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    « Une discipline quasi-militaire » : les raisons du succès des prépas scientifiques marocaines

    IntelliNewsBy IntelliNewsseptembre 24, 2026Aucun commentaire6 Mins Read
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    « Il n’y a pas de secret, le succès de nos élèves s’explique avant tout par leur travail acharné. Notre formation exige de la rigueur et une discipline quasi-militaire », explique Halima Rahmani, l’une des responsables de la classe préparatoire aux grandes écoles (CPGE) Al Zahrawi. Créée en 2018 à Rabat, au Maroc, cette institution a créé la surprise cette année : les 25 membres de sa promotion ont tous intégré une grande école d’ingénieurs française. Parmi eux, six ont rejoint Polytechnique et six autres CentraleSupélec, contre respectivement deux et un admis l’an dernier. Ceux qui intègrent cette prépa scientifique sont triés sur le volet. « Nous recevons chaque année environ 500 candidatures venues de tout le pays. Pour être retenu, il faut avoir au moins 18/20 au baccalauréat et réussir les épreuves particulièrement corsées de notre concours », explique Halima Rahmani.

    Ce modèle fondé sur un partenariat public-privé, dans lequel l’établissement est adossé à une fondation et bénéficie de professeurs mis à disposition par le ministère de l’Education, ne cesse de se développer au Maroc. Le Lydex, le Lymed et le centre Al Zahrawi, qui figurent en tête des palmarès, affichent une même ambition : contribuer au « rayonnement scientifique marocain dans le monde » en formant les futures élites. Leurs premiers pas dans l’enseignement supérieur se font souvent en France, dans des établissements aussi prestigieux que l’X, CentraleSupélec, l’Ecole des Ponts Paris Tech ou Télécom Paris. Pour y accéder, les candidats passent soit les épreuves du concours général, soit celles de la voie réservée aux étudiants étrangers issus de classes préparatoires. « Le succès de ces établissements marocains ne se dément pas puisque 23 des 50 places proposées cette année dans le cadre de la filière CPGE internationale ont été attribuées à leurs élèves », explique Marc Rosso, directeur du concours d’admission de l’Ecole Polytechnique.

    Des « talents invisibles »

    Le lycée Mohammed VI d’Excellence, plus connu sous le nom de Lydex, a longtemps fourni le gros des troupes. Depuis 2017, 115 jeunes Marocains issus des rangs de sa CPGE ont rejoint le célèbre campus de Palaiseau, dans l’Essonne. « Depuis, nous avons fait beaucoup d’émules. Il nous faut désormais partager le nombre de places proposées par les grandes écoles avec d’autres institutions marocaines », reconnaît le directeur Christophe Boeckel. Installé à Benguérir, à environ 70 kilomètres au nord de Marrakech, l’établissement accueille lui aussi des jeunes venus de tout le Maroc. 30 % d’entre eux sont sélectionnés sur la base de leurs résultats au baccalauréat et sont souvent originaires des grands centres urbains. « Les 70 % restants sont ce qu’on appelle des ‘talents invisibles’ parfois issus de plus petites villes ou de zones rurales », poursuit Christophe Boeckel. Après la phase de présélection, ils passeront un examen de mathématiques mais aussi un entretien oral. Un bon moyen d’évaluer d’autres compétences parfois moins académiques mais jugées tout aussi importantes, comme l’autonomie ou la capacité d’adaptation.

    Au Lydex, soutenu par la fondation OCP, le montant des bourses accordées aux élèves est calculé en fonction des revenus de leur famille. Le site dispose par ailleurs de nombreuses infrastructures sportives et culturelles, dont une piscine semi-olympique et un grand théâtre. L’objectif étant de limiter les temps de trajet afin de consacrer le maximum de temps aux études. « Le fait que nous soyons un internat crée surtout un climat de cohésion et d’émulation. Il permet aussi de faire fonctionner l’ascenseur social, c’est sans doute là notre plus grande force », souligne Christophe Boeckel. Depuis la crise du Covid-19, le Lydex a également réduit de 25 % le volume de ses cours magistraux afin de favoriser « l’apprentissage actif ». Autre particularité, les professeurs y sont mieux rémunérés qu’ailleurs et peuvent bénéficier d’une prime de performance. « Cela s’explique aussi par leurs amplitudes horaires qui sont plus importantes », précise le directeur.

