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    Joseph Votel, ex-général de l’US Army : « Nous pourrions encore voir des frappes conjointes américano-israéliennes massives contre l’Iran »

    IntelliNewsBy IntelliNewsnovembre 6, 2026Aucun commentaire11 Mins Read
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    La défaite aux midterms va-t-elle avoir des conséquences sur la politique étrangère de Donald Trump ? C’est la grande question qui agite Washington – et la communauté internationale – au lendemain du cuisant revers qui a permis aux démocrates de prendre la Chambre des représentants et le Sénat américain le 3 novembre. Depuis plusieurs semaines, l’hypothèse de nouvelles frappes contre l’Iran revient avec insistance, notamment en Israël. Le Pentagone a d’ailleurs déjà préparé des plans d’attaque visant le régime des mollahs, au cas où le locataire de la Maison-Blanche en donnerait l’ordre.

    Pour décrypter les options militaires en Iran qui s’offrent au président américain, L’Express a interrogé l’un des plus éminents experts de l’armée américaine, où il a exercé pendant près de 40 ans. Le général quatre étoiles Joseph Votel a dirigé le Centcom (qui couvre le Moyen-Orient, l’Asie centrale et une partie de l’Asie du sud) entre 2016 et 2O19. C’est lui qui a supervisé la campagne militaire de la coalition internationale contre l’organisation Etat islamique en Irak et en Syrie. Auparavant, il a aussi dirigé les forces spéciales (Socom) et le Joint Special Operations Command (JSOC), l’unité chargée notamment des opérations spéciales les plus sensibles de l’armée américaine. Selon lui, la défaite des républicains ne remet pas en cause « l’approche de Trump sur la sécurité nationale », notamment sur l’Iran où deux objectifs bien précis restent à accomplir. Entretien.

    L’Express : Au vu des résultats des midterms, Donald Trump peut-il réellement lancer de nouvelles opérations militaires de grande envergure contre l’Iran ?

    Général Joseph Votel : Quel que soit le résultat des élections de mi-mandat, le président Trump reste le commandant en chef. C’est lui qui dirige l’armée, et l’armée exécutera les ordres qu’il lui donnera. Je ne suis donc pas certain que cela change immédiatement la donne pour le président. Il dispose toujours, selon moi, de l’ensemble des options sur la table.

    Après cette victoire démocrate, pensez-vous que Trump peut revoir à la baisse ses ambitions à l’étranger, ou conservera-t-il la même stratégie ?

    Je ne suis pas spécialiste de l’analyste politique. Je ne sais pas ce que fera le président. Mais je pense qu’il continuera à faire ce qu’il estime juste. Cela ne modifiera pas son approche de la sécurité nationale, notamment sur l’Iran. Un Congrès à majorité démocrate exercera sans doute davantage de contrôle sur certains points, mais le président fera ce qu’il estime devoir faire.

    Cette semaine, des missiles sol-air ont été tirés depuis l’île de Qeshm, provoquant une riposte américaine. Était-ce une sorte de test avant des frappes plus importantes en Iran ?

    Ce sont avant tout des frappes défensives. Elles visaient l’île de Qeshm, toute proche du détroit d’Ormuz et de ses principales routes de transit. C’est un endroit d’où l’armée iranienne a lancé une série d’attaques. Ce n’est pas la première fois que nous frappons ces sites, et c’est sans aucun doute une zone importante pour l’Iran. Ces frappes visaient à protéger nos forces et à empêcher l’Iran d’attaquer les navires de commerce civils qui transitent par le golfe Persique.

    Selon vous, le blocus militaire américain du détroit d’Ormuz est-il la bonne stratégie, alors que les négociations ont si peu progressé jusqu’ici ?

    Dans une stratégie centrée sur la pression économique, le blocus seul ne sera pas décisif et ne mettra pas fin au conflit. C’est la combinaison du blocus et de toute une série d’autres leviers – dont les efforts diplomatiques – qui finira par exercer une pression maximale sur l’Iran. Jusqu’ici, le blocus est un succès. Il a rempli son rôle, en privant l’Iran de milliards de dollars d’exportations pétrolières et en empêchant l’entrée de nombreuses autres ressources.

    La baisse des stocks de munitions américaines pourrait-elle freiner une opération de grande envergure contre l’Iran ?

    Les stocks de munitions resteront toujours une préoccupation majeure car les Etats-Unis doivent toujours être prêts si d’autres crises apparaissaient. Toutefois, le commandement central des Etats-Unis dispose encore des ressources nécessaires pour mener des opérations offensives en Iran. Si le président ordonne la reprise des opérations militaires, je pense que nous avons ce qu’il faut. Là où nous les Américains – et nos partenaires de la région – serons en difficulté, c’est sur les munitions défensives, pour se protéger.

