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    Santé mentale : la France ne peut plus attendre pour transformer son potentiel scientifique en progrès pour tous

    IntelliNewsBy IntelliNewsoctobre 7, 2026Aucun commentaire6 Mins Read
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    La France peut et doit devenir l’un des leaders européens de la recherche et de l’innovation en psychiatrie et en santé mentale. Les équipes sont là, les infrastructures existent, les patients en ont besoin. Aux côtés de l’Alliance pour la santé mentale et de la Fondation pour la recherche médicale (FRM), chercheurs, experts de la santé mentale, professionnels, industriels et personnes concernées appellent aujourd’hui à franchir une nouvelle étape : faire de notre potentiel scientifique un moteur de progrès capable de rayonner davantage à l’international et de mieux prévenir, diagnostiquer, traiter et accompagner les patients, en particulier chez les enfants et les adolescents.

    La France ne part pas d’une feuille blanche. Certes, sa communauté scientifique contribue à mieux comprendre les troubles psychiques, à identifier de nouvelles pistes diagnostiques et thérapeutiques et à faire progresser les prises en charge. En dépit d’une baisse de vitalité concernant ses publications scientifiques, l’Hexagone se situe tout de même au 9e rang mondial des travaux consacrés aux troubles psychiatriques. Depuis quelques années, le pays a également renforcé ses investissements pour mieux comprendre les troubles, identifier plus tôt les facteurs de risque, développer des traitements personnalisés, financer les innovations organisationnelles et rapprocher la recherche des patients.

    Mais ce potentiel reste insuffisamment valorisé. Les avancées de la génétique, des neurosciences et de la compréhension des mécanismes des pathologies comme des déterminants de la santé mentale ouvrent de nouvelles perspectives, qui doivent être mieux connues, soutenues et traduites en innovations pour les patients. Les talents qui y sont déjà engagés méritent quant à eux d’être mieux reconnus et de bénéficier des moyens nécessaires pour construire une recherche d’excellence, attractive sur le territoire et qui compte à l’international. Sans compter l’attractivité en matière d’essais internationaux, qui demeure elle aussi insuffisante : en 2022, seuls 15 % des essais cliniques multinationaux en santé mentale ont impliqué un centre français et l’innovation demeure très inégale selon les territoires : les établissements hors CHU, qui accueillent près de 90 % des personnes suivies en psychiatrie, sont aussi ceux où la recherche clinique est la moins vivace : ils ne portent que 10 % environ des programmes. Or accélérer les essais ne suffit pas si les innovations restent hors de portée des patients et des équipes soignantes. Médicaments, psychothérapies, outils numériques ou nouvelles organisations des soins : leur financement et leur diffusion doivent être anticipés.

    Quatre priorités

    Face à ces constats, quatre priorités doivent désormais guider l’action des pouvoirs publics :

    1/ Donner un cap national à la recherche. Dès 2027, la France doit structurer une feuille de route nationale 2027-2031 pour donner un cadre commun à la recherche française et inscrire l’effort dans la durée. Les personnes concernées, leurs familles et leurs aidants doivent être associés à cette gouvernance pour que leur expérience contribue à la définition des priorités et au suivi des progrès.

    2/ Donner aux talents les moyens de choisir la recherche et d’y rester. Aucune ambition scientifique ne sera durable sans des parcours professionnels plus attractifs et mieux sécurisés. Il faut faciliter l’accès aux formations, aux financements et aux postes, garantir du temps dédié à la recherche pour les médecins et stabiliser les équipes qui accompagnent les projets.

    3/ Rapprocher la recherche des lieux de prise en charge partout sur le territoire. Pour éviter la concentration de la recherche dans un nombre limité de centres, nous proposons d’accélérer le développement des fédérations régionales de recherche pour favoriser le partage de pratiques et d’outils et impliquer l’ensemble des acteurs des territoires dans des projets de recherche.

    4/ Raccourcir le chemin entre la recherche et le patient. Cela suppose d’accélérer l’ouverture des essais cliniques en simplifiant les procédures pour certaines recherches à faible risque, sans rien céder aux exigences éthiques ou scientifiques. Quelques mois gagnés peuvent faire la différence entre un essai mené en France et un autre mené hors de nos frontières. Mais l’innovation ne s’arrête pas à l’essai : son financement et sa diffusion doivent également être anticipés. Nous proposons, en psychiatrie, un mécanisme de financement permettant à ce que les innovations à forte valeur clinique puissent être prises en charge sans peser uniquement sur le budget courant des établissements.

