Close Menu
    Facebook X (Twitter) Instagram
    IntelliNews
    Facebook X (Twitter) Instagram
    IntelliNews
    Home»FRANCE»L’Express»Des lycéens de Créteil à l’attentat de Trappes : le récit des 30 jours qui ont embrasé la France
    L’Express

    Des lycéens de Créteil à l’attentat de Trappes : le récit des 30 jours qui ont embrasé la France

    IntelliNewsBy IntelliNewsoctobre 31, 2026Aucun commentaire19 Mins Read
    Facebook Twitter Pinterest LinkedIn Tumblr Email
    Share
    Facebook Twitter LinkedIn Pinterest Email


    Le beffroi de l’hôtel de ville de Limoges, rongé par les flammes, ne s’est pas encore effondré, mais Emmanuel Macron, un œil vissé sur la télévision et l’autre sur son téléphone, sait déjà que l’édifice de 43 mètres, vieux de plus de 150 ans, n’en réchappera pas. Le président en a été informé. « Pour nous, voilà des heures que plus rien d’autre n’existe », se souvient un proche conseiller du président. Depuis que la mairie de Marseille a été forcée à la mi-journée et qu’il a échangé avec le maire Benoît Payan, il est de toutes les boucles, suit les événements minute par minute, multiplie les appels aux Premier ministre, membres du gouvernement et préfets. Il comprend que les modes d’action de l’ultragauche n’ont, ce jour-là, rien de classique. Pire, le chef de l’Etat anticipe déjà que le « 17 octobre » n’aura bientôt plus besoin de son année pour entrer dans le langage commun et devenir, dans la mémoire de tous, une journée noire dans l’histoire de son décennat. Peut-être même de la Ve République.

    17 septembre, la genèse du mouvement

    Tout est parti d’un organigramme aux cases désespérément vides. En ce mois de septembre 2026, au lycée Saint-Exupéry de Créteil (Val-de-Marne), la rentrée scolaire se fait sans proviseur adjoint, sans infirmière, sans directeur délégué à la formation professionnelle et technologique ni responsable du bureau des entreprises, postes pourtant indispensables à l’organisation des « bacs pro ». Trois professeurs et de nombreux contractuels manquent également à l’appel. Révoltés, enseignants et parents d’élèves appellent à une première journée de grève le jeudi 17 septembre. Dans la soirée, les lycéens de « Saint-Ex » décident, eux aussi, de se mobiliser. Un groupe Snapchat est créé, dans lequel se réunissent une centaine d’élèves prêts à bloquer l’établissement.

    Le lendemain, dès 6h30, un petit groupe d’une quinzaine de lycéens érige des barricades devant la grille. « Il fallait faire bouger les choses : l’année dernière, je n’ai pas eu de prof de français pendant trois mois… l’année du bac ! », déplore Kayiss Said, étudiant de terminale. De premières vidéos de l’événement sont diffusées sur TikTok, où elles deviennent aussitôt virales : partout en France, des milliers de lycéens se reconnaissent dans le mouvement.

    Deux jours plus tard, alors que le blocus est reconduit devant l’établissement et que la mobilisation enfle – « 80 % des élèves sont restés dehors, même si ceux qui voulaient rentrer le pouvaient », précise Kayiss Said -, le député La France insoumise (LFI) du Val-de-Marne Louis Boyard se rend sur place pour afficher son soutien. À son tour, l’ancien président de l’Union nationale lycéenne (UNL) diffuse une vidéo sur TikTok. La colère lycéenne fait tache d’huile sur tout le territoire, se propageant via les réseaux sociaux et des assemblées générales (AG) inter-lycées. Les étudiants, eux aussi, s’impliquent rapidement, et essaiment par le même système d’AG – l’une d’elles, tenue à Nanterre le 8 octobre, rassemblera près de 1000 personnes.

    Assemblée générale de lycéens et d’étudiants à l’université de Nantes, le 5 octobre 2026.

    Mais la réponse du gouvernement tarde. Un haut fonctionnaire, ancien membre du cabinet de plusieurs ministres de l’Education nationale, peine ainsi à cacher sa stupéfaction : “A Créteil notamment, le ministère a mis dix jours à réagir quand le recteur avait besoin de pistes. En temps normal, quand il fait remonter à Grenelle un manque de trois personnes, c’est censé être réglé en 24 heures !”

