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    Bruno Retailleau et l’interdiction de LFI : de Paris à Strasbourg, histoire secrète d’un coup d’épée dans l’eau

    IntelliNewsBy IntelliNewsoctobre 9, 2026Aucun commentaire6 Mins Read
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    S’il n’y croit pas, pourquoi le dire ? Ce jeudi 1er octobre, Bruno Retailleau ne voulait pas parler d’interdiction de La France insoumise (LFI). Il y a été incité par celui que certains, à LR, présentent comme son « mauvais génie », l’eurodéputé François-Xavier Bellamy. La veille de son passage dans la matinale de BFMTV, les deux hommes échangent longuement par message. Bellamy, qui a longtemps pensé que ce n’était pas la bonne solution, a fini par penser que « certaines lignes rouges ont été franchies », qu’ »un parti n’est pas au-dessus des lois » et ne peut pas, en toute impunité, affirmer, comme l’a fait Bally Bagayoko dans le cadre du mouvement lycéen, que « la violence peut être légitime ». Trop, c’est trop. Mais il ne convainc pas Retailleau, qui lui envoie, à une heure avancée de la nuit, un dernier SMS : « Non, ce n’est pas la bonne voie. » Pourtant, il finit par le dire à l’antenne, pour le plus grand bonheur du « mauvais génie ». Bien sûr, le sénateur ne le propose pas formellement mais « pose la question » de l’interdiction du mouvement. Et ajoute aussitôt, tuant dans l’œuf sa propre idée avant même qu’elle n’entre dans l’atmosphère, cette précaution : « Je sais que c’est très difficile en droit… »

    Jean-Luc Mélenchon le sait bien. L’animal politique doit sentir que son adversaire avance en tâtonnant. Alors, interrogé, il ne s’éternise pas. « Il est ridicule. Ce n’est pas en parlant de moi qu’il fera parler de lui », balaie-t-il. En plaçant cette idée dans le débat public, Bruno Retailleau indiffère Jean-Luc Mélenchon et irrite Edouard Philippe. De telles sorties, qui s’ajoutent à celles sur sa volonté de « censurer » le Conseil constitutionnel, n’empêchent-elles pas un futur ralliement ? « Seuls les régimes autoritaires interdisent les partis », grince un proche du candidat Horizons. Le Vendéen ne trouve pas davantage de soutiens de l’autre côté de l’échiquier politique. « C’est une connerie. On ne combat pas un parti en l’interdisant », tranche un eurodéputé RN. L’idée va, toutefois, franchir le mur du son, et arriver jusqu’aux oreilles d’un Suédois, le vice-président du groupe des Conservateurs et réformistes européens (ECR) Charlie Weimers, qui lance une initiative à Strasbourg. Il y a parfois d’étranges ponts entre la capitale française et la capitale européenne…

    La nuit a été courte et le réveil, brutal. Vendredi matin, Charlie Weimers réveille son assistant parlementaire. « Richard, j’en ai marre. Je veux qu’on bannisse ces gens. Ils ne doivent plus recevoir un seul centime d’euro ! » Prenant au mot Retailleau, Weimers, qui publie frénétiquement sur son compte X les images de violences en France, envoie un mail, que nous nous sommes procuré, à ses 719 collègues. L’initiative, qui s’inspire de la note des services de renseignement français pointant la responsabilité de « LFI et ses proxys » dans le mouvement lycéen, vise à demander à l’Autorité pour les partis politiques européens et les fondations européennes (APPF) de juger si le parti The Left Alliance (ELA), dont « LFI » est membre, respecte les valeurs européennes.

    Un émetteur gênant

    Pour que LFI ne touche plus de fonds européens, le Suédois doit récolter, d’ici le 16 octobre, au moins 180 signatures provenant d’au moins trois groupes différents. Charlie Weimers prévient Marion Maréchal, qui siège également à ECR, et envoie un SMS à François-Xavier Bellamy, qui n’a pas prévu de signer son texte – il juge absurde de couper les fonds à un parti sans l’interdire. « Au bout de 48 heures, nous avons dépassé les 70 signatures, issues de quatre groupes politiques différents. Je suis donc très optimiste quant à notre capacité à réunir les 180 signatures nécessaires pour imposer un vote ici, à Strasbourg », confie Charlie Weimers à L’Express.

