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    PMA, la grande fracture : le désamour des Américains face à l’exception française

    IntelliNewsBy IntelliNewsoctobre 9, 2026Aucun commentaire6 Mins Read
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    C’est un renversement que personne n’avait vu venir. Il y a 48 ans, en 1978, une naissance en Grande-Bretagne mit la planète en émoi : Louise Brown, le premier « bébé-éprouvette ». Près d’un demi-siècle et 13 millions d’enfants plus tard, la procréation médicalement assistée (PMA) fait pourtant moins rêver outre-Atlantique. Selon l’étude « Singles in America », menée chaque année par l’Institut Kinsey auprès d’environ 5 000 personnes, la part des célibataires prêts à envisager une fécondation in vitro (FIV) est passée de 44 % en 2017 à… 18 % cette année. Pour la congélation d’ovocytes, elle a reculé de 33 % à… 17 %.

    Le paradoxe est saisissant. Car dans la réalité, les Américains n’ont jamais autant eu recours à ces techniques. Entre 2014 et 2024, le nombre de procédures de congélation ovocytaire a été multiplié par plus de six, passant d’environ 6 000 à 39 000 par an. La FIV, elle, représente désormais près d’une naissance sur 36 aux Etats-Unis. Le secteur représente par ailleurs un marché de plusieurs milliards de dollars. Mais derrière la vitrine commerciale, l’adhésion de l’opinion s’effrite.

    La baisse du désir d’enfant

    Comment expliquer cette apparente contradiction ? Première explication : le désir de parentalité lui-même s’érode. En 2017, 80 % des moins de 40 ans interrogés jugeaient important de trouver un partenaire voulant des enfants. Cette année, seuls 38 % environ des célibataires de 18 à 49 ans disent en vouloir. La moitié invoque la stabilité financière et le coût de la vie. Dans ce contexte, la PMA peut apparaître moins comme une promesse de liberté que comme une épreuve supplémentaire. Car les traitements coûtent cher : de 10 000 à 20 000 dollars pour un cycle de congélation d’ovocytes aux Etats-Unis, plus de 20 000 dollars pour une FIV. A cela s’ajoutent les injections hormonales, la ponction, les traitements, la douleur, puis l’attente. Si la technologie a progressé, elle n’a pas encore supprimé l’incertitude.

    C’est particulièrement vrai pour la congélation d’ovocytes, longtemps vendue comme une sorte d’assurance contre le vieillissement reproductif. Mais un ovocyte vitrifié n’est pas un bébé en attente. Il faudra un jour le décongeler, le féconder, obtenir un embryon viable, puis que la grossesse se poursuive. Une étude de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), publiée en 2025, a montré que moins de 6 % des femmes ayant congelé leurs cellules reproductrices entre 2014 et 2016 les avaient utilisées cinq à sept ans plus tard. Selon le Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), seuls 40 % environ des transferts d’embryons aboutissent à une naissance vivante chez les 35-37 ans, et les chances s’effondrent ensuite. Les témoignages de parcours douloureux, qui pullulent sur les réseaux sociaux, font le reste. S’y ajoutent des scandales de « fraude à la fertilité », comme celui de ce médecin de l’Indiana qui a utilisé son propre sperme pour engendrer plus de 90 enfants.

    Le retour du « naturel »

    Un autre phénomène, plus culturel, pourrait expliquer cette désaffection : la montée d’une défiance à l’égard de la médecine reproductive et des hormones. Dans les Etats-Unis de l’après-Covid, la méfiance envers les institutions médicales s’est installée bien au-delà des clivages politiques traditionnels. La contraception hormonale est devenue la cible d’influenceuses conservatrices et de la mouvance Make America healthy again (Maha), proche de Robert F. Kennedy Jr., qui défend une approche plus « naturelle » de la santé et de la fertilité.

    Or la PMA est, par définition, l’inverse de cette philosophie. Elle consiste à intervenir sur la reproduction : stimuler les ovaires, prélever des ovocytes, sélectionner des embryons, les congeler, les transférer. Le phénomène rejoint une autre évolution inattendue. Chez une partie des jeunes Américains, le modèle familial traditionnel fait son retour. Se marier tôt, rencontrer le « bon » partenaire, avoir rapidement des enfants : pour certains membres de la génération Z, cette trajectoire apparaît désormais plus désirable qu’une longue période de célibat et de construction professionnelle.

    Faut-il pour autant s’attendre à un effondrement du recours à la PMA ? Ce n’est pas certain, car la réalité biologique ne suit pas nécessairement les aspirations sociales. Malgré les critiques de responsables républicains et des militants anti-avortement, hostiles à la destruction d’embryons, seuls 8 % des Américains se disaient opposés à la FIV dans un sondage du Pew Research Center en 2024. L’opinion se résume moins à « c’est mauvais pour vous » qu’à « ce n’est pas pour moi ». Jusqu’au jour où, dans le cabinet d’un médecin, après un an d’essais infructueux, la question se pose : « Quelle est la prochaine étape ? ». C’est là tout le paradoxe américain sur la PMA.

    La France, miroir inversé

    De ce côté-ci de l’Atlantique, en France, le mouvement est presque inverse. Selon l’Agence de la biomédecine, 27 455 enfants sont nés par assistance médicale à la procréation en 2023, soit 4 % des naissances, un enfant sur 24 contre un sur 27 l’année précédente. Le nombre de tentatives a grimpé à 164 670, soit une hausse de 3 %. Depuis la loi de bioéthique de 2021, qui a ouvert l’accès aux couples de femmes et aux femmes seules, ces dernières représentent environ 80 % des demandes avec don de spermatozoïdes. Quant à l’autoconservation ovocytaire pour raisons non médicales, désormais autorisée, elle a doublé en un an : 3 645 femmes y ont eu recours en 2023, contre 1 759 en 2022. L’enquête menée en 2025 par l’Agence de la biomédecine auprès des Françaises de 25 à 44 ans donne la mesure du phénomène : 85 % disent avoir déjà entendu parler de la congélation ovocytaire et 35 % se déclarent intéressées. Chez les 25-34 ans, la proportion atteint 41 %.

    L’explication tient en grande partie à un système où la prise en charge par l’Assurance maladie lève le verrou financier, que l’on soit en couple ou non. Reste que les délais d’attente s’allongent, signe d’une demande qui dépasse l’offre. La France est-elle simplement en décalage, ou le prélude d’un reflux similaire ? Il serait hasardeux de conclure. Mais l’exemple américain rappelle que l’appétit pour la PMA dépend autant du désir d’enfant, du coût et de la confiance dans la médecine que de la technique elle-même.

    Aux Etats-Unis comme en France, la médecine reproductive se trouve en réalité prise entre deux illusions opposées. La première consiste à croire qu’il suffit de faire confiance à la nature. La seconde, qu’il suffirait de faire confiance à la technologie. Ni l’une ni l’autre n’est exacte. La fertilité humaine reste soumise au temps. La PMA peut contourner certains obstacles, elle peut donner une chance là où il n’y en avait plus, ou presque plus. Elle ne transforme pas pour autant l’horloge biologique en simple problème technique. Aux Etats-Unis, cette prise de conscience semble contribuer au désamour actuel pour la PMA. En France, elle n’a pas refroidi l’enthousiasme, bien au contraire. Mais qu’en sera-t-il demain ?



    Source link : https://www.lexpress.fr/sciences-sante/pma-la-grande-fracture-le-desamour-des-americains-face-a-lexception-francaise-MEH73TMXIRFWXJGGARWYSAGABM/

    Author : Yohan Blavignat

    Publish date : 2026-10-09 07:00:00

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