    Mardi 29 septembre : « La violence peut être légitime »

    Il y aura, dans cette crise ouverte, un avant et un après 29 septembre. Quand les mots ne créent pas le débat, mais une rupture. Alors qu’il est entouré d’adolescents devant le lycée Paul Eluard de Saint-Denis, le maire insoumis Bally Bagayoko l’affirme : « La violence, à un moment donné, elle peut être légitime aussi. Elle peut être légitime. C’est quoi cette affaire ? Bien sûr qu’elle peut-être légitime. Mais chaque fois qu’on peut l’éviter, c’est mieux. » Un élu devrait-il dire ça ? Devant des enfants ? La sortie provoque la colère du gouvernement, du président de la République… ainsi que celle du préfet de Seine-Saint-Denis, qui fera un signalement auprès du procureur de la République au titre de l’article 40 pour « des faits présumés de provocation à commettre un délit ».

    L’élu francilien, à quelques mètres des forces de l’ordre, justifie ses propos par les « provocations policières » qui seraient à l’origine des réponses des étudiants. « Les élus LFI sur les barrages qui se mettent entre les manifestants et les forces de l’ordre, ça a aussi attisé le mouvement, fait valoir Grégory Joron, secrétaire général du syndicat de police Un1té. C’est malheureusement ça depuis les gilets jaunes : on a une guerre de communication, de raccourcis, qui nous oppose en deux camps. »

    La première des violences est institutionnelle : voilà le message répété des insoumis et de la gauche radicale tout au long des violences urbaines qui émaillent les rassemblements lycéens. Certains membres du gouvernement ne vont pas jusque-là, mais les langues se délient : ils sont quelques-uns à questionner la stratégie du ministre de l’Education nationale Edouard Geffray. « Il y a des ministres de tutelle qui ne pigent rien, s’emporte l’un d’eux. Edouard est le meilleur d’entre nous sur le plan technique, mais à quoi ça a servi ? Voilà l’erreur originelle : un problème ‘EducNat’’ qui devient un problème Intérieur trop tôt ! Son premier réflexe est d’avoir demandé à Nuñez des cars de CRS pour débloquer les lycées ! »

    Jeudi 1er octobre : le brasier d’un lycée sur fond de rigueur budgétaire

    Comme tous les jours depuis le début de la contestation, Edouard Geffray tient minutieusement la comptabilité des établissements touchés par les blocus. Ce 1er octobre, au petit matin, il découvre le dernier pointage. Un peu plus d’un millier de lycées concernés par les mobilisations dont 222 sont totalement bloqués. Sur l’Ile de Nantes, devant le lycée polyvalent Nelson Mandela, la tension est palpable dès 8 heures du matin. Alors qu’un feu embrase quelques poubelles, le vent pousse les flammes vers la façade en bois de l’établissement. L’incendie gagne rapidement plusieurs salles de classe ainsi que la charpente de ce lycée inauguré il y a à peine une dizaine d’années. Dans l’urgence, l’établissement est évacué.

    Le lycée Nelson Mandela de Nantes photographié ici le 28 octobre 2026, après l'incendie qui l'a ravagé le 1er octobre.Le lycée Nelson Mandela de Nantes photographié ici le 28 octobre 2026, après l’incendie qui l’a ravagé le 1er octobre.

    A Paris, au même moment, le conseil des ministres débute dans une ambiance de veillée d’armes. Roland Lescure, le ministre de l’Economie, qui présente le projet de loi de finances pour 2027, est inquiet par un autre feu qui couve : depuis la fin de l’été, les taux des obligations publiques françaises se sont nettement tendus et le fameux « spread » – l’écart de taux – avec l’Allemagne, s’est élargi de façon inquiétante, signe d’une défiance croissante des créanciers de la France.

    Le patron de Bercy martèle : il faut ramener le déficit public à 5 % du PIB l’an prochain pour espérer éteindre l’incendie. Il annonce un effort budgétaire de 43 milliards d’euros dont 17 milliards de hausses de prélèvements. En plein conseil des ministres, il sort brièvement du salon Murat à l’Elysée pour téléphoner à Antoine Deruennes, le directeur de l’Agence France Trésor, le service de Bercy chargé de placer la dette française auprès des investisseurs, histoire de tâter le pouls des marchés financiers. Dès l’après-midi, les oppositions tonnent. Pas question de désindexer les pensions de retraite pour la gauche ; ni de raboter les allègements de cotisations pour la droite et le Medef. L’examen du projet de budget qui commence en commission dans les jours qui suivent s’annonce ardu. Une question taraude Bercy : où trouver l’argent pour calmer la colère lycéenne ?

