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    Dette : ce scénario où la France s’en sort, mais fait sombrer l’euro

    IntelliNewsBy IntelliNewsoctobre 18, 2026Aucun commentaire6 Mins Read
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    Bruxelles commence à prendre conscience de l’ampleur de son problème français. Pour l’Union européenne, il s’agit d’un nouveau problème interne évitable qui risque de détourner l’attention des crises plus importantes qui se déroulent à l’échelle mondiale. La flambée des prix de l’énergie, la hausse des taux d’intérêt, un président américain imprévisible et une éventuelle guerre commerciale avec la Chine s’ajoutent au mécontentement croissant des électeurs et à une dérive vers les extrêmes politiques.

    Le problème ne réside même pas dans le modèle macroéconomique français. Paris reste au cœur d’une économie mondiale dotée d’atouts économiques évidents. Que ne donnerait pas l’Allemagne pour bénéficier, à l’heure actuelle, des tarifs d’électricité ou des capacités militaires de la France ! Non, la menace que représente la France pour l’Europe est bien plus spécifique. Elle tient à la dynamique de la dette française, et plus directement à l’incapacité des responsables politiques à proposer (et encore moins à mettre en œuvre) un plan crédible de réduction de la dette publique. Ce problème n’est pas nouveau.

    Mais l’incapacité de la France à maîtriser ses dépenses publiques doit être replacée dans son contexte. En 1986, la dette française représentait à peine 30 % du PIB (contre 40 % pour l’Allemagne). Berlin a ensuite consacré des milliers de milliards d’euros à l’ancienne Allemagne de l’Est après la réunification. Elle a également mené à bien un douloureux réajustement économique au début des années 2000, alors qu’elle était largement considérée comme « l’homme malade de l’Europe ». Aujourd’hui, Berlin injecte des centaines de milliards d’euros d’investissements dans son économie en difficulté. Sa marge de manœuvre budgétaire – un ratio dette/PIB inférieur à 70 % – donne au chancelier Merz la latitude politique nécessaire pour remédier aux faiblesses économiques du pays. Les obligations allemandes restent la référence en matière d’actifs financiers en Europe.

    L’Italie et la Belgique, victimes collatérales ?

    La France, de son côté, n’a cessé de dépenser, avec des retombées économiques de plus en plus faibles. La croissance française stagne (à peine 1 % en 2026), tandis que ses dépenses publiques et sa charge fiscale comptent parmi les plus élevées d’Europe. Les intérêts à payer sur sa dette avoisineront les 100 milliards d’euros en 2027. Si l’on en croit les tendances actuelles, la Grèce – oui, cette même Grèce – affichera un ratio dette/PIB inférieur à celui de la France en 2028 ou 2029.

    Et c’est ce manque de marge de manœuvre budgétaire qui menacera bientôt bien plus que les retraites françaises ou les aides aux carburants. En effet, en tant que membre de la zone euro, une crise budgétaire française peut rapidement dégénérer en une véritable crise monétaire pour tous ses Etats membres. Dans ce contexte, d’autres Etats fortement endettés, comme l’Italie et la Belgique, seront rapidement entraînés dans une crise économique qui ne cessera de s’aggraver, tout comme en 2011.

    La réalité est que la France – et, par extension, l’euro – se trouve dans une situation de grande vulnérabilité à l’approche de la prochaine élection présidentielle d’avril 2027. Des plans d’assainissement budgétaire timides et incomplets risquent de s’accompagner d’une grande incertitude politique. Quel que soit le prochain président français, les marchés financiers doutent de plus en plus de sa capacité à mettre en œuvre les mesures d’assainissement budgétaire nécessaires.

    Les mesures économiques récemment annoncées par le Rassemblement national (RN) dans son programme, mettent en évidence le décalage entre le système politique et les réalités économiques. Si l’engagement en faveur de la discipline budgétaire est bienvenu, il est en totale contradiction avec ses autres engagements en matière de politique économique, tels que le maintien de l’âge de la retraite à 62 ans et la réduction d’autres impôts. Sa proposition de réduire les versements au budget de l’UE occulte commodément le fait que la contribution nette de la France, d’environ 9 milliards d’euros par an, représente moins de 6 % du déficit budgétaire total (152 milliards d’euros en 2026). Ce n’est pas une stratégie économique crédible. Le reste de l’Europe – y compris les Italiens – a de plus en plus l’impression que la France vit dans son propre monde en matière budgétaire.

    À bien des égards, la France est emblématique d’une menace bien plus dangereuse pour l’euro, même par rapport au chaos de 2008, de 2011 ou encore de 2015. En effet, l’extrémisme politique (tant à gauche qu’à droite) est désormais ancré dans les systèmes politiques français et allemand. Les niveaux d’endettement public sont également nettement plus élevés, la dette de la zone euro étant passée de 66 % du PIB en 2007 à près de 90 % en 2026. Ce niveau d’endettement plus élevé limite le potentiel de croissance futur, réduisant ainsi encore davantage les options politiques.

    Le RN contraint d’appliquer l’austérité

    Le malaise politique actuel en France aura pour conséquence une nouvelle hausse des taux d’intérêt sur les obligations françaises. Ironie du sort, une victoire du RN obligerait ce parti à faire face aux conséquences de la politique de dépenses budgétaires effrénées menée par la France depuis des décennies. Compte tenu de ses positions passées en faveur d’une sortie de l’euro, une telle victoire entraînerait probablement une spéculation encore plus effrénée des marchés à l’encontre de la France et de la zone euro dans son ensemble.

    Si cela venait à se produire, il est peu probable que l’euro puisse survivre sous sa forme actuelle. Soit les responsables politiques français reconnaissent le mensonge que représentent les niveaux actuels de dépenses publiques et adoptent eux-mêmes des mesures d’austérité (comme l’Irlande l’a fait en 2009), soit l’UE et la BCE finiront par être contraintes d’intervenir.

    Mais il ne s’agira pas de l’effacement massif de la dette française dont rêvent certains à gauche. Il s’agira d’une austérité imposée d’en haut par Francfort et Bruxelles. Celle-ci impliquera probablement des mesures de rigueur d’une ampleur inacceptable pour les Français. Le résultat final sera une répétition des crises passées de la zone euro. Une série d’événements en cascade qui débutera à Paris mais qui aura des répercussions sur tous les Etats membres de la zone euro. La France s’en sortira, mais la zone euro, peut-être pas.

    Et c’est pourquoi l’euro pourrait bien être la plus grande victime de la France.

    * Eoin Drea est chercheur au Wilfried Martens Centre for European Studies, think tank basé à Bruxelles et lié au Parti populaire européen (centre droit)



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/dette-ce-scenario-ou-la-france-sen-sort-mais-fait-sombrer-leuro-FGRSC4AELNCNFEPNADNB3DX4KY/

    Author : Par Eoin Drea*

    Publish date : 2026-10-18 15:00:00

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