    Israël participerait-il à d’éventuelles frappes, alors que le pays n’a pas encore désigné son nouveau Premier ministre et que Trump vient d’annoncer qu’il allait couper l’aide militaire américaine ?

    Nous pourrions encore voir des frappes conjointes américano-israéliennes massives contre le régime. Les deux armées entretiennent toujours d’excellentes relations, qui remontent à longtemps, avec une collaboration et une coopération étroites. Et le Premier ministre Benyamin Netanyahou tient manifestement à exercer la plus forte pression militaire possible sur les Iraniens.

    La priorité militaire de Trump sera-t-elle d’abord de reprendre le contrôle total du détroit d’Ormuz, en commençant par frapper des cibles le long de la côte du golfe Persique ?

    Nous disposons de plusieurs options. L’une d’elles est de se concentrer principalement sur le détroit d’Ormuz. Il s’agirait alors de mener une série d’opérations militaires et de frappes pour empêcher l’Iran d’avoir la moindre influence ou le moindre impact sur les navires qui traversent le Golfe ainsi que le détroit et, bien sûr, sur les bâtiments américains présents dans la zone.

    Le président Trump a déclaré : « Il nous reste encore à nous occuper, je dirais, d’un ou deux sites, mais nous pouvons le faire en dix minutes. » De quels sites parle-t-il, selon vous ?

    Après le détroit d’Ormuz, le second grand objectif pourrait être des frappes plus profondes à l’intérieur du pays, visant notamment l’enrichissement nucléaire. Je pense que le président fait référence à d’éventuelles frappes contre un site souterrain très profondément enfoui, appelé « Pickaxe Mountain » (près de Natanz). Il y a eu de l’activité sur ce site et, selon certaines sources ouvertes, l’Iran y aurait transféré une grande partie de ses activités d’enrichissement.

    À mon avis, c’est une mission bien plus complexe que le président ne le laisse entendre. Elle prendra certainement bien plus de dix minutes. Ce serait une opération mûrement réfléchie, planifiée avec beaucoup de soin et exécutée méthodiquement.

    Les Etats-Unis pourraient-ils utiliser la « mère de toutes les bombes », dont l’éventualité d’un emploi inquiète beaucoup de monde ?

    La « mère de toutes les bombes » – appelée MOAB dans le jargon – est une munition très lourde [NDLR : plus de 10 tonnes dont près de 8,5 tonnes d’explosif] à effet de souffle. Elle est conçue pour atteindre les grottes, les crevasses et les sites souterrains, en y envoyant d’énormes ondes de choc qui les font s’effondrer sur eux-mêmes.

    Cela vaut la peine d’y réfléchir, mais je ne suis pas sûr que ce soit la munition la plus adaptée. Lors de notre dernière série de frappes contre les installations nucléaires iraniennes, nous avions utilisé des munitions [NDLR : les bombes GBU lancées par les avions B-52 lors de l’opération Epic Fury] capables de pénétrer très profondément. C’est plutôt sur ce type de munitions que nous nous appuierions, et moins sur la « mère de toutes les bombes ».

    Pourrait-il frapper des infrastructures civiles, comme des sites énergétiques par exemple ?

    Bien sûr, cela pourrait être une option. Il pourrait être établi que certains de ces sites énergétiques contribuent directement à la capacité de l’Iran à poursuivre la guerre, ce qui pourrait en faire des cibles. Mais avant cela, il faudrait d’abord procéder à un examen au regard du droit des conflits armés. Par ailleurs, le président et l’armée américaine ont pris en compte un élément important : si nous frappons les cibles énergétiques iraniennes, l’Iran ripostera très probablement contre des cibles énergétiques ailleurs dans le Golfe. Cela mettrait gravement en danger plusieurs de nos partenaires.

    Que sait-on des capacités de riposte actuelles de l’Iran ? Les Iraniens ont-ils eu le temps de reconstituer leurs forces depuis la guerre de février ?

    Les forces militaires du régime ont incontestablement été affaiblies. Leur capacité à engager leur marine ou leur aviation dans les combats a été en grande partie éliminée. Mais l’Iran dispose encore de stocks très importants. Il est probable qu’une bonne partie du matériel a été détruite ou rendue inutilisable. Il est aussi tout à fait possible qu’il lui reste des réserves relativement importantes, notamment de missiles et, bien sûr, de drones.