    Résumons les faits et assumons notre ambition : près d’un Français sur cinq vit avec un trouble psychique. Derrière ce chiffre, il y a des diagnostics encore trop tardifs, des traitements qui ne fonctionnent pas pour tous, des ruptures de parcours, des inégalités territoriales, un accompagnement budgétaire insuffisant et des conséquences, parfois lourdes, pour les patients comme pour leurs proches. Puisque la santé mentale est désormais au cœur du débat public, et qu’une Direction générale de la recherche, de l’innovation et du numérique en santé (DGRINES) vient de voir le jour, faisons de la recherche l’une des clés du rétablissement et un levier majeur pour améliorer les trajectoires de vie. Les prochaines années seront décisives : dans un environnement scientifique international très compétitif, les pays qui investiront durablement dans la recherche en santé mentale prendront une avance scientifique, thérapeutique et humaine. La France en a le potentiel. Encore faut-il en faire une priorité.

    Signataires :

    Pr Frank Bellivier, professeur de psychiatrie, ancien délégué ministériel à la Santé mentale et à la Psychiatrie

    Dr Lucie Berkovitch, psychiatre et chercheuse, GHU Paris Psychiatrie & Neurosciences

    Pr Olivier Bonnot, président du Collège national des universitaires de psychiatrie

    Pr Thomas Bourgeron, professeur de génétique à l’Université Paris Cité, chercheur à l’Institut Pasteur, membre de l’Académie des sciences et de l’Institut universitaire de France

    Pr Isabelle Boutron, directrice de Cochrane France, directrice du Centre de recherche en épidémiologie et statistiques (CRESS), Université Paris Cité

    Jocelyne Caboche, cofondatrice de MElkin Pharmaceuticals et directrice de recherche émérite au CNRS

    Dr Boris Chaumette, psychiatre et chercheur, GHU Paris Psychiatrie & Neurosciences

    Dr Astrid Chevance, MCU-PH de Santé publique, responsable scientifique de ComPaRe Dépression

    Marine Chosson, patiente-experte, ComPaRe Dépression

    Pr Richard Delorme, chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital Robert-Debré, responsable du Centre d’excellence autisme et troubles du neurodéveloppement (InovAND)

    Pr Philippe Fossati, président du Conseil national des universités, section psychiatrie adultes

    Jean-Antoine Girault, directeur de recherche à l’Inserm, chercheur à l’Institut du Cerveau

    Pr Philip Gorwood, chef de service à l’hôpital Sainte-Anne, professeur des universités et chef d’équipe au Centre de psychiatrie et neurosciences

    Catherine Heurteaux, directrice de recherche émérite et responsable scientifique à l’ANR pour le domaine des neurosciences

    Pr Marie-Odile Krebs, cheffe de pôle, GHU Paris Psychiatrie & Neurosciences ; Inserm, Université Paris Cité, Institut de psychiatrie, Réseau Transition

    Virginie Lasserre, présidente du Comité Santé mentale du Leem

    Pr Marion Leboyer, directrice de la Fondation FondaMental

    Catherine Marquer, coordinatrice des actions internationales en neurosciences, ANR

    Maria Melchior, directrice de recherche, Inserm

    Marianne Perreau-Saussine, directrice exécutive de l’Institut Robert-Debré du Cerveau de l’Enfant

    Céline Poucin, directrice du mécénat scientifique, Fondation Bettencourt Schueller

    Aude Sibert, infirmière en pratique avancée, Centre hospitalier Charles-Perrens

    Pr Pierre Thomas, président de la Fédération régionale de recherche en psychiatrie et santé mentale Hauts-de-France

    Jocelyne Viateau, coprésidente du comité scientifique de l’Unafam



    Source link : https://www.lexpress.fr/sciences-sante/sante-mentale-la-france-ne-peut-plus-attendre-pour-transformer-son-potentiel-scientifique-en-progres-UT72WCVUWJAN7DMEFW335ARHUI/

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    Publish date : 2026-10-07 09:00:00

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