    Le message gêne autant que l’émetteur. Weimers, qui appartient à un groupe hétéroclite dans lequel siègent à la fois les troupes de Giorgia Meloni et d’anciens soutiens d’Eric Zemmour, a plutôt mauvaise presse dans les institutions européennes. Quand le règlement Retour a été adopté, en juin, il s’est félicité que « l’ère de déportation ait commencé ». En septembre 2025, à la mort de Charlie Kirk, il avait tenté, en vain, d’imposer une minute de silence dans l’hémicycle. « C’est un agitateur. Il gesticule pour se faire remarquer. C’est un peu notre Eric Ciotti », s’esclaffe-t-on au sein de la délégation française du Parti populaire européen (PPE). Une telle initiative peut surprendre quand on pense que la dernière – et seule – fois où il a été envisagé de priver un parti de fonds européens, c’était pour le groupe ESN, en juin, dans lequel siègent des élus de l’AfD allemande. « Certains, notamment à droite, se sont dit qu’il n’était pas normal qu’on pose la question pour ESN et pas pour ELA », glisse un bon connaisseur du Parlement européen.

    Lundi soir, l’hémicycle strasbourgeois ressemblait à celui du Palais Bourbon. Le groupe ECR a obtenu, par un vote qui ne s’est joué qu’à vingt voix, un débat sur le rôle de l’extrême gauche dans les violences qui ont eu lieu en marge des blocus lycéens. « Ce qui se passe aujourd’hui en France doit inquiéter toute l’Europe », avance François-Xavier Bellamy, qui estime que « cette force politique [LFI] ne donne pas un seul gage d’avenir à ces jeunes ». « Vous êtes une honte pour la France », attaque l’eurodéputé RN Matthieu Valet, tourné vers l’insoumise Manon Aubry, présidente du groupe The Left. « Cette gauche-là contribue au climat d’insurrection », appuie Marion Maréchal, devant le Slovaque Martin Hojsík qui préside la séance et qui tente désespérément de calmer ses collègues. « Je suis fière que nous soyons au côté des lycéennes et des lycéens », répond Manon Aubry. Au même moment survient, en dehors de l’hémicycle, un événement qui donne du grain à moudre à Charlie Weimers. En passant devant une exposition de commémoration du 7-Octobre, Rima Hassan renverse les drapeaux israélien et européen. Le lendemain, fait assez rare, la présidente du Parlement, Roberta Mestola, prévient qu’elle prend « extrêmement au sérieux » cette affaire et que des sanctions seront prises.

    La tension est toutefois vite retombée. L’intensité d’une session plénière – les députés enchaînent les rendez-vous et les sessions de vote – et les urgences à traiter – notamment le déficit commercial qui ne cesse de se creuser avec la Chine – font passer l’initiative de Charlie Weimers pour un épiphénomène. La plupart des eurodéputés n’ont pas vu son courrier et, même s’il obtenait 180 signatures et si son texte était adopté la semaine du 19 octobre – ce qui fait beaucoup de « si » -, LFI ne serait pas inquiété par l’APPF. « C’est un non-sujet », balaie-t-on au sein du mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Un coup d’épée dans l’eau qui pourrait même renforcer l’attaqué, plutôt que l’attaquant. « Ça accrédite la thèse de la citadelle assiégée et ça clive. C’est tout ce qu’ils veulent », achève un eurodéputé socialiste. L’interdiction de LFI ou l’histoire d’une erreur politique et d’un « flop » prévisible.



    Source link : https://www.lexpress.fr/politique/bruno-retailleau-et-linterdiction-de-lfi-de-paris-a-strasbourg-histoire-secrete-dun-coup-depee-dans-5DNYUUP4ZFBNBNGWNZ73FWSRLI/

    Author : Sébastien Schneegans

    Publish date : 2026-10-09 04:30:00

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