C’est un ouvrage qui fascine autant qu’il inquiète. The Coming Storm: Power, Conflict, and Warnings from History (Henry Holt and Co., 256 p., non traduit), écrit par l’historien norvégien Odd Arne Westad, liste de nombreux parallèles saisissants entre la période actuelle et le climat géopolitique ayant précédé le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Ce n’est pas un « reflet exact » mais « un miroir utile ». Car, avertit ce professeur d’affaires mondiales à Yale, « tout comme à l’époque précédant 1914, il existe aujourd’hui une conviction profondément ancrée selon laquelle une guerre entre grandes puissances est, sinon impossible, du moins très improbable. Nous devons nous débarrasser de cette complaisance ».
Voici pour la piqûre de rappel. Et pour les similitudes en question ? Dans un entretien accordé à L’Express, l’auteur explique en quoi la rivalité économique entre les États-Unis et la Chine, combinée aux peurs intérieures et aux perceptions de déclin ou de menace, rappelle les tensions d’avant 1914, notamment celles entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Et tous les éléments semblent désormais réunis pour que le moindre conflit régional puisse dégénérer en catastrophe mondiale. Même si, ose-t-il espérer, « l’histoire a montré, à maintes reprises, que l’humanité est capable de prendre conscience des catastrophes possibles, puis de changer de trajectoire ».
L’Express : Il existe, selon vous, un sentiment de déjà -vu entre la période actuelle et celle qui a précédé la guerre de 14-18. Quelles en sont les similitudes ?
Odd Arne Westad : Il y en a trois principales. La première, qui me semble désormais évidente pour tout le monde, est que nous vivons dans un monde multipolaire. Nous ne revenons pas à la bipolarité de la Guerre froide ni au type de moment unipolaire d’hyperpuissance américaine que nous avons connu après 1991. Cette multipolarité est quelque chose qu’aucun d’entre nous n’a vraiment expérimenté au cours de sa vie. Pour en trouver la forme la plus proche, il faut remonter à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Voilà donc une première similitude.
La deuxième, c’est que toutes ces grandes puissances sont en concurrence essentiellement à l’intérieur du même système économique. Ce n’est pas comme l’Union soviétique, qui cherchait à détruire le système économique mondial, le capitalisme, et à le remplacer par quelque chose d’entièrement différent. Et cela aussi rappelle le monde d’il y a cent ans.
Enfin, et malheureusement, je vois de nombreux parallèles entre certaines guerres régionales actuelles et les conflits qui ont précédé la Première Guerre mondiale. Beaucoup d’entre elles me rappellent, dans leur essence, les crispations de cette époque, lorsque beaucoup estimaient que ces conflits resteraient contenus et circonscrits aux régions où ils avaient éclaté, que ce soit dans les Balkans ou ailleurs. Et puis, lorsque la véritable crise mondiale a éclaté, à l’été 1914, ce à quoi personne ne s’attendait, il s’est avéré impossible de maintenir ces divers conflits isolés. Ils convergèrent tous dans l’enfer qui engendra la guerre mondiale.
Y a-t-il aussi des différences entre les deux périodes ?
La principale est historique. Après avoir traversé toutes les catastrophes du XXe siècle, nous savons quelles sont réellement les conséquences d’une guerre entre grandes puissances. En 1914, cela faisait plus d’un siècle qu’aucun conflit mondial de grande ampleur n’avait éclaté, et beaucoup étaient convaincus qu’il était impossible que les grandes puissances en viennent à s’affronter à une telle échelle. Si nous sommes capables d’utiliser l’histoire comme un miroir pour tenter de nous éclairer, alors nous sommes déjà passés par là . Nous avons déjà traversé toutes ces catastrophes et ces tragédies. Et cela devrait constituer un rappel puissant : nous ne voulons pas reprendre ce chemin.
Si tous les ingrédients de l’avant-1914 semblent désormais réunis, ne manque-t-il plus qu’un élément déclencheur – un nouveau « Sarajevo » (l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand) – pour que ça dégénère en conflit mondial ?
