La somme est à la fois importante et modeste : que faire avec 10 000 euros reçus à l’occasion d’un bonus professionnel ou d’une donation ? La question se pose différemment pour un jeune actif dont l’épargne se limite pour l’instant à un livret A ou pour un quinquagénaire disposant déjà d’un patrimoine abondant.
(Re)constituez votre épargne de précaution
La première étape consiste à faire le plein de placements sans risque. Cette épargne de précaution d’un montant compris entre trois et six mois de revenus est indispensable, quel que soit votre âge, vos revenus ou votre tolérance au risque. « Toute tentative de mise en place d’une stratégie patrimoniale à long terme sans avoir au préalable une épargne de précaution est vouée à l’échec, estime Gauthier Haem, directeur du développement de Yomoni. Elle pourra être mobilisée en cas de besoin pour faire face à une dépense imprévue. Car s’il reste possible de réaliser des retraits à tout moment sur un contrat d’assurance-vie, il est préférable de l’éviter car cela remet en cause l’allocation d’actifs conçue pour le long terme. »
Une partie de la somme à placer doit donc venir alimenter un livret A ou un livret de développement durable et solidaire (LDDS), tous deux rémunérés 1,50 % et exonérés d’impôts et de prélèvements sociaux. Si vous avez déjà atteint les plafonds des produits réglementés (22 950 euros pour le livret A, 12 000 euros pour le LDDS), il faut rechercher le livret bancaire le mieux rémunéré du moment. Ils sont généralement proposés par les plateformes d’épargne en ligne (Cashbee, Meilleurtaux Placement, Placement-direct.fr, Ramify, etc.) et les banques en ligne (BforBank, BoursoBank, Distingo Bank, Fortuneo, Hello Bank, Monabanq et Renault Bank). C’est l’occasion de profiter du bonus offert aux nouveaux clients ouvrant un livret pour la première fois : les meilleurs proposent actuellement des taux compris entre 4,75 % voire 5,1 % sur deux mois, le rendement tombant ensuite à 1,50 % ou 2 %. Attention, ces produits sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %. Ils font donc moins bien que les placements réglementés, mais sont eux aussi totalement liquides. Les comptes à terme rapportent un peu plus (2,15 % sur douze mois chez Distingo Bank), mais il faut être certain de ne pas avoir besoin de la somme pendant la durée de blocage, sous peine de subir une pénalité sur la rémunération.
L’autre terme de l’alternative consiste à alimenter le fonds en euros de votre contrat d’assurance-vie pour profiter de bons rendements, là encore sans risque puisque le capital est garanti. « On peut alors viser un rendement de l’ordre de 3 %, voire plus de 4 % en profitant des bonus proposés par certaines compagnies aux épargnants s’engageant à investir aussi en partie en unités de compte », explique Cyril Garbois, cofondateur de la plateforme d’épargne en ligne Cashbee. Generali propose ainsi un bonus de 1,50 % en 2026 et 2027 sur le fonds en euros Netissima, permettant d’espérer un rendement de l’ordre de 4,50 %, à condition d’allouer 30 % de son versement à des unités de compte.
Abondez votre épargne salariale
Une fois l’épargne de précaution constituée, il faut se pencher vers des placements plus rémunérateurs sur le long terme. Vous ne vous sentez pas capable de sélectionner des actions, des fonds ou un contrat d’assurance-vie ? Tournez-vous vers l’épargne salariale, proposée dans plus de 429 000 entreprises. Leurs salariés ont notamment accès à un plan d’épargne entreprise (PEE) permettant de faire fructifier leur argent dans un cadre fiscal et social attractif. Pour mémoire, il est possible de déposer sur son PEE les sommes issues de l’intéressement et de la participation, mais aussi des versements volontaires. Il faut y penser en cas de rentrée d’argent importante. Avec en prime, un coup de pouce de votre employeur, qui peut ajouter un abondement – dans la limite de 300 % des versements du salarié et de 8 % du PASS, soit 3 845 euros par an. « Cela crée un effet de levier considérable sur leur épargne », souligne Patrick Behanzin, directeur marketing, offre et digital de Natixis Interépargne.
Côté investissement, le PEE donne accès, via des fonds, à des supports variés comme les actions, les obligations et le monétaire. Le nombre de supports proposés n’est pas aussi important que dans le cadre de l’assurance-vie, mais il reste possible de mettre en place une stratégie diversifiée. Autre atout du PEE, les plus-values sont exonérées d’impôt à la sortie ; seuls les prélèvements sociaux (18,6 %) sont dus.
Côté contrainte, les capitaux sont bloqués pendant cinq ans glissants. Les sommes versées en 2026 ne deviendront donc disponibles qu’en 2031. Il existe toutefois de nombreux cas de déblocage anticipé prévus par la réglementation, notamment pour l’achat de la résidence principale, le mariage ou la rupture du contrat de travail. Si vous souhaitez placer une somme importante pour quelques mois avant l’achat de votre logement, la bonne solution consiste donc à la verser sur votre PEE pour bénéficier de l’abondement, puis à la débloquer quelques mois plus tard pour compléter votre apport personnel. Il faut, dans ce cas, l’investir sur des supports monétaires sans risque afin d’éviter de subir les soubresauts des marchés financiers à court terme.
