C’est une prolifération à vitesse grand V. En Russie, à proximité de la frontière ukrainienne, plusieurs terrains voient fleurir des bases destinées au lancement de drones à réaction. En à peine six semaines, dans la région de Rostov, une installation d’une superficie équivalente à 126 terrains de football est sortie de terre, selon une analyse d’images satellites réalisée par Reuters et corroborée par des experts de la défense. Dotée de huit plateformes de lancement, elle pourrait devenir opérationnelle prochainement et permettre de tirer plus de 100 drones par jour, d’après la société de renseignement DroneSec.
Plus au nord, dans l’oblast d’Orel, la base de Tsymbulova a connu une expansion tout aussi rapide. Construite sur d’anciennes terres agricoles dès 2024, elle n’a cessé de s’agrandir depuis. En août dernier, elle disposait de pas moins de 23 lanceurs et d’une centaine de drones prêts à être déployés. Tous pointent bien entendu vers l’Ukraine, située à moins de 200 kilomètres.
Un arsenal russe de plus en plus sophistiqué
Ces deux installations s’inscrivent dans un programme plus vaste : selon une enquête du Telegraph, au moins dix bases russes ont récemment été équipées de nouvelles plateformes, représentant 59 rails de lancement supplémentaires près des frontières ukrainienne et biélorusse.
Cette accélération vient appuyer une évolution de l’arsenal russe vers des drones à réaction, nettement plus difficiles à intercepter que les modèles à hélice. Le Geran-5, notamment, aurait une portée de 1 000 km et pourrait atteindre une vitesse de 600 km/h. Le Geran-4 serait légèrement moins performant, mais pourrait tout de même voler à 450 km/h. Des performances qui mettent en difficulté les drones intercepteurs ukrainiens, généralement moins rapides.
Selon le Telegraph, leur utilisation a fortement augmenté pendant l’été. Le journal britannique évoque une multiplication par huit des attaques à l’aide de ces engins entre juin et août, de 350 à 2 800. La Russie produirait désormais près de 3 000 Geran-4 et Geran-5 par mois et envisagerait d’utiliser des drones à réaction pour la moitié de ses attaques aériennes.
Un défi pour l’Otan
Cette montée en puissance inquiète également les pays de l’Otan, qui accusent déjà la Russie de multiplier les actes de sabotage, les incursions de drones et les cyberattaques sur leur sol et s’inquiètent de ses menaces nucléaires. Selon Rob Jordan, expert du groupe de réflexion britannique RUSI interrogé par Reuters, le temps record durant lequel ont été réalisés ces travaux témoigne de la priorité accordée par Moscou aux frappes à longue distance, potentiellement au détriment de ses forces terrestres conventionnelles.
Pour Mike Monnik, directeur de DroneSec, la rapidité avec laquelle Moscou peut déployer des capacités offensives massives constitue une vulnérabilité stratégique pour l’Alliance, dont de nombreux pays ne disposent toujours pas de systèmes de défense antidrones complets.
La concentration de ces moyens sur de grandes bases présente toutefois des risques pour Moscou. Fin août, l’Ukraine a frappé le site de Tsymbulova, endommageant un lanceur et une zone de stockage. Selon Robert Tollast, autre chercheur chez RUSI, le développement de l’arsenal ukrainien de missiles de croisière pourrait rendre ces installations encore plus vulnérables.
Kiev cherche parallèlement à adapter sa défense en développant des drones intercepteurs à réaction, notamment le P1-SUN Jetkiller de l’entreprise SkyFall. Pour l’Ukraine, l’objectif est de rester dans la course technologique et industrielle : à mesure que la Russie développe ces capacités offensives, garder le rythme pour développer, en face, les moyens de les neutraliser. Reste que les restrictions d’accès au réseau satellitaire américain Starlink rencontrées par l’Ukraine ces derniers jours ne viennent rien arranger. Cette limitation de vitesse – corrigée depuis – entrave notamment la capacité de l’Ukraine à se défendre contre les drones russes à l’aide de ses propres intercepteurs. Dans un entretien accordé à L’Express, James Sherr OBE, membre honoraire du International Centre for Defense and Security, en Estonie, résumait ainsi la situation : « Couper Starlink, c’est comme appuyer sur un interrupteur : tout s’arrête net ».
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Author : Juliette Laffont
Publish date : 2026-10-16 09:56:00
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