L’Italie adore les derbies sportifs et ses universités n’échappent pas à ce goût pour la rivalité, source d’émulation. La Luiss – Libera Università Internazionale degli Studi Sociali – est souvent présentée comme la « Bocconi romaine » revendiquant, comme l’institution milanaise, l’excellence de son enseignement dans les domaines du droit, de l’économie et du management. Mais si la Bocconi est proche depuis toujours de la grande bourgeoisie industrielle lombarde, la Luiss est intimement liée à la Confindustria – l’équivalent du Medef en France -, dont elle est l’émanation. Sa présidence a d’ailleurs souvent été assurée par une grande figure du monde industriel transalpin tels qu’Emma Marcegaglia, ex-présidente de l’énergéticien ENI, ou l’entrepreneur Vincenzo Boccia. Depuis un an, c’est Giorgio Fossa qui préside l’établissement, lui qui a officié à la tête du patronat de la péninsule de 1996 à 2000.
Cette proximité lui a valu le surnom d’ »université des patrons ». Un héritage de son histoire. Née de l’acquisition de l’Université Pro Deo en 1974 par un groupe d’entrepreneurs mené par Umberto Agnelli, emblématique dirigeant de Fiat, elle se présentait comme une alternative privée d’excellence au système public. Dès 1977, la Confindustria en prend le contrôle en la rachetant pour former des cadres aptes à saisir les enjeux internationaux et place dans son conseil d’administration des représentants de banques et d’importants groupes industriels, publics et privés.
L’atmosphère studieuse n’empêche pas un air de Dolce Vita de souffler sur le campus de la Luiss, réparti sur plusieurs sites dans le quartier huppé du Trieste/Parioli. Au siège historique, situé Viale Paola dans une magnifique villa du début du XXe siècle entourée d’un jardin luxuriant, s’ajoute le campus principal, Viale Romania, mais aussi le pôle juridique logé dans un élégant bâtiment de style rationaliste des années 1930, via Parenzo. Le lieu le plus spectaculaire demeure la Villa Blanc, qui abrite la Luiss Business School. Ce joyau architectural de la fin du XIXe siècle dispose de salles de cours ornées de stucs, de dorures et de fresques ainsi que d’un vaste jardin d’hiver et d’un parc historique où les étudiants peuvent travailler au milieu des pins parasols.
« L’ouverture sur le monde des affaires »
La Villa Blanc héberge le campus de la Luiss Business School, à Rome en Italie.
Un cadre idyllique pour une formation qui se veut d’excellence et résolument tournée vers l’international. Des liens solides ont été tissés à travers le monde, avec 368 universités partenaires pour offrir des opportunités uniques à ses 12 000 étudiants, dont 12 % viennent de l’étranger. Les programmes sont conçus autour des grandes transformations contemporaines – numérique, écologique, géopolitique, et le spectre des masters s’étend du management à la finance, en passant par le marketing, la science des données et les affaires gouvernementales et publiques. « J’ai choisi la Luiss pour la diversité de son offre, confirme Mia Trpezanovska, étudiante macédonienne en économie et commerce. L’approche croisée avec le droit m’a offert une perspective unique sur mon domaine. Ce qui fait la différence, c’est l’ouverture sur le monde des affaires. L’université nous pousse hors des salles de classe pour nous confronter au terrain, que ce soit via des initiatives étudiantes ou des stages stimulants. Je me sens prête pour le monde professionnel. »
« L’internationalisation est essentielle pour nous, insiste Enzo Peruffo, professeur de stratégies d’entreprise et vice-recteur à l’enseignement de la Luiss Graduate School. Nous avons considérablement accéléré notre ouverture mondiale au cours des dix dernières années. L’offre de formation a été repensée pour répondre aux standards internationaux et elle est entièrement accessible en anglais. Plus d’un étudiant sur deux réalise un séjour à l’étranger durant son cursus. Pour certains masters d’élite, ce taux de mobilité atteint 60 à 70 % ». Le rayonnement de la Luiss se reflète dans le classement du Financial Times, où elle occupe la 20e place en finance et la 32e place en management.
Autre pilier du succès de l’université : la force du réseau tissé avec les entreprises et les institutions, qui permet à 95 % des diplômés de décrocher un emploi sous douze mois. Les stages obligatoires et les simulations concrètes permettent aux futurs jeunes actifs de s’adapter aux exigences du marché du travail et de réussir leur insertion professionnelle. « Ce qui fait la différence à la Luiss, c’est l’omniprésence du monde de l’entreprise, parfaitement équilibrée avec l’excellence académique. Même dans les matières les plus théoriques, des professionnels venaient nous expliquer leur travail quotidien », se souvient Dario Martelli, diplômé en 2014, qui évoque aussi le Career Day, cette journée où « des recruteurs de premier plan viennent à la rencontre des étudiants ». Aujourd’hui directeur au sein d’une grande maison du luxe à Paris, il salue aussi « un réseau d’alumni fiers et actifs, où la solidarité prime sur la compétition ».
Rapprochement avec Google
La salle Ciampi de la Villa Blanc qui héberge le campus de la Luiss Business School en Italie
« Ce lien avec le monde économique et industriel italien est très fort et se manifeste concrètement, explique Enzo Peruffo. La Luiss se veut un lieu de débat politique et économique. Le sous-secrétaire d’État à l’Economie est venu pour discuter avec nous et nos enseignants d’un projet de réforme. De grands dirigeants tels que les patrons du groupe Ferrovie dello Stato ou de Fincantieri sont directement impliqués dans le corps professoral. Nous facilitons le dialogue entre les entreprises et les institutions, mais aussi entre les grandes et les petites entreprises. »
Les diplômés, quant à eux, sont promis à de belles carrières, en Italie et au-delà . Dans le secteur financier, public ou privé, à l’image de Fabio Panetta, gouverneur de la Banque d’Italie, d’Elisabetta Belloni, ancienne secrétaire générale du ministère des Affaires étrangères, de Carlo Messina, PDG d’Intesa Sanpaolo, la première banque italienne… Mais aussi dans la tech, avec Luca Maestri, directeur financier d’Apple de 2014 à 2024. L’université, qui se targue d’avoir ancré l’innovation au cÅ“ur de son organisation, a été pionnière en Italie en nommant un vice-recteur pour l’intelligence artificielle et les compétences numériques et en créant un département d’IA, Data & decision sciences. Elle vient aussi de se rapprocher de Google. « Ce partenariat nous place à la table de nombreuses réflexions, se félicite Enzo Peruffo. Avec Oxford, nous pourrions devenir un terrain d’expérimentation pour les projets de recherche du groupe. Aujourd’hui, autour de l’intelligence artificielle, demain dans un autre domaine. »
Cette alliance transatlantique n’empêche pas l’établissement romain de revendiquer une identité européenne. « À une époque marquée par des transformations globales, la Luiss s’impose comme un acteur clé de la formation d’une classe dirigeante capable de piloter le changement, affirme son recteur Paolo Boccardelli. Notre vocation est de former des professionnels responsables, ouverts sur l’Europe et le monde. À travers une offre académique d’excellence, majoritairement anglophone et affranchie des frontières, nous offrons les outils nécessaires pour comprendre et diriger les dynamiques complexes de notre siècle. » N’en déplaise à son éternelle rivale de Milan.
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Author : Olivier Tosseri
Publish date : 2026-05-16 14:00:00
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