Fin 2025, le volume des transactions immobilières est reparti à la hausse, porté par des prix stabilisés, laissant espérer la fin de la crise. Las, ce redémarrage s’est essoufflé rapidement et le marché s’est à nouveau grippé. Face au renchérissement du coût du crédit, les acquéreurs réduisent leur budget, tandis que les vendeurs maintiennent des prétentions élevées.
Faute de pouvoir acheter, les aspirants propriétaires se reportent sur le marché locatif. Mais celui-ci est lui-même saturé et peine à absorber cette demande supplémentaire. Aujourd’hui, tous les pans du secteur immobilier sont en train de se scléroser, et le spectre d’une lente érosion des prix refait surface.
Pour débloquer la chaîne du logement, il faut permettre aux ménages d’acheter ou de louer là où la demande est forte. Maintes fois promise mais jamais mise en œuvre, une réforme d’ampleur permettrait de créer ce « choc d’offre » dont le marché a besoin. Elle est désormais cruciale. Hélas, les questions immobilières ne semblent toujours pas s’imposer dans les programmes des candidats à l’élection présidentielle.
L’immobilier doit faire l’objet de politiques claires et incitatives, estime Sylvain Grataloup, le président de l’Unpi. Elles seules permettront aux ménages de devenir propriétaires et inciteront davantage les bailleurs à louer.
L’Express : Que pensez-vous de l’évolution de la taxe foncière ?
Sylvain Grataloup : Depuis 2019, avec la suppression de la taxe d’habitation pour la résidence principale, les collectivités augmentent, chaque année, leurs taxes foncières. C’est le moyen d’équilibrer leur budget, puisque l’Etat ne compense pas assez le manque à gagner.
Nous appelons les pouvoirs publics à remplacer cette taxation locale par une contribution unique, que devraient régler tous les habitants d’une commune. Elle servirait à financer les services publics locaux, utilisés à la fois par les propriétaires occupants et les locataires.
Les bailleurs et les propriétaires de résidences secondaires en seraient donc exonérés ?
Non. Cette contribution doit être réglée par tous. Car les bailleurs qui investissent dans des villes où les équipements sportifs, écoles, hôpitaux, transports en commun,… sont nombreux, voient leur bien se valoriser davantage. Il est donc normal qu’ils participent au financement de la vie locale. Pour les résidences secondaires, dans les villes touristiques, les occupants utilisent très intensément des équipements collectifs quelques mois par an, il serait là aussi logique qu’ils participent à leur financement et entretien.
Pour maintenir l’équité, il faudrait prévoir une pondération différente pour les propriétaires occupants à plein temps, temporairement, les bailleurs et les locataires. Ce même système pourrait être utilisé afin que les ménages à faibles ressources ne paient pas les mêmes sommes que ceux aux moyens importants.
Et pour les logements vacants qui ne sont pas loués ?
Aujourd’hui, la réponse pour lutter contre les logements vacants est de les surtaxer. Nous prônons, au contraire, la mise en place de mesures incitatives pour que les bailleurs remettent leurs biens sur le marché locatif. Il faut aussi arrêter de leur faire peur, notamment avec les risques d’impayés. Il y a en France 2 à 3 % d’impayés, et dans l’immense majorité des cas, la location se passe bien. Le problème est qu’aujourd’hui la loi est la même pour un locataire indélicat, qui a les moyens de payer son loyer mais ne le fait pas, et un autre, en difficulté, qui ne le peut pas. Celui qui est de bonne foi doit être accompagné rapidement par les pouvoirs publics, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Il est inacceptable de voir des gens dans la rue parce qu’il faut plusieurs années pour accéder au parc social et qu’il n’y a pas assez de logements d’urgence. Tout comme il n’est pas normal que ce soit aux bailleurs privés d’assumer les impayés.
Quelles mesures globales en faveur du logement prônez-vous ?
Depuis plus de 30 ans, nous assistons à une succession de lois et mesurettes qui changent tout le temps. Il faut construire une politique de long terme, simple et pérenne en lieu et place du maquis législatif actuel. Les bailleurs doivent être traités de la même façon, juridiquement et fiscalement, qu’ils louent dans le parc ancien ou neuf, en nu ou en meublé, que le logement vienne d’être acheté ou qu’il soit déjà acquis. Une fois ce cadre unique instauré, les gouvernements pourront prévoir, selon les besoins de la société et des territoires, des mesures incitatives dans les différentes lois de finance. Par exemple en offrant un avantage aux bailleurs qui louent moins cher, rénovent leur logement ou augmentent l’offre locative dans les grandes métropoles. Nous appelons à la mise en place d’un véritable plan Marshall pour lutter contre la crise du logement, qui touche aujourd’hui toutes les villes et toutes les classes de la population, et pénalise l’ensemble de la société et de l’économie.
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Author : Marie Pellefigue
Publish date : 2026-10-23 05:30:00
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