Initiez-vous à la Bourse
Avoir quelques milliers d’euros à placer peut aussi être l’occasion de vous constituer une épargne boursière, plus rémunératrice sur le long terme. Le plus simple consiste à investir via des fonds plutôt que de sélectionner des actions vous-même, afin de vous assurer une bonne diversification. Vous pouvez bien entendu ouvrir un compte-titres dans votre banque ou chez un courtier en bourse spécialisé, mais ce n’est pas la solution la plus efficace en termes de fiscalité. Mieux vaut souscrire à un plan d’épargne en actions (PEA) ou un contrat d’assurance-vie. Le PEA est réservé à l’investissement en actions européennes, en direct ou via des fonds, dans la limite de 150 000 euros. Les retraits sont exonérés d’impôts (mais pas de prélèvements sociaux) dès lors que le plan a été ouvert il y a plus de cinq ans. « Il faut donc ouvrir un PEA le plus tôt possible pour prendre date, quitte à n’y verser qu’une faible somme », recommande Gauthier Haem. Cette enveloppe ne s’adresse cependant qu’aux investisseurs acceptant de prendre un risque sur leur capital puisqu’elle est exclusivement investie en actions.
A l’inverse, l’assurance-vie est beaucoup plus flexible puisque les supports accessibles vont du fonds en euros à capital garanti aux unités de compte, ces dernières couvrant un large choix de placements (actions, obligations, monétaires, fonds diversifiés, fonds immobilier, etc.). « Contrairement à une idée reçue, l’assurance-vie reste liquide puisqu’il est possible de réaliser un retrait à tout moment, alors que sur un PEA, les retraits avant cinq ans entraînent la clôture du plan », mentionne Gauthier Haem. Il est cependant recommandé d’attendre le huitième anniversaire du contrat pour effectuer un retrait pour des raisons fiscales : dès lors, les gains bénéficient d’un abattement de 4 600 euros pour un célibataire et de 9 200 euros pour un couple. Au-delà, ils sont taxés à 7,5 % auxquels s’ajoutent les prélèvements sociaux de 17,20 %.
Par ailleurs, l’assurance-vie est un formidable outil de transmission pour les particuliers à la tête d’un patrimoine élevé. « Mais elle s’adresse à tous les investisseurs puisqu’il suffit par exemple de 1 000 euros pour ouvrir un contrat Cashbee », explique Cyril Garbois. Certains contrats en ligne sont même accessibles à partir de quelques centaines d’euros. Il est donc logique de consacrer une partie de vos 10 000 euros à l’ouverture d’une assurance-vie, afin de démarrer une épargne de long terme, en partie investie en Bourse. Les contrats distribués en ligne proposent des services de gestion pilotée permettant de se dégager de la gestion au quotidien.
Réalisez un premier investissement immobilier avec des SCPI
L’immobilier mérite une place de choix dans un patrimoine diversifié. C’est déjà le cas pour de nombreux Français propriétaires de leur logement. Il existe aussi des placements collectifs, accessibles dès 1 000 euros, comme les sociétés civiles de placement immobilier (SCPI). Ces produits sont investis dans de l’immobilier professionnel, principalement des bureaux, et versent des revenus réguliers à leurs détenteurs. Si le rendement reste attractif à 4,91 % en 2025, certaines SCPI traversent actuellement une crise de liquidité : le nombre d’épargnants souhaitant vendre leurs parts excède largement celui des acheteurs, créant des délais dans l’exécution des ordres.
Cet afflux de vendeurs s’explique car elles ont baissé le prix de leur part ces dernières années. Il faut donc se montrer sélectif. « Les SCPI restent intéressantes pour le rendement, mais elles s’adressent aux investisseurs ayant par ailleurs un patrimoine déjà bien diversifié », souligne Cyril Garbois. Leur véritable atout consiste à verser des rendements réguliers, ce qui peut répondre à la problématique de certains épargnants pour faire face à la chute de leurs revenus une fois à la retraite. En revanche, elles ne constituent pas une priorité pour un jeune actif en phase de constitution de patrimoine.
Les bienfaits de l’investissement programmé
Maintenant que cette première entrée d’argent vous a mis le pied à l’étrier, il faut continuer à épargner régulièrement. Il est possible de mettre en place des versements automatiques mensuels – on parle aussi de versements programmés – sur de nombreux placements. « La moitié de nos clients réalisent des versements programmés sur leur assurance-vie, c’est une très bonne façon d’adopter de bons réflexes », relate Cyril Garbois, co-fondateur de Cashbee. Cela permet aussi de se prémunir contre les aléas des marchés.
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Author : Agnès Lambert
Publish date : 2026-04-03 08:00:00
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