Pour la première fois dans un cadre bilatéral, Emmanuel Macron se rend en Arménie du 3 au 5 mai, à l’occasion d’une séquence diplomatique dense à Erevan, la capitale. La visite du chef de l’État français s’inscrit en marge de deux rendez-vous majeurs : le sommet de la Communauté politique européenne (CPE) et une rencontre entre l’Union européenne et cette ancienne république soviétique indépendante depuis 1991.
Placée sous un « triple signe » – approfondissement de la relation bilatérale, rapprochement avec l’Union européenne et dynamique de paix avec l’Azerbaïdjan – cette visite intervient dans un contexte régional en recomposition, marqué par l’accord de paix signé en août 2025 entre Erevan et Bakou.
Une relation franco-arménienne renforcée
Au cœur du déplacement, la signature d’un accord de partenariat stratégique entre la France et l’Arménie doit consacrer la relation bilatérale. Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan et Emmanuel Macron entendent notamment renforcer leur coopération en matière de défense. Celle-ci s’est déjà traduite par la livraison de radars français et la commande de 36 canons Caesar en 2024, ainsi que par la formation de soldats arméniens par des instructeurs français.
Des perspectives économiques accompagnent ce rapprochement, avec des « prospects potentiels » pour Airbus et l’engagement de la France dans un projet de tunnel sur l’axe nord-sud du pays. Sur le plan culturel, un partenariat entre le musée du Matenadaran et la Bibliothèque nationale de France doit également être conclu. Le programme présidentiel inclut par ailleurs un hommage au mémorial du génocide arménien, la participation au forum diplomatique « Erevan Dialogue » et un déplacement à Gyumri, meurtrie par le séisme de 1988.
L’Arménie en quête d’ancrage européen
Au-delà du bilatéral, la visite s’inscrit dans la volonté d’Erevan de se rapprocher du camp occidental. Depuis sa défaite contre l’Azerbaïdjan au Haut-Karabagh en 2023, l’Arménie, enclavée dans le Caucase entre Turquie, Iran, Géorgie et l’Azerbaïdjan, cherche à rompre son isolement. Sous l’impulsion de Nikol Pashinyan, l’Arménie affiche une orientation pro-européenne, sans avoir encore formalisé de candidature à l’Union européenne. Erevan bénéficie déjà de financements européens, envisage une participation accrue à des programmes comme Erasmus et souhaite une libéralisation des visas.
Le sommet UE-Arménie doit porter sur des domaines clés tels que l’énergie, les transports ou le numérique, tandis que la CPE, créée après l’invasion de l’Ukraine en 2022, vise à renforcer le dialogue politique et sécuritaire entre 47 pays européens.
Ce rapprochement avec l’Europe reste toutefois contraint par les liens persistants avec Russie. L’Arménie demeure membre de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), malgré le gel de sa participation en 2024, et reste dépendante de Moscou sur les plans énergétique et militaire. Dans ce contexte, Vladimir Poutine met en garde contre une stratégie d’équilibre entre Est et Ouest. Mais Nikol Pachinian privilégie une approche pragmatique, centrée sur la stabilisation régionale.
L’accord de paix avec l’Azerbaïdjan ouvre, selon Paris, « une nouvelle ère de coopération régionale », susceptible de transformer le Caucase en carrefour stratégique entre l’Europe et l’Asie. Des signaux positifs ont été relevés, comme la reprise des échanges et l’assouplissement des restrictions de transit. Le dossier du Haut-Karabakh reste toutefois sensible. La reprise de cette enclave par Bakou en 2023 a entraîné l’exode de plus de 100 000 Arméniens, dont le soutien demeure une priorité pour la coopération française. Parallèlement, Erevan poursuit une normalisation progressive avec Ankara, avec des discussions en vue de rouvrir une frontière fermée depuis 1993.
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Publish date : 2026-05-03 15:23:00
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