Les électeurs retiennent leur souffle en Serbie. A quelques heures du résultat des élections législatives, le suspense reste entier. Les sondages placent les deux partis en lice au coude-à-coude, avec, selon certains, une légère avance pour la coalition « Ligne étudiante ». Une victoire de ce parti d’opposition marquerait un tournant historique après quatorze ans de gouvernance Vucic. Avec des implications directes pour les Balkans et pour l’Europe, à tel point que l’UE a dépêché une mission d’observation pour surveiller les urnes. L’Express fait le point sur les grands enjeux de ce scrutin.
Contraint par la Constitution, qui lui interdit un troisième mandat, Aleksandar Vucic a démissionné de la présidence le 27 septembre et appelé des élections législatives anticipées pour tenter de se maintenir au pouvoir au poste de premier ministre, fonction qu’il avait occupée de 2014 à 2017. Il a également modifié les règles de vote pour la diaspora – plus encartée à gauche – afin de complexifier leur participation au scrutin. En Australie, où la diaspora serbe est nombreuse, ces derniers seront obligés de voter en pleine nuit. Idem à Chicago, autre ville comptant une importante communauté serbe.
Le président au pouvoir, du Parti progressiste serbe, a également renforcé son emprise sur les médias en soutenant notamment un changement de propriétaire au sein de ce qui était, jusqu’à récemment, le plus important groupe de presse indépendant, United Media, les autres étant largement contrôlés par l’Etat. Il reste toutefois largement devancé sur les réseaux sociaux par la Liste étudiante, appuyée par quelque 900 influenceurs totalisant une audience de plus de 40 millions d’abonnés. L’effet est visible sur n’importe quelle publication TikTok ou X du parti au pouvoir, où les douze premiers commentaires consécutifs, chacun avec des centaines voire des milliers de « j’aime », répètent le slogan de la campagne : « Studenti pobeduju ! » ou « les étudiants gagneront ».
La corruption dans le viseur
Née dans la foulée des manifestations de masse qui ont secoué le pays après l’effondrement du toit d’une gare en 2024, la coalition étudiante d’opposition présente une singularité notable. Exit les figures des partis traditionnels, elle a fait le pari de réunir des universitaires, des artistes, des sportifs et des figures des luttes citoyennes, et la plupart des partis d’opposition historiques se sont mis en retrait pour la soutenir. La Liste étudiante a également choisi d’axer sa campagne sur la lutte contre la corruption, qui gangrène les institutions dans le pays.
Igor Novakovic du Centre des affaires internationales et de sécurité, un think tank indépendant basé à Belgrade, décrit un mouvement « fortement dépersonnalisé », qui « se concentre sur des sujets susceptibles de rassembler un large électorat ». « Les étudiants sont parvenus à créer une plateforme unifiée, principalement axée sur les questions liées à l’État de droit. Tous les sujets qui divisaient auparavant l’électorat serbe n’étaient plus à l’ordre du jour », explique-t-il dans les colonnes de Politico.
L’adhésion à l’UE en question
Une victoire de ce mouvement pourrait conduire les Vingt-Sept à reconsidérer la candidature de la Serbie à l’Union Européenne, au point mort, alors que le pays vient d’être désigné comme le plus corrompu des Balkans par l’ONG Transparency International. Selon le New York Times, l’arrivée d’un premier ministre Liste Etudiante lèverait un obstacle important : « l’inquiétude à Bruxelles face au recul démocratique depuis l’arrivée au pouvoir du Parti progressiste serbe de M. Vucić » au début des années 2010.
La Serbie a déposé une demande d’adhésion en 2009, que les dirigeants européens semblent enclins à reconsidérer. Jeudi, lors du sommet du Processus de Berlin au Monténégro, le chancelier allemand Friedrich Merz a ainsi déclaré qu’il était « dans l’intérêt commun de l’Europe que le chemin des Etats des Balkans occidentaux conduise irréversiblement vers l’Union européenne », rapporte le journal EU Insider.
Relations troubles avec la Russie
Outre la corruption, une autre barrière devrait encore être levée pour faciliter l’adhésion à l’UE : la relation trouble de Belgrade avec Moscou. Jusqu’à présent, la Liste étudiante refuse d’imposer des sanctions à la Russie, une position critiquée par une partie de l’opposition pro-européenne. Et qui n’est pas sans rappeler celle de l’actuel président, qui a d’ailleurs directement utilisé la Russie dans ses opérations de communication politique. A l’image d’une publicité, dans laquelle il joue le rôle d’un serveur prenant les commandes d’une famille serbe et met en scène un grand-père qui demande notamment… la levée des sanctions contre la Russie.
Quel que soit le gouvernement formé après les élections, il devra aussi résoudre l’épineuse question qui empoisonne les relations de Belgrade avec de nombreux pays des Balkans et au-delà : celle du statut du Kosovo, qui a déclaré son indépendance de la Serbie en 2008. Aleksandar Vucic et de nombreux candidats de la Liste étudiante souhaitent que le pays reste considéré comme partie intégrante du territoire serbe. Un peu plus tôt cette semaine, le chancelier allemand avait pour sa part déclaré que la stagnation du dialogue Kosovo-Serbie constituait « un obstacle au progrès de toute la région ».
Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/russie-ue-corruption-pourquoi-lelection-en-serbie-est-scrutee-de-pres-partout-en-europe-HODMHEZMAVHMFCCO6ZIXWD52SU/
Author : Juliette Laffont
Publish date : 2026-10-25 13:04:00
Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.