Les Vingt-Sept peuvent souffler. Ils ont finalement trouvé un accord, mardi 22 septembre, pour prolonger les sanctions européennes contre la Russie. Le prix à payer : le retrait de deux noms de la liste des personnalités visées, ceux des oligarques Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman. Une décision qui intervient après deux semaines de négociations tendues et qui a notamment été rendue possible par la fin de l’opposition de la Lettonie à ce retrait. La France avait, elle, créé la surprise en étant à l’initiative de la levée des sanctions visant Alicher Ousmanov. Son nom figurait sur la liste noire européenne depuis 2022.
La réaction ukrainienne ne s’est pas fait attendre. A l’issue d’un entretien avec Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, Volodymyr Zelensky s’est indigné, fustigeant « les concessions accordées aux proches de l’agresseur » : « À l’heure où la Russie mène des frappes brutales contre notre population et où, même maintenant, pendant l’assemblée générale [de l’ONU], des alertes aériennes retentissent dans de nombreuses régions en raison de drones et de missiles balistiques, l’évocation d’une levée des sanctions visant certains oligarques russes semble suicidaire et contre-productive. »
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, a dénoncé également une décision « honteuse et totalement injustifiable », qui donne à la Russie « ce qu’elle voulait » : « un sentiment d’impunité, l’humiliation de l’UE et la division entre les Européens », a-t-il écrit sur le réseau social X. Andrii Sybiha a toutefois affirmé que les réjouissances à Moscou pouvaient « encore être gâchées », et a appelé les États membres à envisager leurs propres sanctions nationales contre Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman.
La libération de deux ressortissants français dans la balance
Tout a commencé le 14 septembre, date à laquelle Paris s’est opposé à la reconduction des mesures visant Alicher Ousmanov, un homme d’affaires russo-ouzbèke âgé de 73 ans et présenté comme proche de Vladimir Poutine. Cette prise de position a stupéfié plusieurs partenaires européens. Selon le Financial Times, la demande française serait liée au sort de deux ressortissants français détenus en Azerbaïdjan. Un accord informel aurait été passé : la levée des sanctions contre Alicher Ousmanov en échange de leur libération.
La France n’a jamais confirmé l’existence de ces discussions. Cependant, cela fait des mois qu’elle milite pour la libération de Martin Ryan, un homme d’affaires français condamné à dix ans de prison en Azerbaïdjan pour « espionnage », une accusation que Paris conteste. Si Bakou a démenti toute pression, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a accordé dès ce mercredi sa grâce à Martin Ryan, au lendemain de la levée des sanctions contre Alicher Ousmanov. Un autre Français, Anass Derraz, a été condamné à douze ans de prison en Azerbaïdjan en novembre 2025, rappelle Le Nouvel Obs.
Alicher Ousmanov, qui a fait fortune dans la métallurgie, a notamment été, entre 2007 et 2018, le deuxième investisseur le plus important du club de football Arsenal à Londres. Il préside également la Fédération internationale d’escrime depuis 2008, avec plusieurs interruptions liées à la guerre en Ukraine. La France n’était pas seule à demander la levée des sanctions le visant : la Slovaquie s’était déjà opposée au maintien de plusieurs sanctions ciblant des hommes d’affaires russes. Au printemps, Radio Free Europe/Radio Liberty rapportait également que la Turquie, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Kirghizistan et l’Ouzbékistan avaient fait pression pour obtenir le retrait d’Ousmanov de la liste, notamment par l’intermédiaire de Bratislava.
L’opposition de la Lettonie
La position française avait bloqué la reconduction de l’ensemble du dispositif européen, qui concerne environ 2 600 personnes et entités. Faute d’accord, les sanctions, arrivées à échéance, n’avaient d’abord été allongées que d’une semaine. Puis les regards se sont tournés vers la Lettonie, vent debout contre le retrait des deux oligarques, alors que la date limite approchait. In extremis, Riga a finalement retiré son veto et choisi de s’abstenir, permettant donc aux Vingt-Sept de parvenir à un accord ce mardi.
La ministre lettone des Affaires étrangères, Baiba Braze, n’a toutefois pas caché son mécontentement : « Retirer deux oligarques russes de la liste des sanctions de l’Union européenne pour des raisons politiques et sans fondement juridique est dangereux et envoie un signal totalement erroné à un moment où le comportement de la Russie devient de plus en plus agressif », a-t-elle déclaré dans un communiqué. « Il ne s’agissait pas de choisir entre une bonne et une mauvaise solution, mais entre une mauvaise et une bien pire [NDLR : l’expiration de la totalité des sanctions faute d’accord] », a de son côté expliqué le Premier ministre letton, Andris Kulbergs.
Le compromis trouvé prévoit donc le retrait des deux oligarques de la liste européenne, mais aussi une prolongation exceptionnelle de trois ans des sanctions contre les autres personnes et entités visées, alors que les renouvellements se faisaient jusqu’ici pour six mois ou un an. Une avancée au goût amer pour l’Ukraine.
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Author : Audrey Parmentier
Publish date : 2026-09-23 08:38:00
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