Si l’on raisonne en termes structurels, les tensions entre les grandes puissances sont actuellement bien plus fortes qu’elles ne l’étaient au printemps 1914. Et si, à l’époque, les dirigeants n’ont pas été capables de gérer un événement imprévu comme l’attentat de Sarajevo, alors je pense qu’à bien des égards nous serions aujourd’hui encore moins préparés à faire face à une crise de cette nature. L’un des parallèles les plus frappants entre le début du XXe siècle et le moment présent est, selon moi, cette prévalence du terrorisme. Davantage de chefs d’État ont été assassinés par des terroristes entre 1900 et 1914 qu’à n’importe quelle autre période de l’histoire. La menace venait alors d’une multitude de groupes différents – nationalistes extrémistes, fanatiques religieux, radicaux politiques -, chacun poursuivant son propre agenda. Et cela aussi fait écho à la période actuelle, marquée par la multiplication de formes de violence politique émanant de groupes très différents les uns des autres.
Si l’on compare avec la Première Guerre mondiale, Taïwan est un peu à la fois la Bosnie, l’Alsace-Lorraine et la Belgique réunies
À bien des égards, compte tenu du niveau très élevé des frictions du moment entre les grandes puissances, mais aussi des perceptions – comme je l’explique dans le livre – selon lesquelles, dans de nombreux pays, les populations estiment que d’autres nations cherchent à les affaiblir ou à tirer profit d’elles, ces sentiments et ces représentations sont aujourd’hui encore plus intenses qu’ils ne l’étaient au début du XXe siècle. Et cela m’inquiète.
Vous expliquez que les crispations économiques et nationalistes ne suffisent pas, à elles seules, à provoquer une guerre. Selon vous, la Première Guerre mondiale résulte aussi de stratégies militaires rigides et d’alliances mal conçues. Où observez-vous de telles choses actuellement ?
Le problème, en 1914, n’était pas tant l’existence des alliances que le fait que les dirigeants commençaient à douter de leur efficacité. Une grande partie des prises de risque observées durant l’été 1914, en particulier du côté allemand, était liée à l’idée que, compte tenu des signaux diplomatiques et politiques envoyés auparavant, ces alliances n’étaient peut-être plus aussi solides qu’elles l’avaient été. Elles n’avaient plus le même pouvoir de dissuasion. Et en 1914, cela a encouragé la prise de risque. Je crains que nous assistions à quelque chose de similaire à présent, surtout en ce qui concerne l’Europe et l’OTAN, mais aussi les engagements d’alliance des États-Unis ailleurs dans le monde.
Par exemple, la guerre avec l’Iran détourne les États-Unis de positions qu’ils devraient occuper ailleurs – en Europe, en Asie de l’Est ou dans d’autres régions – et qui, d’un point de vue stratégique plus large, comptent davantage pour les États-Unis que ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient. Là encore, j’établis dans le livre un parallèle avec ce qu’a fait la Grande-Bretagne – principale puissance du XIXe siècle – autour de 1900 et dans les années qui ont suivi : elle a consacré une grande partie de son énergie à des guerres inutiles ailleurs, comme la guerre des Boers ou d’autres conflits coloniaux. Cela n’a pas vraiment renforcé la puissance britannique, et d’une certaine façon, les États-Unis sont en train de commettre la même erreur.
Selon vous, la dissuasion nucléaire n’a plus la force qu’elle avait pendant la guerre froide. Pourquoi ?
Pendant la guerre froide, dans un système mondial bipolaire, la stabilité reposait sur la menace nucléaire, mais aussi sur un certain degré de clarté stratégique, autrement dit, sur une relation relativement simple de menaces et de contre-menaces entre deux superpuissances. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. La prolifération nucléaire s’est considérablement accrue. Beaucoup plus de pays disposent désormais de l’arme nucléaire, et ces armes ont elles-mêmes évolué. Il existe à présent davantage d’armes nucléaires de petite taille et d’armes tactiques destinées au champ de bataille. Ainsi, si l’on parle du pouvoir de dissuasion absolu qu’ont exercé les armes nucléaires pendant une grande partie de la période qui a suivi 1945, alors ce temps est désormais révolu. Je ne dis pas que les grandes puissances en viendront nécessairement à utiliser des armes nucléaires les unes contre les autres, ou contre d’autres pays. Mais le seuil de leur utilisation dans des circonstances extrêmes est bien plus bas qu’il ne l’était pendant la guerre froide.
