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    « Une vague de transmissions d’entreprises arrive » : les propositions de l’ex-ministre Olivia Grégoire

    IntelliNewsBy IntelliNewsoctobre 21, 2026Aucun commentaire6 Mins Read
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    Après quatre ans passés à Bercy au chevet des TPE et des PME, Olivia Grégoire, aujourd’hui députée (Ensemble pour la République) de Paris, vient de boucler un épais rapport sur une échéance souvent mal préparée par les chefs d’entreprise : le passage de relais.

    L’Express : Vous décrivez une vague silencieuse qui monte et doit se matérialiser d’ici quatre à cinq ans en France. Quel est votre diagnostic ?

    Olivia Grégoire : Cette vague a commencé quand j’étais ministre, dès 2023-2024, et elle va rapidement s’amplifier. Les chiffres sont éloquents : 500 000 dirigeants pourraient partir à la retraite d’ici 2032 et 370 000 entreprises sont potentiellement à transmettre d’ici 2030. Chaque année, sur 74 000 entreprises transmissibles, seulement 26 000 sont reprises. Nous montons sur la crête de cette vague, qui constitue un véritable enjeu pour l’emploi puisqu’elle concerne 3 millions de salariés. Or, et c’est assez peu connu, le taux de survie à trois ans d’une entreprise reprise est supérieur à celui d’une entreprise créée : 85,5 % contre 81,4 %. Surtout, une reprise génère en moyenne 3,8 emplois, contre 2 pour une création.

    On n’enseigne pas la reprise dans les écoles de management. Pourquoi est-elle moins valorisée que la création d’entreprise ?

    C’est pour y remédier que ce rapport contient des propositions très opérationnelles en matière de formation pour les cédants, comme pour les repreneurs. Le patron d’une entreprise de maçonnerie de dix personnes à Saint-Etienne n’a possiblement jamais entendu parler du pacte Dutreil, ni d’autres dispositifs de transmission existants. D’ailleurs, 82 % des chefs d’entreprise déclarent ne pas le connaître. Nous avons même en France une vue biaisée : une entreprise à transmettre, donc à céder, est perçue comme en difficulté – cela nous a été dit en audition. Or beaucoup vont bien et font juste face à un problème d’âge du dirigeant ! Toutefois, le vrai sujet, c’est bien le cédant.

    C’est-à-dire ?

    On touche ici à des dimensions personnelles, psychologiques. Aujourd’hui, l’Etat envoie un courrier aux 55 ans du dirigeant pour l’inviter à se renseigner sur la transmission. Ces démarches de prévention, habituelles en matière de santé, ne sont pas aussi efficaces en matière économique. Le chef d’entreprise, accaparé par la gestion quotidienne de ses affaires, est souvent dans le déni, pensant pouvoir tenir encore dix ans, ou dans la procrastination, remettant le sujet à l’année suivante. Or une bonne transmission prend au moins trois ans. Dans ce rapport, je lance l’alerte sur la nécessité d’une démarche proactive pour pousser ces patrons à anticiper davantage. Pour cela, il faut aller chercher les cédants, mobiliser les experts-comptables notamment, qui sont des tiers de confiance, afin de les aiguiller et de travailler sur la valorisation de leur entreprise puis d’enclencher le passage à l’acte. C’est tout le sens de ma première proposition : transformer ce simple courrier des 55 ans en un véritable rendez-vous patrimonial, confidentiel et gratuit.

    Vous pointez la sous-capitalisation de ces entreprises, et proposez notamment la création d’un plan épargne dépendance. De quoi s’agit-il ?

