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    Présidentielle 2027 : David Lisnard, le grand perturbateur de la droite et du centre

    IntelliNewsBy IntelliNewsnovembre 6, 2026Aucun commentaire6 Mins Read
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    Un simple geste suffit parfois. Dans les couloirs du Sénat, Bruno Retailleau résume à un collègue son déjeuner du 21 octobre avec David Lisnard : le Vendéen mime une « grosse tête », signe de la suffisance supposée de son rival à l’élection présidentielle. Les deux hommes sont convenus lors de cette entrevue d’un gentlemen’s agreement, mais leurs ambitions sont intactes.

    Celle du maire de Cannes s’épanouit à proportion de son ascension sondagière. Le voilà crédité de 7 à 9 % d’intentions de vote, dans une enquête Ifop pour LCI. Le champ des possibles s’ouvre. Le 2 novembre, il s’érige sur BFMTV en porte-voix du pays « réel », épinglant l’ »affolement » du système face à sa « dynamique ». Il vante son implantation territoriale, comme le seuil de 100 000 adhérents enregistrés par son mouvement « Nouvelle Energie ». « J’irai jusqu’au bout, la question ne se pose même pas, jure-t-il au Point. Je me suis organisé pour ça. »

    L’émergence de Lisnard réveille la primaire

    Longtemps, Bruno Retailleau a vu dans l’édile cannois un faux rival : un tour de piste, un ralliement et puis s’en va. A la rentrée, il confiait à un parlementaire son espoir de récupérer 3 ou 4 points après le retrait du libéral-conservateur. L’atout s’est transformé en concurrent. Bruno Retailleau n’attaque jamais celui qu’il espère devancer sur la durée. Pas sa nature, ni son intérêt : s’en prendre à David Lisnard trahirait un sentiment de fébrilité.

    Tout juste a-t-il reçu cette remarque aux airs de conseil d’une vieille connaissance : « Lisnard a une communication transgressive que tu n’as pas. » On ne s’improvise toutefois pas maître en réseaux sociaux en deux mois. Le bon élève – parfois scolaire – Bruno Retailleau se borne donc à constater sa proximité idéologique avec son « ami » David et prie pour que le sort lui soit favorable. Un intime du président de LR résume, fataliste : « Au bout du bout, vous ne pouvez pas empêcher quelqu’un d’être candidat. »

    C’est l’effet inattendu de ce phénomène sondagier. L’ascension de David Lisnard a réveillé l’hypothèse d’une primaire, qu’il défend depuis plusieurs années. Gabriel Attal s’appuie sur lui pour tordre le bras d’Edouard Philippe et le contraindre à accepter une telle compétition. Le secrétaire général de Renaissance a devisé avec David Lisnard avant de formuler sur TF1 son offre de primaire. Gabriel Attal l’a glissé à un confident : le maire de Cannes lui a assuré qu’il ne ferait pas la promotion active d’une participation de Reconquête, comme il le faisait jusqu’alors. Une « primaire de la droite et du centre », voilà qui est plus consensuel.

    Lisnard, partisan de l’union des droites ?

    Bruno Retailleau s’appuie aussi sur la montée en puissance du président de l’Association des maires de France (AMF) pour défendre une primaire. L’ancien ministre de l’Intérieur refuse de se fondre dans le macronisme ? L’émergence de David Lisnard, jumeau idéologique, lui permet de défendre une élection à tonalité de droite. Et de sortir de son enlisement actuel. « C’est l’avantage de ce scrutin, note un proche. Cela permet d’avoir dynamique en cas de victoire et de sortir sans trop de dégâts en cas de défaite. »

    Edouard Philippe, lui, s’accroche à son statut de favori du bloc central et refuse toute primaire. Gabriel Attal minore ses divergences avec David Lisnard pour rendre cette compétition cohérente ? Edouard Philippe les exacerbe pour la disqualifier. A chacun son Lisnard, personnalité instrumentalisée selon les intérêts en présence. Le 1er novembre, l’ancien Premier ministre l’a rangé sur TF1 – sans le citer – parmi ceux qui « ouvrent la voie et tendent la main à l’union des droites ». Il l’avait pourtant convié en septembre à une réunion à la Toussaint – elle n’a pas eu lieu – des ténors de la droite et du centre sous son haut patronage. Le favori de l’été était moins sectaire que le candidat sous pression de l’automne.

