Close Menu
    Facebook X (Twitter) Instagram
    IntelliNews
    Facebook X (Twitter) Instagram
    IntelliNews
    Home»FRANCE»L’Express»« L’IA générale, c’est l’apothéose de l’hubris » : l’analyse d’Hubert Etienne, ex-philosophe chez Meta
    L’Express

    « L’IA générale, c’est l’apothéose de l’hubris » : l’analyse d’Hubert Etienne, ex-philosophe chez Meta

    IntelliNewsBy IntelliNewsseptembre 18, 2026Aucun commentaire10 Mins Read
    Facebook Twitter Pinterest LinkedIn Tumblr Email
    Share
    Facebook Twitter LinkedIn Pinterest Email

    Comme Peter Thiel, il est spécialiste de l’oeuvre de René Girard et travaille dans le secteur de la tech. Mais, auteur d’une thèse en philosophie computationnelle, Hubert Etienne n’en tire pas les mêmes enseignements que le controversé milliardaire libertarien. Ce trentenaire était en charge de l’éthique des IA génératives de Meta, avant de revenir en France pour fonder le laboratoire de recherche Quintessence AI, dédié à la formation et aux impacts sociaux de cette technologie.

    Pour L’Express, Hubert Etienne explique comment l’Europe peut se distinguer en matière de réglementation, et pourquoi il est dans l’intérêt des entreprises d’avoir des IA responsables. Il évoque aussi la grande peur d’une « IApocalypse », alors que les alertes se sont multipliées ces derniers jours…

    L’Express : On entend souvent qu’il y aurait trop de freins et réglementation en Europe en matière d’intelligence artificielle. Qu’en pensez-vous ?

    Hubert Etienne : L’Europe a fait le pari d’une réglementation ambitieuse et il ne faut pas en rougir ! Elle est nécessaire pour protéger les citoyens de risques parmi les plus sérieux ; il en va donc du devoir primordial de l’Etat. La réglementation est aussi essentielle pour organiser le marché, en normalisant les pratiques. Le frein, ce n’est donc pas la régulation mais la bureaucratie qui la suit comme son ombre. C’est aussi ce discours anxiogène porté outre-Atlantique par des gourous qui précipitèrent l’adoption de l’IA pour nous empêcher de nous demander comment et pourquoi.

    Ce discours se retourne aujourd’hui contre eux, car les entreprises cherchent toujours leur retour sur investissement et la « foi » des populations en ces techno-prophètes s’en retrouve ébranlée. La croissance économique et la destruction annoncée des emplois n’ont pas eu lieu, mais le message a été entendu par des populations de plus en plus angoissées. C’est le cas en Europe et aux Etats-Unis, mais aussi en Inde et en Chine – deux pays qui comptaient pourtant parmi les plus enthousiastes eu égard à l’IA. A travers le monde, l’excitation retombe et le sujet divise les populations. L’IA est une révolution, mais le monde ne change pas en un claquement de doigts.

    C’est une excellente nouvelle, car une transition lente nous laisse plus de temps pour étudier les effets de l’IA sur l’économie et la société afin de nous préparer au mieux. C’est à cela qu’il faut s’atteler, aux antipodes de certains milliardaires américains qui qualifient d’ »Antéchrist » toute personne qui oserait s’interroger sur l’IA. Ils vont même jusqu’à y inclure le pape Léon XIV. L’ironie serait risible si l’enjeu n’était pas si conséquent.

    Vous faites référence à Peter Thiel, qui comme vous se réclame de l’œuvre de René Girard, mais avec une lecture très différente. Comment passe-t-on de la philosophie à l’IA ?

    De façon plutôt accidentelle pour ma part. Formé comme philosophe et comme financier, j’aspirais à une pratique activiste de la philosophie, qui ne se contente pas de comprendre le monde mais entreprend aussi de le changer. Ceci me conduisit à développer la philosophie computationnelle : une approche transdisciplinaire qui conjugue les grandes théories de sciences humaines à l’analyse des données numériques pour orienter les algorithmes vers des fins socialement bénéfiques. C’est alors qu’Antoine Bordes m’a tendu la main, m’invitant à mener mes recherches dans le cadre d’une thèse entre Facebook AI Research et l’ENS. J’y mobilisais les théories de René Girard pour affiner notre compréhension des interactions numériques et améliorer les outils de lutter contre la désinformation et la haine en ligne.