Vous analysez aussi le rôle crucial mais sous-estimé de la rhétorique politique. En quoi la période qui précède 1914 peut-elle nous éclairer sur l’actuelle ?
Une rhétorique plus agressive a certainement un inconvénient majeur : lorsque les choses deviennent vraiment délicates — lorsqu’une crise internationale atteint un niveau de tension extrême — il devient beaucoup plus compliqué de faire marche arrière. Elle contribue aussi à alimenter les perceptions, et parfois les craintes, que les autres peuvent avoir quant aux actions que vous pourriez être amené à entreprendre. C’était déjà vrai au début du XXe siècle. Pendant très longtemps, sous Guillaume II, les aboiements de l’Allemagne étaient bien pires que ses morsures. Elle n’a en réalité mené aucune opération militaire loin de ses propres frontières, mais la rhétorique employée par le Kaiser mettait tout le monde sur les nerfs. On retrouve cela avec Trump, ainsi qu’avec de nombreux autres dirigeants internationaux. Cela convainc les populations que d’autres pays, et d’autres dirigeants, cherchent à leur nuire. Cette rhétorique a joué un rôle très négatif en 1914, et qu’elle pourrait très facilement produire les mêmes effets aujourd’hui.
« À mesure que le XXIe siècle progresse, l’Asie du Sud-Est deviendra la région la plus importante du monde », écrivez-vous, et la plus risquée aussi sur le plan géopolitique serait-on tenté de conclure à la lecture de votre livre…
Si l’on considère l’Asie de l’Est dans son ensemble – de l’Asie du Sud-Est jusqu’à la péninsule coréenne -, c’est dorénavant la région la plus dangereuse du monde pour plusieurs raisons. D’abord, c’est là que les deux plus puissantes des nombreuses grandes puissances actuelles pourraient entrer en collision : la Chine et les États-Unis. Il y a aussi les tensions en mer de Chine méridionale et la possibilité d’une guerre dans la péninsule coréenne. Ensuite, il y a bien sûr le conflit autour de Taïwan, que la République populaire de Chine considère comme une question d’unification nationale. C’est cette dernière question qui m’inquiète le plus actuellement.
Pourquoi ?
Si l’on faisait une comparaison avec la Première Guerre mondiale, Taïwan serait un peu à la fois la Bosnie, l’Alsace-Lorraine et la Belgique réunies. Taïwan possède les implications nationalistes de la Bosnie, les implications territoriales de l’Alsace-Lorraine et les implications stratégiques de la Belgique, dans le sens où la seule chose qui, à l’été 1914, séparait un conflit plus limité en Europe d’une guerre mondiale était la décision allemande d’envahir la Belgique. Et pourtant, ils l’ont fait pour des raisons militaires relativement rationnelles. Ils pensaient qu’en suivant cette stratégie, ils auraient pu mettre la France hors de combat plus rapidement. Ce qu’ils n’ont pas suffisamment pris en compte, c’est que cela entraînerait également la Grande-Bretagne dans le conflit. Et ce type d’erreur de calcul est tout à fait possible aujourd’hui concernant Taïwan.
Selon vous, une grande partie du ressentiment économique américain actuel vise la Chine, sans être toujours pleinement justifiée, ce qui n’est pas sans rappeler la nature des relations entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne dans les années qui ont précédé la Première Guerre mondiale…
Oui, surtout sur le plan économique. Au début du XXe siècle, il existait déjà ce sentiment, lié à la mondialisation – à l’intégration du commerce et de l’emploi qui avait marqué le XIXe siècle – selon lequel ce système ne profitait plus à tout le monde. Beaucoup, notamment dans les puissances établies, avaient le sentiment que la mondialisation jouait contre eux : qu’elle permettait à de nouvelles puissances de s’élever, qu’elle détruisait des emplois, qu’elle favorisait le vol d’innovations et de technologies, en particulier par l’Allemagne.