    Lundi 5 octobre : policiers VS manifestants, la guerre des images

    200 kilomètres séparent le ministère de l’Economie du lycée professionnel Auguste-Béhal de Lens (Pas-de-Calais), où Evan, 15 ans, voulait devenir menuisier. Les vidéos de sa main arrachée par une grenade lacrymogène lancée par des CRS sont un tournant dans la perception de la montée des violences en marge du mouvement. Son cas est érigé en symbole, tandis qu’une enquête est confiée le jour même à l’IGPN. Les circonstances de l’accident restent floues : si le jeune homme dément avoir ramassé l’arme, plusieurs autres témoignages, provenant notamment des forces de l’ordre, indiquent le contraire.

    « Une bascule s’est opérée. Les jeunes ont eu le sentiment que la seule réponse faite à leurs revendications était celle d’une répression brutale des forces de l’ordre », regrette Louis Letoublon, de l’association « Les Lycéens! ». Les jours précédents, un mineur de 14 ans avait déjà été gravement touché au visage par une grenade lacrymogène tirée à bout portant, et un autre, âgé de 16 ans, a perdu l’usage d’un œil après des incidents lors d’un blocage. Dans le même temps, des images de policiers insultés, blessés ou pris à partie circulent partout sur Internet. Celles d’une jeune lieutenant stagiaire poursuivie et projetée au sol dans les rues de Paris, quatre jours plus tôt, ont ému jusqu’au ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, qui évoque sur X un acte « intolérable ».

    Des policiers face à une manifestation de lycéens à Valence, le 5 octobre 2026.Des policiers face à une manifestation de lycéens à Valence, le 5 octobre 2026.

    La brutalité des affrontements, en particulier lorsqu’ils sont le fait d’éléments extérieurs se déplaçant de lycée en lycée pour en découdre, révolte autant qu’elle abasourdit une partie des élus franciliens. « C’est un véritable miracle que des fonctionnaires ou proviseurs n’aient pas été grièvement blessés », soupire la présidente de la région Valérie Pécresse. Pour la première fois, dit-elle, des cellules d’écoute psychologiques sont créées pour recueillir la parole de dizaines d’agents d’accueil ou d’entretien, qui pour certains refusent de retourner travailler. Ce soir-là, Laurent Nuñez annonce aux médias que 10 enquêtes ont été ouvertes par l’IGPN, et détaille « 715 blessés parmi les forces de l’ordre, 85 chez les personnels éducatifs, et 215 chez les élèves ».

    Samedi 17 octobre : le chaos

    Ces chiffres ne cesseront d’augmenter au cours des dix jours qui suivent. Et pourtant ce vendredi 16 octobre, Roland Lescure et Emmanuel Moulins, le nouveau gouverneur de la Banque de France, qui co-président à Bangkok (Thaïlande) une réunion des ministres des finances et des gouverneurs des banques centrales du G7, se veulent rassurants. Devant une poignée de fonds d’investissement asiatiques réunis pour l’occasion, le patron de Bercy promet : “France is not burning”. Vingt-quatre heures plus tard, les images de la mairie de Limoges, en feu, font le tour du monde.

    Cela fait des semaines que le rendez-vous avait été fixé, parti de plusieurs appels viraux sur les réseaux sociaux avant d’être récupéré par des groupes de gilets jaunes, des collectifs militants ou des associations dans une volonté affichée de « convergence des luttes » : le 17 octobre doit être une journée historique de mobilisation contre la vie chère, le prix du carburant, le gel du point d’indice des fonctionnaires. Dès le 15 septembre, une carte interactive relayant toutes les manifestations prévues en France a d’ailleurs été largement diffusée sur Internet. Mais le renseignement territorial ne semble pas prendre la mesure du risque. Emmanuel Macron n’a d’ailleurs pas oublié que l’un des responsables des services secrets plaisantait presque sur le sujet trois jours plus tôt : « En tous cas, samedi, ce ne sera pas le grand soir. »

    Affrontements entre manifestants et forces de l'ordre Place de la République, à Paris, le 17 octobre 2026.Affrontements entre manifestants et forces de l’ordre Place de la République, à Paris, le 17 octobre 2026.

