Le sujet avait quasiment disparu des débats de la présidentielle de 2022 : le chômage, et notamment celui des jeunes, pourrait y retrouver une place de choix tant le fléau s’invite à nouveau dans les esprits.
Si l’on en croit les dernières statistiques publiées par l’Insee ce mercredi, le taux de chômage a progressé de 0,2 point au premier trimestre 2026, pour atteindre 8,1 %, un bond de 0,7 point en l’espace d’un an. Il grimpe ainsi à son plus haut niveau depuis l’hiver 2021. Si le chômage des jeunes de 15 à 24 ans recule légèrement sur les trois premiers mois de l’année – après une forte hausse fin 2025 –, il est néanmoins en progression de 2 points sur un an, culminant à près de 21,1 %. Au début du printemps, 725 000 jeunes actifs étaient donc inscrits sur les fichiers de France Travail. A cela s’ajoutent les mauvais résultats concernant les jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en formation – les NEET, pour Not in education, employment or training – de l’ordre de 1,5 million, un chiffre qui augmente de 0,4 point en un an.
Une photographie statistique ambiguë et complexe à déchiffrer : si le chômage des jeunes reste très élevé, il s’inscrit aussi dans un contexte où davantage de « juniors » sont présents sur le marché du travail. La « Loi pour le plein-emploi », votée fin 2023, prévoit en effet l’inscription systématique auprès de France Travail des jeunes accompagnés par les missions locales, celle des personnes en situation de handicap suivies par Cap emploi, et les allocataires du RSA. L’impact sur les chiffres est donc mécanique.
Reste que vu d’Europe, ce bilan n’est guère brillant. Si le mode de calcul retenu par Eurostat est un peu différent de celui de l’Insee, la France pointe malgré tout parmi les plus mauvais élèves de la classe européenne, avec un taux de chômage des moins de 25 ans de 20,9 % en janvier – l’Espagne culmine à 23,5 % -, très loin de l’Allemagne (7,1 %), des Pays-Bas (9,3 %) ou encore de la Pologne (11 %).
Un échec français alors qu’on ne compte plus les plans d’urgence présentés par les gouvernements successifs pour endiguer le phénomène. Et ce, quelle que soit leur couleur politique… Le taux de chômage des moins de 25 ans approchait 7 % en 1975, il bondit à 23 % dix ans plus tard, en 1985. Depuis, il navigue entre 17 % et 25 %, au gré des hauts et des bas de la conjoncture. En 1977, Raymond Barre, alors à Matignon, présentait son « Pacte National pour l’emploi des jeunes » : un mélange de stages pratiques en entreprise, de contrats emploi-formation et d’aides à l’apprentissage. Suivront les TUC, les « Travaux d’utilité collective » créés en 1984 par Laurent Fabius, les exonérations massives de charges patronales décidées par le gouvernement Chirac en 1986, les « contrats emploi solidarité » de Michel Rocard en 1989 puis leurs cousins, les « emplois jeunes » de Lionel Jospin en 1997, qui bénéficieront à près de 350 000 personnes. Quelques reculades aussi comme le CIP, le Contrat d’insertion professionnelle en 1993, baptisé « Smic jeune » par ses opposants, et que le gouvernement Balladur retirera face à la contestation étudiante. Même sort pour le CPE, le Contrat de première embauche, de Dominique de Villepin, réservé aux moins de 26 ans et révocable à tout moment durant les deux premières années.
Les trois piliers de la politique d’emploi
Au fil des décennies, la France a bâti sa politique d’emploi des jeunes autour de trois piliers : les contrats aidés, le plus souvent dans le secteur non marchand et associatif, les baisses de charges et les aides à l’apprentissage. Problème : le taux d’insertion des jeunes sur le marché du travail à l’issue de ces fameux jobs s’est révélé, au fil du temps, très décevant. Quant aux baisses de charges, si elles ont bénéficié en grande partie aux plus diplômés dont le taux de chômage a été divisé par deux depuis les années 1990, elles n’ont pas réglé le problème du sous-emploi des non-diplômés. « C’est le grand échec de la France, avec un tiers des non-diplômés qui sont au chômage aujourd’hui, soit davantage que dans les années 1990 », souligne Bertrand Martinot, économiste, spécialiste des questions d’emploi, et chercheur associé à l’Institut Montaigne.
Reste l’apprentissage, le cÅ“ur du projet d’Emmanuel Macron au début de son premier quinquennat. Un soutien massif, avec la politique publique en faveur de l’emploi des jeunes la plus généreuse – certains diraient coûteuse – de ces cinquante dernières années : 20 milliards d’euros par an ! « Si la réforme de l’apprentissage a permis de créer des centaines de milliers d’emplois, elle a surtout profité aux étudiants du supérieur dont les taux d’insertion sont généralement très bons. Seuls 3 à 4 % des jeunes entrés en apprentissage au cours des dernières années étaient au chômage », poursuit Bertrand Martinot. Une absence de ciblage qui s’est payée cash pour les finances publiques du pays.
Et ce n’est pas le dernier plan, présenté il y a quelques jours par Jean-Pierre Farandou, le ministre du Travail, qui inversera la tendance. « Tant qu’on ne s’attaquera pas aux défauts de la formation initiale et à l’encadrement qui précède l’entrée en apprentissage, on ne résoudra rien. C’est ce sas entre le monde scolaire et celui de l’entreprise qui fait le succès du modèle allemand », conclut Bertrand Martinot. Un bon thème pour un candidat à la course élyséenne.
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Author : Béatrice Mathieu
Publish date : 2026-05-13 09:24:00
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