    Sous couvert d’anonymat, plusieurs lieutenants d’Édouard Philippe dépeignent David Lisnard en allié potentiel de Marine Le Pen. Les indices sont égrenés comme autant de soupçons. Il y a cette proximité personnelle et idéologique avec Eric Ciotti. « Le programme de l’UDR est très proche de ce que je dis », disait-il sur CNews le 28 octobre. Il y a ce refus de soutenir Edouard Philippe s’il remportait une hypothétique primaire. « Je vois venir à des kilomètres ce qui se passera dans l’entre-deux-tours de la présidentielle », lâche un lieutenant du candidat Horizons. Comprendre : un ralliement à Marine Le Pen. Cette méfiance gagne LR. Bruno Retailleau a parlé en petit comité de « discussions » entre David Lisnard et Marine Le Pen, évoquant « plusieurs sources » fiables.

    Les doutes de la classe politique

    Le poison du doute se diffuse. Plusieurs cadres de droite font état d’une rencontre entre la candidate RN et le maire de Cannes, sans jamais l’étayer formellement. « Enième fake news, assure à L’Express Marine Le Pen. La seule fois où je l’ai croisé était à l’enterrement de Brigitte Bardot. » « Je n’ai eu aucun échange avec elle, ni physique, ni verbale, ni direct ni indirect. J’ignore d’où vient cette rumeur mais il ne m’a pas échappé que certains essayaient de m’excommunier, c’est-à-dire de m’extrémiser », confirme David Lisnard auprès de notre journal. Le candidat montre patte blanche. Il promet sur X qu’il ne gouvernera pas avec le RN et jure porter une droite « indépendante ». « Si j’avais dû faire l’union des droites, je l’aurais fait en 2024 avec Ciotti », a-t-il assuré récemment à un ministre.

    Le président de l’AMF cache mal sa joie de perturber ce début de campagne présidentielle. Sur BFMTV, il évoque le « mépris » longtemps suscité par sa candidature et rappelle qu’il n’a pas fait l’ENA. « Ce bocal est perturbé que quelqu’un qui n’est pas dans les réseaux et couloirs habituels de la République puisse oser prétendre être candidat à la présidence. (…) Quand on est maire, on est dans l’obligation de démontrer sa légitimité. » L’édile met en scène ce statut de « petit chose » venu déranger les candidats installés. Comme lorsqu’il rebondit sur X au soutien de l’animateur Patrick Sébastien.

    Méprisé, David Lisnard ? Un peu. Voire beaucoup. « Représentant de commerce », « trumpiste », « creux… Il suffit de tendre l’oreille pour entendre tout le bien que pensent tant d’élus de droite et du centre du prétendant libéral. L’homme n’est pas jugé à la hauteur de la fonction présidentielle, ses interventions télévisées sont observées avec sarcasme. Dans ce camp, un espoir fleurit : qu’une présence médiatique croissante du personnage ouvre les yeux des électeurs sur ses capacités jugées insuffisantes, loin des pastilles efficaces des réseaux sociaux. Le libéralisme du candidat est aujourd’hui teinté de dégagisme. Ses contempteurs attendent qu’il se traduise en propositions concrètes, loin des aspirations de nombreux Français. « Son modèle est Thatcher, mais il n’y a pas d’envie de révolution thatchérienne dans ce pays », juge un hiérarque LR. Ces pronostics sont pour l’heure des vœux pieux. Et David Lisnard continue de perturber la bataille du bloc central.



    Source link : https://www.lexpress.fr/politique/presidentielle-2027-david-lisnard-le-grand-perturbateur-de-la-droite-et-du-centre-ZOCC74ZJYVFZPHONPRH5TIIGFY/

    Author : Paul Chaulet

    Publish date : 2026-11-06 16:24:00

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