    Pour faire émerger des ETI, il faut un vivier de PME performantes. Aujourd’hui elles souffrent, structurellement, alors même que l’on est assis sur 6 600 milliards d’épargne qui devraient bien davantage irriguer leurs fonds propres. C’est pourquoi j’ai élargi le spectre du rapport à la capitalisation de nos PME, qui est un enjeu pour la transmission. Orienter l’épargne en ce sens, vers les sociétés cotées dans un premier temps, puis non cotées, permettrait de combler ce manque. Il faut étirer dans le temps le capital injecté dans nos PME. Nous avons créé le plan épargne retraite (PER) avec la loi Pacte en 2019. L’âge moyen de départ à la retraite est de 63 ans tandis qu’on entre en Ehpad à 85 ans en moyenne. Pendant ces vingt ans, l’épargnant pourrait faire fructifier son épargne et nos PME gagner en capitaux. Je travaille avec Denis Ferrand de l’institut Rexecode sur une proposition de loi qui poserait les bases d’un plan épargne dépendance.

    Est-il audible aujourd’hui de défendre des avantages fiscaux pour la transmission d’entreprise ?

    Parmi mes 26 propositions, une seule s’apparente à une dépense fiscale significative, même si pour moi, elle est d’abord un investissement, un signal clair et compréhensible pour que le mouvement s’enclenche : une année blanche d’impôt sur les sociétés pour l’acquéreur, pendant les douze mois qui suivent la reprise. Elle figure parmi mes propositions d’amendement au projet de loi de finances. Nous avons chiffré son coût entre 50 et 55 millions d’euros.

    Est-ce la mesure phare que vous portez ici ?

    C’est la plus générale et la plus intelligible. D’autres, plus confidentielles ou plus techniques, sont aussi importantes. Comme celle de la sécurisation du crédit vendeur. Le cédant qui le consent permet au repreneur de payer en plusieurs fois. Je soutiens la mesure annoncée par le gouvernement prévoyant la possibilité d’étaler le règlement de l’impôt sur la plus-value. Mais il faut aller plus loin car ce paiement échelonné suppose la constitution de garanties auprès de l’administration fiscale, alors que le cédant, de fait, n’a plus son entreprise à mettre en gage. Je propose donc qu’un acteur institutionnel comme Bpifrance ou la Banque des territoires apporte sa garantie.

    Vous soulevez aussi un enjeu de souveraineté, en proposant d’établir une liste des secteurs en situation critique.

    On parle beaucoup de souveraineté pour nos grands groupes, mais les investisseurs étrangers arrivent désormais dans les ETI et les PME de croissance, sur des chaînes de valeur et de sous-traitance stratégiques, dans le luxe, la défense, l’aéronautique… La cadence s’accélère : sur les six premiers mois de l’année, 16 des 37 rachats d’ETI recensés, soit 43 %, ont été réalisés par des acquéreurs étrangers, contre un gros tiers en 2025. Cette vague de transmission française est une formidable opportunité pour nombre de fonds étrangers. Or, nous avons aussi des enjeux de souveraineté dans nos PME qu’il nous faut surveiller.

    Portez-vous ces sujets à Bruxelles ?

    Honnêtement, j’ai peu de marges de manœuvre au niveau européen. Mais je suis de très près la régulation et notamment la stratégie européenne pour les investisseurs de détail, la RIS, dont j’ai beaucoup discuté avec la présidente de l’Autorité des marchés financiers [NDLR : portée par la Commission européenne, elle vise à mieux protéger les épargnants tout en les incitant à investir davantage sur les marchés]. L’idée est que l’épargnant soit informé des opportunités de rendement et pas seulement sensibilisé aux risques. C’est un sujet résolument politique, au même titre que le pouvoir d’achat ou la justice sociale. On laisse les uns déposer leurs économies sur un Livret A réglementé à 1,7 %, alors que les autres peuvent placer 100 000 euros en capital-investissement, rémunérés à 8 ou 10 %. Il faut que les pouvoirs publics jouent leur rôle pour éclairer les particuliers afin qu’ils fassent les bons choix d’investissement, au profit de nos PME. Elles sont rentables. Investissons dedans et faisons-leur confiance.



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/politique-economique/une-vague-de-transmissions-dentreprises-arrive-les-propositions-de-lex-ministre-olivia-gregoire-TOXY5Q3VERCEDB5LQIXHLYITTQ/

    Author : Arnaud Bouillin, Muriel Breiman

    Publish date : 2026-10-21 13:00:00

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