Jusqu’ici, tout semblait lui réussir. En un an à la tête du Green Party, Zack Polanski avait triplé le nombre d’adhérents pour atteindre 200 000 membres, et les sondages donnaient son parti écologiste au coude-à-coude avec les Travaillistes et les Conservateurs, flirtant avec les 20 % d’intentions de vote. En l’espace de quelques jours, l’ascension express de cet ancien comédien de théâtre de 43 ans, devenu en quelques mois le porte-voix britannique de « l’éco-populisme », a heurté un mur. Violemment.
Jeudi 8 octobre, Polanski a échoué dans sa tentative de ravir le siège des Travaillistes à Holborn et St Pancras, un quartier jeune et multiculturel de Londres, perdant de douze points (33 % contre 45 %) face à sa rivale Sagal Abdi-Wali, une éducatrice scolaire qui a fui la guerre civile somalienne à l’âge de 7 ans. Cette législative partielle portait un enjeu symbolique majeur, son vainqueur remplaçant l’ancien Premier ministre Keir Starmer au Parlement. Un temps favori, le leader des Verts s’est effondré dans la dernière ligne droite, en même temps que l’avenir de son parti.
« Le Green Party a fait de l’antisémitisme sa ligne politique »
Tout s’est joué le week-end précédant l’élection, lors du congrès annuel du Green Party à Brighton, cité balnéaire du sud-ouest de l’Angleterre. Chez les Verts britanniques, les adhérents peuvent soumettre des motions au vote afin de déterminer la politique du parti et, cette année, la base la plus radicale a débordé la direction modérée : un texte, déposé par le groupe « Greens for Palestine », a déclenché une tempête dont le parti aura du mal à se relever.
Par une majorité de 209 voix, le Green Party a adopté une motion qui désigne le sionisme, soit le soutien à l’existence d’un Etat juif en Israël, comme un racisme et appelle à la création d’un Etat palestinien unique, enterrant ainsi la solution à deux Etats. Les adhérents ont par ailleurs rejeté une motion qui visait à protéger les membres de « synagogues sionistes » de procédures disciplinaires au sein du parti… « Le Green Party a fait de l’antisémitisme sa ligne politique et il est devenu un parti raciste », a dénoncé le Movement for Progressive Judaism, qui rassemble 80 synagogues progressistes au Royaume-Uni. Signe du malaise provoqué par cette motion, quatre des cinq députés du parti ont voté contre et le parti écologiste britannique a été fustigé par un grand nombre de ses équivalents européens.
Pendant cette séquence déplorable, Zack Polanski s’est illustré par son absence : prétextant faire campagne à Londres, le leader du parti n’a pas cherché à peser sur les textes adoptés et s’est absenté de la conférence lors du vote. Il a ensuite refusé de les critiquer, lui qui a pourtant choisi de revendiquer son identité juive britannique et qui a très tôt intégré des groupes juifs antisionistes. « Aux yeux de nombreux électeurs, son parti est devenu trop extrême, souligne The Economist après sa défaite à Londres. M. Polanski, qui est juif, a fait preuve de lâcheté politique en se servant de sa campagne comme prétexte pour s’abstenir sur ce texte. » La nouvelle ligne politique des Greens et les accusations d’antisémitisme ont pourtant permis aux Travaillistes de mobiliser leurs troupes à Londres, provoquant la chute du leader « éco-populiste ».
Andy Burnham, un casse-tête pour Zack Polanski
Depuis son arrivée à la tête des Verts, Polanski surfait sur le soutien à Gaza et la critique virulente d’Israël, qui lui vaut un large soutien chez les jeunes Britanniques, reléguant la question climatique au second plan. Il occupait ainsi un espace libre à gauche, alors que le gouvernement de Keir Starmer hésitait à se montrer tranchant sur la guerre israélo-palestinienne, reconnaissant l’Etat palestinien aux côtés de la France en septembre 2025 mais repoussant toute sanction contre Israël. L’arrivée d’Andy Burnham à Downing Street, en juillet dernier, a changé la donne : le nouveau Premier ministre a reconnu que les Travaillistes auraient dû « faire mieux » sur la question israélo-palestinienne et son ministre des Affaires étrangères, Ed Miliband, a annoncé des sanctions contre les colons de Cisjordanie le mois dernier.
« En tant que populiste revendiqué, Zack Polanski agit comme un miroir de Nigel Farage à gauche, nous expliquait récemment le politologue Max Stafford. Ce succès de la gauche dure, comme celui de la droite dure, n’est pas vraiment dû aux talents de ces partis mais plutôt aux échecs des partis traditionnels, qui leur offraient jusqu’à présent un espace politique inédit. » Pris en étau entre les débuts réussis d’Andy Burnham et l’antisémitisme de plus en plus revendiqué de sa base électorale, Zack Polanski voit son espace électoral se refermer devant lui. Même s’il exclut pour l’instant de quitter son poste, la chute du Green Party dans les sondages (désormais autour de 11 % d’intentions de vote) pourrait bien précipiter celle de son leader.
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Author : Corentin Pennarguear
Publish date : 2026-10-09 15:00:00
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