Close Menu
    Facebook X (Twitter) Instagram
    IntelliNews
    Facebook X (Twitter) Instagram
    IntelliNews
    Home»FRANCE»L’Express»Combien vaut vraiment le Groenland ? La réponse de deux experts
    L’Express

    Combien vaut vraiment le Groenland ? La réponse de deux experts

    IntelliNewsBy IntelliNewsjanvier 20, 2026Aucun commentaire5 Mins Read
    Facebook Twitter Pinterest LinkedIn Tumblr Email
    Share
    Facebook Twitter LinkedIn Pinterest Email

    Dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse, Thucydide (Ve siècle avant J.-C.) fait le récit du « dialogue mélien » : en conflit avec Sparte, la puissante Athènes exige que les habitants de la petite île de Melos se soumettent et leur versent un tribut. Ceux-ci refusent, invoquant le principe de justice. Les Athéniens objectent sèchement que la justice ne s’applique pas entre puissances inégales, pillent Melos, et les massacrent.

    La logique mélienne n’est pas étrangère à Donald Trump, quand, interrogé à bord d’Air Force One après la capture de Nicolas Maduro, il affirme que « les Etats-Unis prendront le Groenland d’une manière ou d’une autre », car « s’[ils] ne le f[ont] pas, la Russie ou la Chine le feront ». On pourrait évidemment lui opposer le droit international ou la fidélité mutuelle que se doivent des états alliés : le Danemark, dont 44 soldats sont morts en Afghanistan, a payé à cette guerre le plus lourd tribut per capita de l’Otan. Dans un monde mélien, il faut cependant se préparer au pire : à quel prix se négocierait la vente du Groenland ? En tant qu’actif, comment un investisseur rationnel le valoriserait-il ?

    Première approche : la valeur des ressources

    Sur le papier, l’économie groenlandaise est modeste : un produit intérieur brut de l’ordre de 3,3 milliards de dollars, pour quelque 57 000 habitants, et une dépendance massive à la pêche et aux transferts budgétaires danois. Pris isolément, ces chiffres en feraient un territoire économiquement marginal.

    Des ressources considérables se cachent pourtant sous la calotte glaciaire. Le Groenland se classe notamment parmi les premiers pays au monde pour les réserves potentiellement exploitables de terres rares critiques. Il recèle également, au Nord-Est, plusieurs dizaines de milliards de barils équivalent pétrole d’hydrocarbures.

    Pour autant, aucune mine de terres rares n’est encore entrée en production. Si les hydrocarbures sont techniquement récupérables, ils n’ont pas encore été, formellement, découverts. Estimer la valeur des ressources groenlandaises relève donc davantage de l’ordre de grandeur hypothétique que de la science exacte. Les évaluations disponibles oscillent autour de quelques centaines de milliards de dollars.

    Deuxième approche : la prime géostratégique et scientifique

    Le Groenland n’est pas une simple mine, puisqu’il est positionné de manière ultra‑stratégique. Situé entre l’Amérique du Nord, l’Europe et la Russie, il est au cœur des nouvelles routes maritimes arctiques, que le réchauffement climatique rend progressivement plus navigables, et abrite déjà la base américaine de Pittufik (anciennement Thulé), intégrée au dispositif d’alerte antimissile et de surveillance spatiale des États‑Unis et de l’Otan.

    Pour les États‑Unis, l’Otan et l’Europe, le Groenland offre ainsi trois avantages stratégiques majeurs : 1) le contrôle des routes commerciales du Grand Nord, 2) la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, et 3) la projection militaire et la dissuasion face à la Russie et à la Chine. Dans le même temps, la fonte de la calotte groenlandaise contribuant de façon significative à la montée du niveau des mers, elle transforme l’île en laboratoire à ciel ouvert du dérèglement climatique.

    En finance, on appellerait cela une « option stratégique ». Elle n’apparaît pas au bilan, mais recèle une valeur économique et peut justifier une prime. Le Groenland serait même ce que l’on appelle en art un trophy asset : si la Joconde arrivait sur le marché, son prix défierait la réalité. Dans ce cas, ce territoire pourrait valoir jusqu’à 1 000 milliards de dollars.

    Troisième approche : le comparable historique de l’Alaska

    L’histoire offre un point de comparaison éclairant. En 1867, les États‑Unis achètent l’Alaska à la Russie pour 7,2 millions de dollars, soit environ 150 millions de dollars de 2024 après inflation. À l’époque, l’opération est moquée ; un siècle plus tard, l’Alaska s’est révélé une gigantesque source de pétrole, de gaz et de minerais.

    Le Groenland est plus vaste et plus stratégique que l’Alaska l’était alors. En appliquant une prime de rareté, de positionnement et de ressources critiques à ce comparable historique, on peut justifier un plafond théorique à plusieurs milliers de milliards de dollars.

    Le vrai plafond de valorisation : la souveraineté

    La vraie limite n’est pas économique mais politique. La finance ne peut pas acheter la souveraineté d’un peuple, et à plus forte raison de deux, le Groenland disposant d’une large autonomie au sein du Royaume du Danemark. La logique de l’analyste financier est bien sûr subordonnée à la logique géopolitique : le Groenland pourrait être vendu bien en dessous de sa « valeur » théorique si les Etats-Unis jouent de la contrainte. Se prêter à cet exercice de valorisation induit cependant une prise de conscience : à « l’heure des prédateurs » (Giuliano da Empoli), les territoires stratégiques sont (re)devenus les véritables actifs critiques du monde.

    Comme le souligne l’économiste Mohamed El‑Erian, nous entrons dans l’ère de la géoéconomie : la sécurité nationale, la géopolitique, le climat et la politique intérieure pèsent désormais davantage sur les dynamiques de marché que les considérations économiques traditionnelles. Le Groenland illustre parfaitement ce basculement.

    *Grégory Edberg, banquier d’affaires, et Sacha Edberg, entrepreneur, sont enseignants à Sciences Po.



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/politique-economique/combien-vaut-vraiment-le-groenland-la-reponse-de-deux-experts-NS7BQZ5ZQ5AP5ETQXUYZXYLWUM/

    Author :

    Publish date : 2026-01-14 10:30:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

    L’Express
    Share. Facebook Twitter Pinterest LinkedIn Tumblr Email
    IntelliNews

    Related Posts

    « Les Houthis peuvent reproduire à Bab el-Mandeb ce que l’Iran fait à Ormuz » : l’alerte de Maged Al-Madhaji

    juillet 31, 2026

    « Doppio Mike », le sulfureux espion italien proche de la CIA et des politiques

    juillet 31, 2026

    Gregory Gause III : « MBS veut la même relation qu’Israël avec les Etats-Unis »

    juillet 31, 2026

    Des astronomes ont découvert un mystérieux signal cent fois plus puissant qu’une supernova

    juillet 31, 2026

    L’été est la saison la plus difficile quand on vit à l’étranger

    juillet 31, 2026

    « Les Houthis peuvent reproduire à Bab el-Mandeb ce que l’Iran fait à Ormuz » : l’alerte de Maged Al-Madhaji

    juillet 31, 2026

    Political Turmoil Will Not Derail Killer Robot Program, Ousted Minister Says

    juillet 31, 2026

    The five states competing to be the center of the nuclear renaissance

    juillet 31, 2026
    janvier 2026
    L M M J V S D
     1234
    567891011
    12131415161718
    19202122232425
    262728293031  
    « Déc   Fév »
    Catégories
    Archives
    Facebook X (Twitter) Instagram Pinterest
    © 2026

    Type above and press Enter to search. Press Esc to cancel.