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    « Hélas, l’enquête tourne court » : le dernier livre de Sarah Knafo décortiqué par Alain Madelin

    IntelliNewsBy IntelliNewsseptembre 24, 2026Aucun commentaire7 Mins Read
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    « Surtout pas ! S’ils savaient, ils se révolteraient. » Ainsi me répondit un jour une ministre de la Santé devant laquelle je plaidais pour une « feuille de paie vérité ». Voilà des décennies que les libéraux la réclament en vue de montrer au salarié le coût total de son travail, expliquer que les cotisations dites « patronales » font partie de son salaire, et ainsi lui faire comprendre que cet argent est le sien – salaire net d’un côté, salaire différé de l’autre. Il saura et il demandera des comptes.

    Le livre de Sarah Knafo, Le Casse du siècle part d’une feuille de paie. Celle de Nicolas, salarié médian : 2 072 € net par mois, pour un coût employeur de 3 922 €. Pour Sarah Knafo, c’est la vraie valeur de son travail. J’applaudis. Elle a bien raison.

    Hélas, « l’enquête », puisque c’est ainsi que l’auteure présente son travail, tourne court. Pour Sarah Knafo, cette feuille de paie devient une scène de crime. L’argent qui sépare le salaire net du coût total du travail aurait été volé : 22 000 euros par an, près d’un million en quarante-cinq ans de travail pour Nicolas. C’est un vol, la voici justicière. Ce ton attire le lecteur, mais il fausse tout le reste.

    Supprimer la CSG ?

    Une contre-enquête s’impose. Partout, il existe un écart entre le salaire net et le coût du travail. En France, il est plus important parce que notre protection sociale, entièrement obligatoire et socialisée, est plus coûteuse. A couverture plus large correspond mécaniquement un salaire net plus bas. Ce million n’a pas été volé, et Sarah Knafo le sait bien : il a payé la retraite de Nicolas, sa santé, son assurance chômage, la couverture de sa famille. La bonne question n’est pas « qui a volé le million de Nicolas ? », mais « son argent a-t-il été bien employé ? ». Elle est moins spectaculaire mais elle est la seule qui mène quelque part.

    Que proposera notre enquêtrice ? La suppression d’une large part de la CSG sur la feuille de paie : 87,5 milliards d’euros, soit 247 € de plus chaque mois pour Nicolas. Rapprocher le brut du net, ceci n’a rien d’original, c’est même le tube de la rentrée ! Presque tous les candidats – Édouard Philippe, Gabriel Attal, François Hollande ou encore le Medef – fredonnent ce même refrain. Comment font-ils ? Ils augmentent la TVA de 2 à 5 points !

    Mais est-il normal de demander à l’État d’augmenter les salaires à la place des patrons ? Est-il raisonnable d’augmenter aujourd’hui les impôts ? Est-il juste de faire payer les retraités, les chômeurs, les non-salariés et même parfois les fonctionnaires pour améliorer la feuille de paie ? Est-il intelligent de faire gagner 40 euros à un salarié, pour lui en reprendre 20 en augmentant sa TVA ?

    Sarah Knafo est beaucoup plus habile. Pas besoin d’augmenter la TVA, elle va faire des économies : 130 milliards au total grâce à 20 mesures. De quoi financer l’effacement de la CSG. Je laisse à d’autres le débat sur ces mesures ; c’est leur cohérence qui m’intéresse ici.

    Sa liste confond des économies immédiates avec des économies futures ou progressives, des recettes ponctuelles et des recettes aléatoires. La Cour des comptes appellerait cela une présentation « insincère ».

    Admettons, cependant, que l’on trouve ces 130 milliards. Dans une France étranglée par ses déficits et par la charge croissante de sa dette, affectera-t-on les deux tiers de ces économies à la baisse de la CSG ?

    L’exemple de la santé

    Le « Casse du siècle » se présente donc sous la forme de 15 affaires à résoudre. La première concerne la santé et illustre bien ce qui me sépare de Sarah Knafo. Elle part de l’hôpital de Valenciennes, géré de façon remarquable : décentralisation des décisions, autonomie des équipes, des recrutements et des achats, facturation interne… Bref, plus de libertés et plus de responsabilités. Comme dans le privé. On sait que cela fonctionne, et pour Sarah Knafo, il n’y a qu’à généraliser le modèle de Valenciennes.