    Par ailleurs, l’Iran conserve plusieurs de ses relais régionaux, notamment les houthistes. Téhéran pourrait faire davantage pression sur eux pour qu’ils créent de nouveaux problèmes du côté de l’Arabie saoudite. Il reste aussi des milices chiites, en Irak notamment, qui pourraient causer des difficultés. Enfin, il ne faut pas l’oublier : l’Iran a également de grandes capacités cyber.

    Pourquoi le président Trump ne veut-il pas aider l’Arabie saoudite face aux houthistes ?

    Il faut rappeler que les Etats-Unis et les houthistes ont conclu un accord de cessez-le-feu [NDLR : signé le 6 mai 2025 entre Washington et les houthistes après l’opération « Rough Rider »]. Les miliciens s’y engageaient à ne pas attaquer les navires américains et occidentaux qui franchissent le détroit de Bab el-Mandeb. Cet accord politique est en vigueur, et c’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles le président hésite à s’impliquer directement.

    La deuxième raison tient aux ressources. Une grande partie de nos moyens restent mobilisés dans la zone du golfe Persique. Le président et notre commandement militaire ne tiennent peut-être pas à détourner des moyens vers Bab el-Mandeb, de l’autre côté de la péninsule Arabique. Cela accroîtrait la pression sur la disponibilité de nos ressources militaires.

    Troisièmement, le président a sans doute conscience qu’il doit rester concentré sur les deux objectifs dont nous avons parlé : rouvrir le détroit d’Ormuz et régler la question de l’enrichissement de l’uranium iranien.

    L’Iran a averti qu’il riposterait contre les infrastructures critiques et les câbles de communication sous-marins de la région. Quelles pourraient en être les conséquences ?

    Des frappes contre les infrastructures, et encore une fois, contre les infrastructures énergétiques, seraient dévastatrices pour les pays du Golfe. L’industrie gazière du Qatar a déjà subi un coup sérieux à la suite de certaines frappes iraniennes en début de guerre.

    Couper des câbles sous-marins pourrait enfin affecter les communications et la circulation des données dans le monde, et ainsi perturber plusieurs marchés. Cela alimenterait une panique croissante chez tous ceux qui dépendent du pétrole ou des ressources de la région. Ces menaces de représailles de l’Iran pourraient avoir des répercussions considérables, y compris aux Etats-Unis.

    Quelle pourrait être l’issue pour Donald Trump ?

    L’un des plus gros problèmes sera l’intransigeance du régime de Téhéran. Les Iraniens ont compris que le temps jouait pour eux. Ce sont des survivants. Ils vont chercher à faire durer ce conflit et les négociations aussi longtemps que possible, parce qu’ils savent que les Américains s’impatienteront.

    Cette guerre n’est pas populaire aux Etats-Unis. Dans leur esprit, cela accentuera la pression sur Washington pour conclure bien plus vite un accord, peut-être plus favorable à l’Iran. Le plus gros problème du président, c’est donc d’amener le régime iranien à engager de véritables négociations pour mettre fin au conflit.

    Si vous étiez encore à la tête du Centcom, quel conseil donneriez-vous au président Trump aujourd’hui ?

    Je ne suis plus aux commandes. Mais il est primordial de reconnaître la réalité de la situation où nous sommes en y faisant face. Nous ne pouvons pas revenir en arrière, ni passer notre temps à imaginer ce qui aurait pu être fait.

    D’abord, il faut continuer à faire preuve de patience. L’approche par les sanctions économiques produit des effets, surtout lorsqu’elle est appuyée par le blocus : elle cause beaucoup de difficultés au régime iranien. Ensuite, j’encouragerais l’administration à être très claire sur les objectifs que nous cherchons à atteindre dans ce conflit.

    Troisièmement, nous devons tendre la main et bâtir une coalition plus large de partenaires internationaux. Nous ne l’avons pas fait, notamment au début de ce conflit. Il n’est pas trop tard. Je pense que chacun mesure l’impact qu’aurait sur la région un Iran voyou, et a fortiori doté de l’arme nucléaire. Il est donc important que les Etats-Unis se tournent vers leurs partenaires et les amènent à s’engager de manière constructive : dans le processus politique, pas nécessairement dans le processus militaire, et certainement dans le volet économique. C’est ainsi que nous pourrons mettre un terme à ce conflit.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/joseph-votel-ex-general-de-lus-army-nous-pourrions-encore-voir-des-frappes-conjointes-americano-CM7QS6XHW5HLPEAJ3DIVD33CK4/

    Author : Charles Carrasco

    Publish date : 2026-11-06 04:30:00

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