, aujourd’hui encore, l’appelle « fiston ».

    Auprès de ses premiers mentors Christophe Nadeau et Isabelle Lachaud, il y découvre le « quali », cette enquête de terrain qui permet de comprendre la tendance et l’évolution de l’opinion publique. « Pour m’entraîner, Isabelle organisait de faux entretiens avec des amis à elles », raconte-t-il. Quelques années plus tard, c’est l’Ifop qui lui offre son premier CDD. La sagacité et l’endurance du jeune homme époustouflent celle qui en est alors la directrice. « Je l’avais trouvé absolument formidable. On sentait qu’il aimait ça », se souvient Laurence Parisot.

    L’ancienne propriétaire et présidente de l’Ifop, comme le politologue Stéphane Rozès, son second patron, sont d’une exigence sans équivalent. « Je n’osais pas même aller aux toilettes ! », rit Frédéric Dabi qui se souvient encore d’une des phrases fétiches de l’ancien directeur de l’institut CSA : « Un bon sondeur, c’est un bénédictin. »

    A la bonne heure pour Frédéric Dabi, qui à 30 ans à peine, compulse déjà et vérifie tout avec une minutie monastique. « C’est probablement, dans sa génération, celui chez qui l’exigence éthique est la plus profondément ancrée », glisse l’ancienne patronne du Medef. Trente ans après ses débuts, l’ex-stagiaire est désormais actionnaire de l’Ifop, dont il détient 2 % du capital. Une position plus prestigieuse que lucrative puisqu’il n’a jamais perçu de dividendes, mais assortie d’un salaire confortable, entre 10 000 et 20 000 euros bruts mensuels.

    Après un court passage à l’institut CSA, de 2000 à 2003, Frédéric Dabi développe l’Ifop avec son complice de toujours, l’autre visage de l’entreprise : Jérôme Fourquet. « Jérôme a toujours été le rat de bibliothèque du duo, Frédéric, lui, est davantage un homme de scène, à son aise dans la lumière », observe une source proche des deux sondeurs, liés par une amitié indéfectible. Peu avant la pause estivale, Frédéric Dabi lance ainsi à son vieux complice : « Maintenant que nous sommes amis depuis trente ans, nous pouvons enfin nous fâcher ! »

    Avec Serge Nedjar, en revanche, la brouille est consommée. Naguère dans les meilleurs termes, le patron de CNews et celui de l’Ifop ne s’adressent aujourd’hui plus la parole. La rupture remonte au printemps 2021. L’Ifop vient de décrocher un appel d’offres de TF1. Dans les couloirs de CNews, Serge Nedjar fulmine, et traite, selon des sources en interne, le spécialiste de « traître ». « Peu à peu, j’ai constaté les conséquences concrètes de cette hostilité, raconte Frédéric Dabi : une interview accordée au JDD à l’occasion de la sortie d’un de mes livres a été supprimée du journal. On m’a expliqué que Serge Nedjar avait appelé Vincent Bolloré en présentant l’Ifop comme un ancien partenaire qui les avait trahis et en exigeant que l’on retire l’entretien ».

    D’après plusieurs sources, Serge Nedjar, qui n’a pas souhaité donner suite aux sollicitations de L’Express, a ultérieurement multiplié les démarches pour exclure les sondages de l’Ifop de Paris Match et du JDD, trouvant Frédéric Dabi « trop à gauche ». Divorce définitivement acté lorsque François Kraus, directeur du pôle politique et actualités de l’Ifop, oppose sur France Inter le sérieux du service public aux pratiques de CNews.

    Habitués à ce qu’il décroche facilement son téléphone, les journalistes se sont heurtés cet été au silence du combiné. Pour la première année, peut-être, l’infatigable quinquagénaire a décidé de « véritablement couper » pendant ses trois semaines de vacances, qu’il a passées avec son conjoint en Autriche, d’où une partie de sa famille est originaire, et dans le sud de la France. C’est que l’année qui s’ouvre s’annonce plus sportive que jamais. A peine rentré, le voilà déjà en train d’enchaîner déjeuners, interventions dans les grands médias et dans les événements qui animent la rentrée politique. Mais à quoi d’autre pourrait ressembler sa vie ?



    Source link : https://www.lexpress.fr/societe/cest-lui-qui-concentre-le-plus-de-detestation-frederic-dabi-le-sondeur-qui-horripile-les-insoumis-MHSMTNNF4BFCNECTE2FBFUQ4T4/

    Author : Ambre Xerri

    Publish date : 2026-09-17 16:00:00

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