Actuellement, aux États-Unis, la Chine est tenue pour responsable d’une grande partie de ce qui a mal tourné dans le pays lui-même, notamment sur le plan économique. Cette idée selon laquelle les difficultés internes peuvent être imputées à d’autres pays, précisément parce que les économies sont devenues au fil du temps plus intégrées et plus interdépendantes, constitue l’un des parallèles les plus marquants entre cette époque et aujourd’hui.
Vous expliquez comment la montée en puissance militaire de la Chine est récente mais très rapide. Or, la dernière guerre menée par Pékin remonte au conflit contre le Vietnam en 1979… Les Chinois sont-ils vraiment prêts pour un affrontement de grande ampleur ?
On retrouvait exactement le même type de conviction implicite au tournant du XXe siècle : beaucoup, en Europe, soulignaient alors que l’Allemagne n’avait pas fait la guerre depuis plus de quarante ans, ce qui renforçait l’idée qu’elle n’en avait tout simplement pas besoin. Pourtant, l’Allemagne n’avait pas atteint la plupart des objectifs qu’elle s’était fixés. Jusqu’alors, cela avait été une puissance très violente, poursuivant des ambitions très claires, un peu comme les communistes chinois l’ont eux-mêmes été. Ils ont été un mouvement extrêmement violent, prêt à recourir à la force à l’intérieur du pays comme au-delà de ses frontières, jusqu’à l’établissement de la Chine sous sa forme actuelle, qui découle réellement de la période des réformes amorcée dans les années 1980.
Il existe donc des similitudes. Je mettrais particulièrement en garde contre l’idée selon laquelle, parce que la Chine de 2026, comme l’Allemagne à l’époque, n’a pas activement participé à des guerres depuis très longtemps, elle ne serait pas prête à en mener une. La modernisation militaire qu’a connue la Chine au cours de la dernière génération et demie a été véritablement impressionnante.
Selon vous, « maintenir Poutine au pouvoir et rendre la Russie plus dépendante de la Chine » est une stratégie rationnelle du point de vue de Xi. « Plus la Russie s’affaiblit dans une guerre d’usure (en Ukraine), plus la Chine peut atteindre ses objectifs économiques vis-à -vis d’elle ». Vladimir Poutine n’est-il finalement devenu qu’un pion dans la stratégie du président chinois ?
Poutine a placé son pays dans une position délicate. Ce qu’il a fait vis-à -vis de l’Ukraine a rendu la Russie extraordinairement dépendante de la Chine, une situation plutôt inhabituelle pour une grande puissance. Cela s’est produit pour deux raisons.
L’histoire a montré que l’humanité est capable de prendre conscience des catastrophes possibles, puis de changer de trajectoire
D’abord, une raison structurelle : la Chine est une grande puissance qui a connu une croissance rapide, tandis que la Russie — dans presque tous les domaines, à l’exception peut-être de son arsenal nucléaire et des revenus tirés de ses exportations de pétrole et de gaz — est une puissance en fort déclin. Ensuite, il y a eu la décision d’envahir l’Ukraine, ce qui a complètement aliéné la Russie de presque tout le reste du monde, du moins de tous ceux avec lesquels elle pouvait entretenir des relations économiques et technologiques significatives. Il était donc presque inévitable que la Russie devienne fortement dépendante de la Chine. Et, évidemment, les dirigeants chinois savourent la domination qu’ils exercent désormais sur Moscou. Jusqu’à quel point ils en tireront finalement profit est une autre question.
Là encore, vous établissez une comparaison avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie avant la Première Guerre mondiale.
L’Autriche-Hongrie apparaissait comme un atout stratégique redoutable dans son alliance avec l’Allemagne, mais Berlin négligeait souvent le fait que son voisin austro-hongrois entretenait des différends et des tensions avec presque tous ses voisins, un peu comme la Russie de nos jours. Ils ont pu ignorer ces problèmes jusqu’au moment où l’un de ces différends régionaux impliquant le partenaire le plus faible a finalement contribué à une catastrophe mondiale en 1914.