    Une course contre la montre

    Les effectifs d’Al Zahrawi, soutenue par la fondation à but non lucratif Cheikh Zaid, bénéficient eux aussi de conditions idéales. Entièrement exonérés de frais de scolarité, ils sont logés dans des chambres doubles dotées d’une kitchenette afin de les libérer de toute contrainte matérielle. « Dans les grandes institutions françaises comme Louis-Le-Grand ou Henri IV, on commence à aborder le programme de prépa dès la première et la terminale. Il nous faut donc rattraper ce retard en nous lançant dans une véritable course contre la montre », explique le directeur Nabil Ngote. Les élèves sont encadrés de 8 heures à 22 heures par des enseignants comptant tous au moins vingt ans d’expérience. Qui accompagnent leurs candidats à Paris au moment des oraux. « Rien n’est laissé au hasard : nous leur fournissons même leur tenue vestimentaire pour ce jour-là ! », signale Halima Rahmani.

    Pour la plupart des élèves, Polytechnique reste le Graal. Les équipes pédagogiques les incitent toutefois à choisir leur école en fonction de leur projet personnel. Une démarche approuvée par Adriano Cotta, chargé de la promotion et des campagnes d’admission à CentraleSupélec : « Il est bon de rappeler que nous ne sommes pas qu’une école en haut d’un classement mais que nous avons un ADN particulier. Nous nous rendons régulièrement dans ces établissements pour présenter nos formations et nous participons à quatre salons par an ». En 2025, CentraleSupélec avait admis 25 étudiants marocains. Cette année, ils sont désormais 52 à suivre l’un de ses cursus d’ingénieurs, généraliste ou spécialisé.

    Comment expliquer les taux de réussite de ces CPGE aux concours des meilleures écoles scientifiques françaises alors que la dernière enquête internationale Pisa fait état d’une baisse des résultats au Maroc ? Sans doute parce qu’il convient de distinguer le niveau général de celui d’une élite qui a tendance à se tourner massivement vers les filières d’ingénierie. « C’est la profession la plus valorisée socialement avec celle de médecin », explique Halima Rahmani. Le Lycée Méditerranéen ou Lymed, une autre classe préparatoire marocaine adossée à la fondation du complexe industrialo-portuaire Tanger Med, mise quant à lui sur les expériences de terrain. « Dans le cadre des travaux d’initiative personnelle encadrés, les élèves ont l’opportunité de travailler aux côtés des ingénieurs du groupe sur des problématiques et des cas d’usage réels, explique le proviseur Mostapha Ahdifi. Tout cela crée une passerelle concrète entre l’enseignement scientifique, la recherche appliquée et le monde professionnel. »

    Reste désormais à savoir si ces futurs diplômés marocains choisiront par la suite de mener leur carrière sur leur terre. La plupart de ces CPGE ayant ouvert leurs portes récemment, elles ne disposent pas encore du recul nécessaire pour répondre à cette question. « Bon nombre d’entre eux poursuivront sans doute leur parcours à l’international, notamment dans les pays anglo-saxons », avance Adriano Cotta. Si les grandes écoles d’ingénieurs françaises constituent une étape majeure dans le cursus de ces étudiants, leur avenir se dessine aussi au-delà de l’Hexagone.



    Source link : https://www.lexpress.fr/campus/une-discipline-quasi-militaire-les-raisons-du-succes-des-prepas-scientifiques-marocaines-OIFMAP62OBDBJLK3HFD5C7KHMA/

    Author : Amandine Hirou

    Publish date : 2026-09-24 10:29:00

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