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    Retraite par capitalisation : « Il faut un dispositif simple, transparent et compréhensible »

    IntelliNewsBy IntelliNewsnovembre 8, 2026Aucun commentaire5 Mins Read
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    Selon l’économiste américain Paul Krugman, prix Nobel d’économie en 2008, la défiance des investisseurs étrangers à l’égard de la France – qui se traduit par une hausse de ses taux d’emprunt sur les marchés – serait liée à « une incapacité persistante à regarder en face la réalité des retraites ». Parler d’une incapacité à réformer le système actuel serait peut-être plus juste. Car les Français, eux, semblent avoir pris la mesure des enjeux. Ainsi, dans la dernière édition de son étude Decoding Investors, la société de gestion Amundi souligne que les investisseurs français anticipent que leur épargne personnelle constituera leur principale source de revenus à la retraite. Dans le même temps, seuls 15 % d’entre eux se disent très confiants dans leur capacité à assurer leur sécurité financière à long terme. Au-delà du défi politique, demeure celui d’aider les Français à mieux gérer leur patrimoine dans la perspective de la retraite.

    Face au déséquilibre démographique qui fragilise notre système de retraite, l’AFG propose d’instaurer un régime complémentaire obligatoire par capitalisation. Son président, Philippe Setbon, détaille le dispositif, présenté dans un livre blanc.

    L’Express : Pourquoi l’AFG a-t-elle décidé de publier un livre blanc sur la retraite par capitalisation ?

    Philippe Setbon : L’épargne longue est au cœur de nos préoccupations depuis de nombreuses années. Or, la France souffre d’un déficit d’épargne investie à long terme, préjudiciable aux épargnants eux-mêmes, mais aussi au financement de l’économie. Par ailleurs, nous faisons face à un défi démographique majeur. Selon le Conseil d’Orientation des Retraites (COR), nous comptions environ 4,5 actifs pour un retraité après-guerre, contre 1,8 en 2020 et probablement 1,4 en 2070. Notre système par répartition présente de nombreux atouts, notamment en matière de solidarité intergénérationnelle, mais il ne peut plus fonctionner seul. Notre proposition vise donc à le compléter, en aucun cas à le remplacer.

    Quels seraient les avantages de cette retraite par capitalisation ?

    Son principal atout repose sur les intérêts composés : les gains générés par l’épargne sont réinvestis et produisent eux-mêmes des revenus. Mais pour que ce mécanisme fonctionne pleinement, il faut disposer de temps. C’est pourquoi nous préconisons un horizon d’investissement de vingt à vingt-cinq ans au minimum. Nous avons ainsi retenu un âge pivot de 40 ans, ce qui laisse le temps à la capitalisation de produire ses fruits.

    Vous préconisez un dispositif obligatoire. Pourquoi ne pas laisser chacun épargner librement ?

    Parce que nous voulons que tous les salariés puissent en bénéficier, quel que soit leur niveau de revenu. Les dispositifs facultatifs existent déjà, notamment avec le PER, mais ils profitent surtout aux ménages qui disposent d’une capacité d’épargne suffisante. On ne peut pas demander cet effort à ceux qui peinent à boucler leurs fins de mois.

    Comment financer ce nouveau régime sans augmenter les cotisations ?

    Nous nous sommes fixé deux contraintes : ne pas réduire le pouvoir d’achat des salariés et ne pas renchérir le coût du travail pour les entreprises. Nous proposons donc de réorienter environ 15 % des cotisations actuellement versées à l’Agirc-Arrco vers un nouveau régime par capitalisation. Il s’agit de pistes de réflexion, ouvertes à la discussion.

    Comment cette épargne serait-elle gérée ?

    Nous privilégions une gouvernance paritaire, sur le modèle de l’Agirc-Arrco, qui a fait ses preuves. Elle pourrait déléguer la gestion financière à des professionnels, tout en conservant la supervision du dispositif. Les sommes seraient investies par défaut en gestion pilotée, avec une allocation évoluant selon l’âge du salarié. Un jeune actif pourrait être davantage exposé aux actions pour rechercher de la performance à long terme, puis son épargne serait progressivement sécurisée à l’approche de la retraite et ainsi, garantir son pouvoir d’achat futur. C’est un mécanisme qui a déjà fait ses preuves.

    Quelle place conserverait le PER dans cette organisation ?

    Il garderait toute sa place ! Nous n’opposons pas les différents dispositifs. Le PER continuerait de permettre à ceux qui le souhaitent de se constituer une retraite supplémentaire facultative. Nous souhaitons d’ailleurs élargir l’accès au PER en entreprise, notamment en facilitant le déploiement de dispositifs d’épargne-retraite dans les petites structures.

    Comment convaincre les Français, encore méfiants vis-à-vis de la capitalisation ?

    Il faut avant tout un dispositif simple, transparent et compréhensible. Nous proposons notamment que les droits acquis soient exprimés en euros, plutôt qu’en points, sur un compte individuel et consultable sur une plateforme familière comme Info-retraite, avec des outils de simulation.

    Le contexte politique et l’opinion publique sont-ils prêts à cette évolution ?

    Il est encore trop tôt pour l’affirmer. Mais le débat a considérablement évolué et depuis dix-huit à vingt-quatre mois, nous constatons une véritable ouverture. Les difficultés de notre système de retraite sont désormais largement reconnues. Plutôt que de limiter les discussions à l’âge de départ ou à la durée de cotisation, nous proposons d’enrichir le débat avec une solution complémentaire.



    Source link : https://www.lexpress.fr/argent/retraite-par-capitalisation-il-faut-un-dispositif-simple-transparent-et-comprehensible-XQX56VPVMRGAVAF4BQCC3Z5764/

    Author : Aurélie Fardeau

    Publish date : 2026-11-08 09:30:00

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