Dans un an, le jeudi 13 mai 2027, le double mandat d’Emmanuel Macron se terminera et son successeur entamera son mandat après la douzième élection présidentielle de la Ve République au suffrage universel. Alors que les institutions boitent et que la figure du chef de l’Etat n’a plus l’autorité d’antan, une question commence à hanter les esprits : l’élection suprême sert-elle encore de juge de paix ? Cette présidentielle-ci, présentée – comme à chaque fois – comme la plus importante depuis 1965, permettra-t-elle de dénouer les nÅ“uds du pays ?
Ce sont des propos qui interpellent, signés de la nouvelle vedette médiatique de LFI, Bally Bagayoko. Après avoir évoqué, en cas d’élection de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella, « une forme d’insurrection populaire » dans une vidéo diffusée par Oumma, le nouveau maire de Saint-Denis a développé sa réflexion sur LCI dimanche : « Il y a la légitimité institutionnelle que l’on connaît, le RN n’aura jamais le sceau de la légitimité populaire. »
Outre qu’elles s’appuient sur cette certitude sidérante selon laquelle les insoumis auraient, juste parce qu’ils l’ont décidé, le monopole du peuple, ces déclarations jettent un voile trouble sur le scrutin. Comme si Bally Bagayoko vendait la mèche en faisant du troisième tour le rendez-vous le plus important du scrutin. « Il enjambe la présidentielle », note Jean-Christophe Cambadélis dans son blog, pour fixer comme échéance principale « l’affrontement recherché avec l’extrême droite au pouvoir ». « La France insoumise ne la redoute pas, elle la pronostique, l’intègre comme une donnée stratégique, un présupposé politique pour mieux affirmer un antifascisme triomphant terrassant le dragon de l’extrême droite à plates coutures, complète l’ancien dirigeant socialiste. C’est ainsi la certitude de la rédemption dans un tous ensemble contre le fascisme. »
Par de tels propos, LFI confirme jouer le rôle de meilleur agent électoral du RN. Dans un entretien accordé dimanche à La Tribune, Jean-Luc Mélenchon assure : « Pour ma part, je dis depuis 2012 : cela se terminera entre l’extrême droite et nous. » On ne sait ce qui chez lui l’emporte, du souhait ou de la prédiction, mais le résultat est le même, et le sous-entendu identique : la vérité serait dans la rue plus que dans les urnes.
Les législatives de 2027, l’élection décisive ?
A défaut de faire boum, la présidentielle de 2027 risque-t-elle de faire pschitt – en ne donnant pas à l’heureux élu la dynamique, ou la majorité, pour installer son mandat et faire œuvre utile ? Un élément peut inciter à l’optimisme. Une élection pour un nouveau président et non pour la reconduction du sortant a suscité jusqu’à présent une attention particulière et en cela celle de 2007, aujourd’hui au cœur d’une affaire judiciaire, fut la plus jubilatoire : à peine 16 % d’abstentions au second tour.
L’élection de 2017 donne néanmoins un premier avertissement. Au second tour et malgré son caractère novateur, Emmanuel Macron est davantage élu par rejet de l’adversaire que par adhésion à son projet. Une étude Ifop indique alors que 43 % des électeurs du fondateur d’En Marche ont fait ce choix « parce que vous souhaitez avant tout que votre candidat soit élu président de la République », 57 % « parce que vous souhaitez avant tout que son adversaire ne soit pas élu président de la République ». Ipsos aboutit à une conclusion analogue – alors que le vote d’adhésion a été, il faut le relever, beaucoup plus franc chez les électeurs de Marine Le Pen.
Le calendrier du printemps 2027 peut être un poison supplémentaire. Si la date de la présidentielle n’a pas encore été fixée, le premier tour aura lieu en avril, le 11 ou 18, et donc le second deux semaines plus tard, c’est-à -dire le 25 avril ou le 2 mai (pendant des vacances scolaires). Une dissolution de l’Assemblée nationale, qui ne pourrait être décidée qu’une fois l’entrée en fonction du nouveau président, a priori le 14 mai, entraîne des élections législatives dans un minimum de 20 jours après l’annonce, soit les 6 et 13 juin 2027. Cela représenterait un délai de six à sept semaines entre la désignation du président et le premier tour des législatives. Quelques jours avaient suffi, en 2007, pour amortir et amoindrir la dynamique suscitée par l’élection de Nicolas Sarkozy – on se rappelle la polémique suscitée par les déclarations de Jean-Louis Borloo sur la TVA sociale.
« Les législatives, encore perçues comme une simple confirmation de la présidentielle, pourraient bien se révéler être l’élection décisive, écrit l’ancien garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas dans une tribune publiée dans Le Télégramme le 8 mai. C’est là que se jouera la capacité à gouverner. » Et de citer Edouard Balladur, qui remarquait avant même l’introduction du quinquennat en 2000 : « Ce sont les élections législatives qui, en réalité, déterminent la politique de la nation. »
Or le paysage partisan n’est guère plus ordonné, ou éclairé, que celui des candidats à l’Elysée (record à battre : en 2002, ils furent 16 sur la ligne de départ). « Depuis l’élection du président au suffrage universel, on attend à chaque fois un sauveur, or il n’y en aura pas l’année prochaine, observe en privé Bruno Le Maire. Il y a huit chances sur dix que cette élection soit ratée. » La dissolution de 2024 a plongé le pays dans la pénombre politique. L’année 2027 permettra-t-elle vraiment de rallumer la lumière ?
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Author : Eric Mandonnet
Publish date : 2026-05-14 06:00:00
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