    Je suis ensuite parti à New York pour diriger l’éthique de l’IA générative de Meta. Il s’agissait d’anticiper et de contrôler les risques liés aux produits du groupe, ainsi que de penser à leurs effets à long terme sur la société. En 2023, je rentre en France et crée Quintessence : un laboratoire dédié à produire une recherche pionnière sur les questions d’IA responsable et d’interactions hommes-machines et à former une nouvelle génération d’experts pour les adresser. La France était alors très en retard et je voulais contribuer à l’effort national en matière de recherche et de formation. Aujourd’hui encore, on a tendance à voir dans l’éthique de l’IA un domaine de bisounours vertueux. Or, c’est un espace d’influence éminemment stratégique où se joue le futur de l’humanité.

    Vous avez raison de dire que Thiel s’est longtemps réclamé de Girard. Ses positions actuelles vont toutefois à l’encontre des enseignements les plus fondamentaux de l’anthropologue, qui est un penseur chrétien de la non-violence et du pardon entre les peuples. Thiel a pris ce qui l’intéressait chez Girard, puis il est devenu nietzschéen.

    50% des salariés utilisent des outils non autorisés par leur entreprise chaque semaine

    Avec Quintessence AI, vous avez récemment lancé Ritual, la première formation certifiante en Europe pour sécuriser l’IA en entreprise. En quoi consiste-t-elle ?

    Ritual, c’est une formation en ligne qui permet à tout profil de salarié de maîtriser les prérequis d’un usage éthique, sûr et responsable de l’IA en entreprise. En une heure, on y apprend à identifier les points d’attention dans le développement et l’usage des outils, à développer les réflexes cognitifs pour les adresser et à s’exercer aux meilleures pratiques d’IA responsable sur des cas concrets.

    Puisque ces sujets sont en constante évolution, il ne s’agit pas de former une fois pour toutes mais d’ouvrir un canal d’information qui garde les populations à jour des dernières avancées scientifiques et de l’évolution des bonnes pratiques. Ritual repose donc sur une veille scientifique continue et un un consortium de grands acteurs publics et privés, parmi lesquels Safran, Sanofi, Stellantis ou France Travail. Ces derniers s’engagent avec nous pour maintenir Ritual au plus près des besoins des collaborateurs et promouvoir une certification commune.

    En somme, Ritual est la première formation à l’usage responsable de l’IA dispensée par de grands noms du domaine, alimentée en continu par la recherche scientifique internationale et certifiée par des leaders sectoriels. En visant un million d’Européens formés, ce ne sont pas seulement les pratiques sectorielles que nous cherchons à améliorer, mais aussi l’esprit critique de la population dans un contexte où la désinformation est devenue endémique.

    Mais pourquoi les entreprises auraient-elles besoin d’IA responsable ?

    Il s’agit d’abord de se protéger des risques opérationnels, réputationnels et réglementaires qui pèsent sur elles dès lors qu’elles utilisent des outils d’IA. J’entends ici les problématiques de biais algorithmiques, de transparence et d’explicabilité des systèmes, ou encore de « shadow AI » qui est la véritable bête noire des organisations. On estime que 50 % des salariés utilisent des outils non autorisés par leur entreprise chaque semaine, ce qui représente un risque de fuite de données colossal. Or, les stratégies mises en œuvre pour endiguer ce phénomène restent peu efficaces en l’absence d’une pédagogie appropriée pour responsabiliser les employés.

    Vient ensuite la question de la performance, car une coordination efficace est nécessaire pour transformer des gains de productivité individuels en performance globale pour l’entreprise. Les salariés doivent comprendre comment les outils fonctionnent pour en faire un usage optimal, partager un langage commun pour s’y référer sans quiproquos et adhérer à la vision de l’entreprise. C’est aussi cela que permet Ritual.

    Enfin, les entreprises ont un besoin vital de comprendre les transformations structurelles qui sont en marche pour s’adapter au plus vite : surconfiance dans des outils qui hallucinent, phénomènes de dépendance et de dettes cognitives, attachement émotionnel aux agents conversationnels, surcharge cognitive des gestionnaires d’agents, etc. Pour prendre les mesures qui s’imposent, elles cherchent un canal d’information qui documente sérieusement ces évolutions et récence les pratiques éprouvées pour s’y adapter. Permettre aux organisations de dépasser le bruit informationnel pour fonder leurs décisions dans la science, c’est la vocation de Quintessence.

    Je ne crains pas la technologie, seulement la vanité des hommes névrosés

    L’Express, comme The Economist, a consacré une couverture à la fronde grandissante contre l’IA, notamment portée par les jeunes. Qu’en pensez-vous ?