    Le dispositif policier est lui aussi largement sous-évalué par les autorités. « L’addition de tous les risques qu’on n’a pas su appréhender ces dernières années nous a sauté à la figure », résume Grégory Joron. Il évoque notamment l’organisation, en amont des manifestations, d’éléments « ultra-radicaux » venus s’en prendre aux institutions ou forces de l’ordre, le comportement des casseurs et des pilleurs qui abîmeront près de 2500 commerces, ou encore le sous-effectif chronique de policiers. Le jour J, alors que des milliers de personnes tentent de se mobiliser dans le calme, un raz-de-marée de violence éclate dans de nombreuses villes : à Paris, d’intenses affrontements ont lieu place de la République dès le début d’après-midi ; à Brest, une trentaine de policiers sont blessés devant le commissariat ; à Marseille, des dizaines de commerces sont pillés dans la violence, incitant les manifestants pacifiques à rentrer chez eux, écœurés ; à Bordeaux, des unités de police « très expérimentées » font remonter « un degré de violence jamais vu auparavant », selon le secrétaire zonal du syndicat Un1té en charge des CRS.

    L’addition de tous les risques qu’on n’a pas su appréhender ces dernières années nous a sauté à la figure

    Grégory Joron, secrétaire général du syndicat de police Un1té

    Dans les couloirs de l’Elysée, on s’inquiète. Un conseiller du président est stupéfait des messages qu’il reçoit de « gens bien sous tous rapports qui [lui] parlent d’auto-armement, de faire justice soi-même, de ‘tirer dans le tas’ », tandis qu’un membre du gouvernement parle de « barbares » qui déferlent dans les rues de Marseille. Plus tard, en se remémorant la journée, Sébastien Lecornu s’épanchera devant un confident : « J’aimerais en faire tellement plus et être plus répressif… ». A l’issue de cette journée, près de 1 800 personnes sont interpellées dans toute la France.

    Dimanche 18 octobre : Emmanuel Macron en état de siège

    Emmanuel Macron est assiégé, y compris par les siens. Au petit matin, son téléphone vibre et affiche le nom de Yaël Braun-Pivet. Le SMS de la présidente de l’Assemblée nationale ne la fait pas rentrer davantage dans le cœur du chef de l’Etat : Laurent Nuñez peut-il tenir ? Assurer encore son poste de ministre de l’Intérieur ? Elle craint que non. Plus tard, à travers le combiné, elle le sonde sur sa volonté d’annoncer dans l’après-midi une commission d’enquête parlementaire portant sur les débordements de la veille. Le convaincre n’est pas aisé : le chef de l’Etat redoute un procès médiatisé des forces de l’ordre au moment où le pays, et le pouvoir, ont plus que jamais besoin d’elles.

    Lassay a ses projets, l’Elysée en a d’autres. Emmanuel Macron a pris la décision dans la nuit de parler. Ceux qui le connaissent n’en doutent pas une seconde : s’il grille la cartouche, c’est pour frapper fort. Les images du samedi lui sont insupportables, autant que les errements des renseignements territoriaux qu’il tient pour responsables de la chienlit. Toutes les options sont sur la table, de l’état d’urgence au couvre-feu généralisé. Toute la journée, il consulte, engrange, se tempère. La réunion de crise organisée autour de lui n’est qu’une formalité : « Il est contrarié. Ce n’est pas une réunion de travail, il nous écoute gentiment, mais il a déjà sa trame et fait le choix d’une réponse graduée », souffle un ministre présent.

    Emmanuel Macron lors de son allocution télévisée du 18 octobre 2026.Emmanuel Macron lors de son allocution télévisée du 18 octobre 2026.

    Moins de deux heures avant son adresse aux Français, Marine Le Pen lui grille la politesse. Une vidéo. Huit minutes. Une bibliothèque, un drapeau, une présidentiable. Et le pouvoir dépeint en « parti du chaos ». La partition est simple mais la candidate la joue parfaitement, le contexte fait campagne pour elle. « Elle agite le sujet et elle a raison : qu’est-ce que les gens auraient de plus à perdre avec elle ? En quoi cela pourrait être encore plus la me*** ? », se désole alors un ministre. La comparaison est cruelle : à la télévision, alors que dehors les pillages se poursuivent, Emmanuel Macron apparaît comme impuissant, dans les actes comme dans les mots. Une partie de ses troupes reste coite. L’une des personnalités du bloc central sursaute : « Il a perdu le côté émotionnel, il est trop dans l’appréciation rationnelle des événements. »

    Mercredi 21 octobre : quand l’incendie gagne les taux d’intérêt français

    Roland Lescure a bien tenté d’éteindre l’incendie. Il s’est rendu quelques jours plus tôt à Londres, où il a « pitché » à l’ambassade de France devant une poignée de financiers de chez Barclay’s et Goldman Sachs…. Oui, la France aura bien un budget. Oui, le déficit sera ramené sous la barre des 5 % du PIB l’an prochain, comme prévu.