    Mais est-ce aussi simple ? Après cinquante années de déficit ininterrompu, je pense au contraire que c’est notre assurance maladie tout entière qu’il faut refonder. Il faut en finir avec les prétendus plans de sauvetage qui rabotent quelques centimes sur une boîte de médicaments, transfèrent toujours plus de charges aux assurances complémentaires. On veut faire toujours plus d’économies sur la santé des Français quand il faudrait construire une économie de la santé.

    Notre système de santé est aujourd’hui une immense économie administrée. On y manipule des chiffres : ce ne sont pas des prix, seulement des tarifs. Or, les vrais prix ne tombent pas d’un bureau : ils naissent de la concurrence. Depuis les réformes Juppé de 1995 et 1996, le Parlement et le gouvernement sont devenus les maîtres du jeu et le rôle de l’Etat n’a cessé de croître, ce qui a peu à peu dénaturé la logique assurantielle du système.

    Nous voici à la croisée des chemins : étatiser définitivement notre assurance maladie, comme le propose le Medef, ou la désétatiser en lui rendant sa nature d’assurance. Si l’on veut refonder l’assurance maladie, il faut d’abord distinguer clairement ce qui relève de l’assurance – qui doit être financé par les cotisations – et ce qui relève de la solidarité nationale – qui doit être financé par l’impôt, comme c’est le cas aujourd’hui au travers de la CSG et de la TVA.

    Pour justifier l’étatisation, on entend souvent dire que le financement de l’assurance maladie repose trop sur le travail. En fait, les cotisations salariées couvrent à peu près les dépenses maladie des salariés et de leurs ayants droit. On peut certes discuter de la frontière, mais étatiser la Sécurité sociale serait la pire solution. Agrandir l’Etat-providence et copier des systèmes étatiques aux défauts bien connus, c’est sans aucun doute aller à contre-courant du monde.

    Il faut également transformer la gestion des caisses. L’Assurance maladie est aujourd’hui un payeur aveugle qui rembourse des tarifs ; elle doit devenir un acheteur avisé, qui compare les coûts, qualité et résultats, pour contracter avec tous les offreurs de soins.

    Enfin, il serait avisé de mettre les caisses en concurrence. Elles pourraient ainsi devenir des assureurs complets. En contrepoint, mutuelles et assureurs pourraient devenir assureurs dès le premier euro. Ce modèle, qui a fait ses preuves à l’étranger, s’inscrirait naturellement dans des règles de solidarité excluant toute sélection des risques. Au bout de la chaîne, Nicolas retrouve ainsi le seul pouvoir qui vaille : choisir son assureur.

    Le choix de la reconstruction de nos assurances sociales est d’autant plus nécessaire que nous sommes engagés dans un immense mouvement d’innovation dans le domaine de la santé. Il n’y a pas de maladie que nous ne saurons guérir, disent les plus enthousiastes.

    Nous passerons sans doute bientôt d’un système qui rembourse la maladie à des plateformes qui la préviennent, et qui offrent à leurs cotisants la meilleure santé possible le plus longtemps possible. Personne n’en connaît encore la forme. La bonne institution n’est pas celle qui prétend connaître l’avenir mais celle qui permet de le découvrir.

    La France ne peut pas se contenter de gérer mieux ses hôpitaux d’hier, ce qui équivaudrait à réparer un vieux système épuisé. Elle doit construire celui qui va permettre d’accueillir la révolution de la santé du XXIe siècle. C’est à l’aune de cette ambition qu’il faut juger les propositions avancées aujourd’hui.

    Sarah Knafo, sur le plan économique du moins, revendique volontiers une inspiration libérale. Son livre est vif, souvent incisif, avec de savoureux passages contre notre monde bureaucratique et la gauche des idées fausses. Mais l’efficacité polémique ne suffit pas toujours à faire une démonstration et des solutions. Dans l’analyse comme dans les solutions, elle procède parfois à grands traits : cela donne de la force au propos, mais peut aussi laisser le lecteur sur sa faim.

    *Alain Madelin est ancien ministre, candidat à l’élection présidentielle de 2002.



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/helas-lenquete-tourne-court-le-dernier-livre-de-sarah-knafo-decortique-par-alain-madelin-O2P3MH77W5GZJIFWFKXN5VPVEE/

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    Publish date : 2026-09-24 16:00:00

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