    On cite souvent l’intervention d’Eric Schmidt, ancien PDG de Google, qui se fait huer par des étudiants de l’université de l’Arizona, mais il suffit que trois personnes sifflent pour entraîner le mimétisme de la foule. S’agit-il alors d’un épiphénomène ou d’une tendance de fond ? Nous manquons de recul pour répondre à cette question. Cela dit, il ne me semble pas déraisonnable qu’une génération dopée à la performance académique dès le plus jeune âge pour intégrer les meilleures écoles, puis endettée d’un demi-million de dollars à leur sortie, ne se sente trahie. Après tout, Sam Altman et Dario Amodei s’emploient activement à éradiquer la moitié des métiers auxquels les étudiants candidatent.

    Cette crainte est aussi présente chez mes étudiants de Sciences po et d’HEC ; c’est celle de parvenir à trouver sa place dans un monde incertain où l’espoir d’ascension sociale se dissipe. Mais je suis davantage frappé par leur volonté de s’engager pour un monde meilleur, une demande qui peine à trouver son offre malgré dix ans d’études aux résultats convergents. Si les rapports s’accumulent, aucune vision ne se dessine qui propose un futur plus radieux. Partout, on veut déployer l’IA à toute vitesse, excité par la promesse de gains de productivité ou terrifié à l’idée de ne plus être compétitif. Mais ce n’est pas ainsi que l’on rassemble une population, encore moins lorsqu’elle cherche un sens dans un monde désenchanté. Il faut la faire rêver ! L’IA, c’est une force de transformation sociale et plus on retarde la réflexion qu’elle appelle, se contentant de prévenir ses risques, plus on creuse une rupture générationnelle.

    Les discours alarmistes qui font de l’IA une menace pour la survie même de l’humanité se multiplient. Quel crédit faut-il leur accorder ?

    Vous faites référence à la question des « risques existentiels » qui est intimement liée à celle de l’AGI, ou « superintelligence » si vous préférez. C’est une question très ancienne, déjà présente dans les esprits d’Herbert Simon, de Marvin Minsky et de John von Newman. On cite généralement Irvin Good et Vernor Vinge comme les deux grands prédicteurs de l’effondrement humain, dont Nick Bostrom a repris le flambeau.

    Je crois l’affaire suffisamment grave pour nous inquiéter, mais le risque assez peu corrélé à la complexité des modèles. Selon moi, il découle d’abord d’un effet de système : une course effrénée à l’AGI qui « paraît » impossible à ralentir. Nous avons toutefois réussi à enrayer ce mécanisme pour survivre à l’escalade nucléaire durant la guerre froide. Il dérive ensuite d’un mal bien connu des philosophes : la crise de la modernité. Tandis que certains cherchent dans les nouvelles spiritualités un moyen de réenchanter le monde, d’autres répondent à l’appel du néant en invoquant un être supérieur.

    L’ambition de produire une AGI, telle qu’elle est décrite dans la littérature scientifique, est un projet nihiliste : une apothéose d’hubris et de masochisme. C’est une tentative d’autodivination, le projet de se créer un maître pour se gargariser d’être à l’origine de sa propre fin. Freud pensait que les sociétés humaines débutaient par un parricide originel ; il ne se doutait pas qu’elles finiraient par enfanter d’elles-mêmes une IA parricide. L’histoire reste encore à écrire et qui sait, peut-être les hommes ont-ils besoin d’une guerre contre un ennemi commun, les machines, pour faire la paix ? Pour ma part, je ne crains pas la technologie, seulement la vanité des hommes névrosés qui les pousse toujours au sacrifice de leurs semblables.



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/lia-general-cest-lapotheose-de-lhubris-lanalyse-dhubert-etienne-ex-philosophe-chez-meta-TM56JSCSEJHPFP5T7WUHUR364U/

    Author : Thomas Mahler

    Publish date : 2026-09-18 15:00:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

    L’Express
    Share. Facebook Twitter Pinterest LinkedIn Tumblr Email
    IntelliNews

    Related Posts

    Entre les pro et les anti-Bolloré, la bataille des ventes de livres

    septembre 18, 2026

    54 milliards d’euros d’économies : le pari raté de Sébastien Lecornu sur le budget 2027

    septembre 18, 2026

    Menace russe : Emmanuel Macron annonce un plan pour protéger les infrastructures critiques françaises

    septembre 18, 2026
    septembre 2026
    L M M J V S D
     123456
    78910111213
    14151617181920
    21222324252627
    282930  
    « Août    
    Catégories
    Archives
    Facebook X (Twitter) Instagram Pinterest
    © 2026

    Type above and press Enter to search. Press Esc to cancel.