    Mais les événements du week-end et le rejet en commission de la partie recette du projet de loi de finances pour 2027 rendent de moins en moins audible la parole du locataire de Bercy. Ce 21 octobre, dans l’après-midi, le taux des obligations françaises à 10 ans passe le seuil symbolique des 5 %. Du jamais vu depuis 2002. Le ministre de l’Economie est pris en étau entre deux injonctions : faire passer son plan d’économie et répondre aux revendications d’une partie de la jeunesse et, désormais, des syndicats de salariés. Et puis, il faut aussi calmer les inquiétudes des commerçants. A la manœuvre, Serge Papin, le ministre du Commerce qui, dès le lundi 19 à 9 heures, a réuni en visio toutes les fédérations et représentants du commerce et de la distribution.

    L’Etat sera aux côtés de ceux qui ont été pillés, leur a-t-il promis : chômage partiel, fonds d’indemnisation, report de charges fiscales et sociales… En fin d’après-midi, Sébastien Lecornu reçoit à Matignon les organisations syndicales, officiellement pour creuser la question du pouvoir d’achat et d’une hausse anticipée du Smic. Mais le Premier ministre leur parle davantage d’ordre public que de coup de pouce au salaire minimum. « Si j’avais su, je ne serai pas venu », tonne l’un des participants.

    Vendredi 23 octobre : l’horreur de Trappes et le soulagement de Moody’s

    Frédéric Souillot, le patron du syndicat FO est arrivé le premier à 8 heures du matin, avenue Duquesne à Paris, adresse du ministère du Travail. A la demande du ministre, Jean-Pierre Farandou, toutes les organisations syndicales sont reçues les unes après les autres. Le leader de FO exige l’ouverture de négociations flash sur les salaires dans toutes les branches et pour tous les niveaux. Il repart avec une vague promesse de hausse anticipée du SMIC en novembre, Bercy aurait lâché du lest sur ce point. Mais le marathon de réunions est soudainement pollué par une information inquiétante venue des Yvelines.

    Sur les lieux de la fusillade survenue à Trappes , dans les Yvelines, près de Paris , le 23 octobre 2026.Sur les lieux de la fusillade survenue à Trappes , dans les Yvelines, près de Paris , le 23 octobre 2026.

    A partir de 10 heures ce vendredi matin, Kevin T. a semé la terreur dans les rues de Trappes et La Verrière, ouvrant le feu sur des passants « spécifiquement » visés en raison de leur « type musulman, africain ou nord-africain », comme il le déclarera quelques jours plus tard aux enquêteurs. Pengo Bossio Wangi, 26 ans, meurt sur le coup, et sept personnes sont blessées, dont une petite fille de 11 ans. La sidération se mêle à la colère.

    Emmanuel Macron réagit-il trop vite ? En qualifiant l’attaque de Trappes de « premier » acte terroriste en raison de la « couleur de peau ou de la religion » en France, le président de la République provoque un tollé d’une partie de la classe politique, de Jordan Bardella à Jérôme Guedj. Du côté de Bercy, on retient son souffle toute la journée. L’agence de notation Moody’s doit rendre dans la soirée son verdict sur la note de la dette française. Quelques heures seulement avant l’annonce officielle à 22h15, Roland Lescure peut enfin respirer : la France n’est pas dégradée. Fragile répit.

    Lundi 26 octobre : des propositions aux lycéens… via des influenceurs

    Trois jours plus tard, c’est « un retour sur les lieux du crime », dit-on dans l’entourage d’Emmanuel Macron. Le président est en déplacement dans sa ville de cœur, Marseille, où rarement des débordements ont été aussi importants. « Je n’ai jamais vu des mômes de Marseille se retourner contre Marseille comme cela », désespère la ministre Sabrina Roubache, enfant du pays. Depuis une semaine, il se démène, se démultiplie, pour démontrer que l’Etat n’est pas aux abonnés absents. « Les gens paient, ils ne sont pas satisfaits du système de santé, de leur école, voire de la sécurité : sa peur, c’est qu’ils se persuadent que l’Etat ne protège plus », glisse un interlocuteur du « PR ».

