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    Lycée incendié à Nantes : à force de compatir nous avons cessé d’instruire, par Pierre Bentata

    IntelliNewsBy IntelliNewsoctobre 3, 2026Aucun commentaire5 Mins Read
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    En voyant les images d’un lycée à Nantes incendié par ses élèves, difficile de ne pas repenser aux vers de Victor Hugo qui, à la fin d’A qui la faute ?, fait dire à l’émeutier brûlant des livres : « Je ne sais pas lire. » Pour l’auteur des Misérables, ici se révèle la véritable faute. Une faute qui n’absout pas le criminel mais interroge la responsabilité de la société. Car s’il s’en prend ainsi au savoir, c’est que les autres lui en ont refusé l’accès, en oubliant de l’éduquer. Seul un homme lettré peut comprendre le crime qu’il commet en mettant le feu à une bibliothèque.

    Sans doute est-ce dans ce parallèle que puisent ceux qui trouvent des circonstances atténuantes à nos incendiaires du moment. Ils cassent et vandalisent pour les mêmes raisons que les communards. Par ignorance et désir d’égalité. Parce qu’ils manquent de moyens pour étudier, et de perspectives pour l’avenir (quand bien même la France dépense davantage que la moyenne de ses voisins européens pour l’éducation). La méthode est condamnable mais l’intention compréhensible. La faute aux autres donc. Comme il y a plus d’un siècle.

    Sauf qu’entre l’analphabète d’hier et l’élève d’aujourd’hui, demeure une différence. A présent, l’école est ouverte à tous. Gratuitement et dès l’âge de trois ans. Primaire, collège, lycée, puis pour ceux qui le désirent, université. Tout est accessible, et pris en charge par la société. En vérité, le souhait d’Hugo s’est réalisé. L’éducation est devenue un droit universel. Alors comment expliquer que des lycées soient détruits ou incendiés ? L’excuse d’inculture ne tenant plus, se repose la question : à qui la faute ?

    Droit au savoir et à l’échec

    Qui condamner alors qu’on a tout accordé à ces jeunes révoltés ? Ils ont le droit au savoir, le pays se chargeant d’assurer le financement de l’enseignement. Ils ont le droit à l’échec, grâce aux rattrapages et aux secondes chances. Ils ont le droit à la médiocrité, le redoublement étant devenu un choix. Ils ont même le droit à l’incivilité, l’Education nationale ayant l’obligation de réaffecter un élève exclu définitivement d’un établissement. Et la multiplication de ces droits ne s’est accompagnée d’aucune contrepartie : pas d’effort supplémentaire, ni même de discipline. Si bien qu’ils peuvent aujourd’hui, dans le même mouvement, se plaindre d’une baisse des heures d’enseignement et réclamer un allègement de leurs emplois du temps.

    En vérité, l’élève d’aujourd’hui n’a pas de devoirs, il n’a plus que des droits. Et c’est là le tragique de cette situation. Le communard brûlait des livres parce qu’on ne le traitait pas comme un homme, l’élève brûle son lycée parce qu’on ne l’a jamais traité comme un enfant.

    Or, Hugo lui-même rappelait, dans son poème, que « la science en l’homme arrive avant la liberté ». S’élever implique de commencer en bas. Les devoirs viennent avant les droits. Voilà ce que les évolutions récentes en matière d’éducation, ou plutôt d’enseignements, semblent avoir totalement ignoré.

    L’exigence a cédé la place à la bienveillance. A l’école primaire, on ne sanctionne plus une mauvaise copie par un « médiocre » ou un « passable », mais par un « vu » ou une pastille de couleur. Aucune nostalgie de l’humiliation comme méthode pédagogique, mais un constat évident : à force d’épargner les élèves, on a abandonné toute quête d’excellence. Au point de passer sous silence les piètres performances. Avant de faire passer les élèves directement, quel que soit leur niveau. Avec pour conséquence ultime la dégradation des diplômes. Quand 90 % d’une classe d’âge obtient le baccalauréat, celui-ci ne signifie plus rien.

    Le professeur, un élève comme les autres

    Dans le même mouvement, la convivialité a remplacé l’autorité. Jusque dans le vocabulaire pédagogique. Les vieilles notions, arides mais claires, de maîtres et d’élèves sont lentement transformées. Les premiers deviennent formateurs, accompagnateurs ou animateur, les seconds s’élèvent au rang d’apprenants. Ainsi, sans véritablement le dire, on fait descendre le professeur de son piédestal et on en patine le lustre. Voilà pourquoi l’instituteur d’antan était si respecté alors qu’on manque actuellement d’enseignants dans les collèges et les lycées. Et au-delà, c’est le rapport à la connaissance qui se transforme. Puisque le professeur n’est qu’un élève comme les autres, tout se vaut. La verticale du savoir se mue en horizontalisation des opinions. Autant pour la science et la raison, remplacée par le culte des émotions.

    Dès lors, le jeune adulte à qui l’on n’a cessé de répéter qu’il était tout entier constitué, qu’il n’avait rien à apprendre de quiconque, tant il était déjà si important, ne saurait voir dans l’école qu’une contrainte inutile. Ou un terrain de jeu. Un lieu de loisir sommé de s’adapter à ses désirs ou de disparaître totalement.

    Au fond, l’élève d’aujourd’hui brûle les livres non parce qu’il ignore les trésors qui s’y trouvent mais bien davantage parce qu’on lui a appris à s’en moquer. Et si Hugo l’interrogeait sur son geste, il ne répondrait pas « je ne sais pas lire », mais « je ne sais que jouir ».

    A qui la faute ?

    Sans doute à nous tous qui à force de compatir avons cessé d’instruire.

    *Pierre Bentata est économiste et maître de conférences à la faculté de droit d’Aix-Marseille Université.



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/lycee-incendie-a-nantes-a-force-de-compatir-nous-avons-cesse-dinstruire-par-pierre-bentata-NN3ENUVJTRBPDMPD634IXFW3E4/

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    Publish date : 2026-10-03 16:21:00

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