    Le 31 octobre est une journée à haut risque

    Un proche du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez

    Grâce à une mobilisation bien plus importante de policiers et gendarmes, la manifestation du 24 octobre s’est pourtant majoritairement déroulée de manière plus pacifique, sans incidents majeurs. Désormais, l’Etat tente de communiquer autrement. Percer les bulles cognitives implique, selon Matignon, de casser les codes et les chorégraphies habituelles : la délégation élyséenne découvre qu’à la capitale, ce n’est pas le Premier ministre, ni le ministre de l’Education nationale, mais des influenceurs, parfois prévenus la veille au soir par message sur Instagram, qui sont chargés de révéler les propositions du gouvernement pour les lycéens. Au nez et au duvet des représentants des syndicats, reçus après « Mathilde Study » ou la « Grand bavardeuse » et hérissés par la manœuvre… « Idée de Sébastien Lecornu lui-même », bruisse-t-on dans les couloirs de l’exécutif.

    Lors d'une manifestation contre le racisme place Stalingrad, à Paris, le 26 octobre 2026.Lors d’une manifestation contre le racisme place Stalingrad, à Paris, le 26 octobre 2026.

    Décidément, la journée n’est pas propice à la solennité. Le soir venu, lors d’un rassemblement organisé notamment par SOS Racisme place Stalingrad à Paris afin de se recueillir après l’attentat raciste et meurtrier de Trappes, le maire de Paris Emmanuel Grégoire est hué. « Tout le monde déteste le PS ! », crie-t-on dans la foule. L’appartenance politique des contestataires n’est pas connue, mais quelques élus insoumis relaient les vidéos sur leurs réseaux sociaux avant de supprimer leur message.

    Samedi 31 octobre : la crainte d’une journée « tendue »

    La machine est lancée, et rien ne semble vraiment pouvoir l’arrêter. Les annonces du gouvernement n’ont pas suffi à calmer la colère : malgré la promesse d’une suppression de Parcoursup d’ici 2028, d’une réflexion sur le bac et le contrôle continu ou de la création de 1200 postes d’enseignants, les organisations étudiantes appellent toujours à se mobiliser, tout comme les syndicats de salariés ou certains collectifs, notamment de gilets jaunes.

    De quoi inquiéter les syndicats de police, qui redoutent « une journée tendue ». « J’espère qu’on retiendra les leçons du 17, avec des pré-services sur le terrain ou au niveau du renseignement pour éviter la présence des éléments les plus dangereux », souligne Grégory Joron. « C’est une journée à haut risque », reconnaît sans détour un proche du ministre de l’Intérieur.

    Laurent Nuñez a indiqué, ce jeudi, que 70 000 policiers et gendarmes seront mobilisés – soit les mêmes effectifs que le 24 octobre. Les services d’élite de la BRI, du RAID et du GIGN seront également présents, tandis que les rassemblements au cœur des centres-villes seront pour la plupart interdits.



    Source link : https://www.lexpress.fr/france/des-lyceens-de-creteil-a-lattentat-de-trappes-le-recit-des-30-jours-qui-ont-embrase-la-france-Z5V4BDYJF5A7NE2NYLJ54S235M/

    Author : Erwan Bruckert, Béatrice Mathieu, Céline Delbecque

    Publish date : 2026-10-31 07:45:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

    L’Express
    Share. Facebook Twitter Pinterest LinkedIn Tumblr Email
    IntelliNews

    Related Posts

    Présidentielle 2027, bienvenue dans l’ère de la post-vérité : « Le mensonge caractérisé ne disqualifie plus »

    octobre 31, 2026

    Flavio Bolsonaro : comment l’administration Trump lui a permis de fuir le Brésil

    octobre 31, 2026

    « Nous assistons à l’effondrement d’un certain ordre libéral d’après-guerre » : le regard de l’historien britannique Robert Tombs

    octobre 31, 2026
    octobre 2026
    L M M J V S D
     1234
    567891011
    12131415161718
    19202122232425
    262728293031  
    « Sep    
    Catégories
    Archives
    Facebook X (Twitter) Instagram Pinterest
    © 2026

    Type above and press Enter to search. Press Esc to cancel.