Mais ce n’est pas ainsi que les dirigeants chinois voient actuellement la situation. Ils ont un objectif : obtenir un accès privilégié aux ressources et aux matières premières russes. Avec, en toile de fond, l’idée qu’avoir à sa frontière un allié de grande taille doté de l’arme nucléaire puisse également renforcer la capacité de dissuasion chinoise face aux autres puissances, même si les dirigeants chinois ont été très choqués par la faiblesse des performances de l’armée russe en Ukraine, au point que cette perception commence désormais à s’effriter.
« La plus grande opportunité pour l’impérialisme russe de Poutine réside bien sûr dans la perspective d’un retrait des États-Unis de l’OTAN. (…) Un retrait américain ouvrirait des perspectives de conflit inédites depuis 1945 », alertez-vous.
Si les États-Unis décidaient de se désengager des obligations prévues par l’article 5 du traité de l’Otan, cela représenterait une immense tentation pour les dirigeants russes actuels. Ils pourraient être poussés à exercer des pressions ciblées sur certains pays européens afin d’obtenir davantage de ce que la Russie cherchait depuis le départ : une position dominante dans son propre espace frontalier, s’étendant dans les parties orientales de ce qui constitue aujourd’hui l’Otan. Je n’ai donc aucun doute là -dessus.
Cela signifie que l’Europe doit être capable d’assumer davantage la responsabilité de sa propre défense que ce n’a été le cas jusqu’à présent. J’ai terminé ce livre il y a plus de neuf mois, et il me semble aujourd’hui qu’il existe bien davantage de chances que les États-Unis se retirent effectivement de cette relation que je ne l’imaginais alors. Et cela devrait, selon moi, avoir un impact majeur sur les débats stratégiques en Europe.
Votre livre montre que le Moyen-Orient reste une région particulièrement instable. Où se situe le plus grand danger susceptible de dégénérer en conflit mondial ?
Cette vieille idée selon laquelle ce qui se passe au Moyen-Orient reste cantonné au Moyen-Orient a désormais disparu. Et l’attaque américaine contre l’Iran le montre de multiples façons. Mais ce qui m’inquiète le plus en ce moment, c’est le blocus naval américain des ports iraniens dans le détroit d’Ormuz (NDLR : en réponse au blocage iranien), tout en sachant parfaitement l’importance cruciale de cette voie maritime pour l’approvisionnement énergétique de la Chine, ou même de l’Inde d’ailleurs, puisque leurs importations transitent massivement par le détroit d’Ormuz en provenance de différents producteurs. Cela établit pleinement la portée internationale et mondiale de cette situation, ainsi que la profonde disposition des Américains à prendre des risques concernant ce que d’autres considèrent comme essentiel à leur propre sécurité. Cela m’inquiète énormément, parce que ce sont précisément le genre de situations qui conduisent à des conflits plus aigus, pas seulement des conflits liés aux tensions structurelles, aux peurs ou aux ressentiments, mais des conflits très concrets, dans des termes extrêmement pratiques.
Vous estimez encore possible d’éviter une guerre entre grandes puissances, et cela passe selon vous par la dissuasion, la diplomatie et la coopération internationale. Y croyez-vous vraiment, au vu de l’état actuel du multilatéralisme ?
L’histoire a montré, à maintes reprises, que l’humanité est capable de prendre conscience des catastrophes possibles, puis de changer de trajectoire et d’adopter une voie plus stable, au prix de compromis limités. Je ne prétends pas que des compromis soient possibles sur tous les sujets. Mais il existe suffisamment de marges de compromis pour éviter de poursuivre cette voie qui semble nous conduire vers une forme de désastre.
Nous devons agir dès maintenant. Car si le monde continue quelques années encore sur la trajectoire actuelle, alors le risque d’une guerre entre grandes puissances deviendra dangereusement élevé.
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Author : Laurent Berbon
Publish date : 2026-05-19 16:00:00
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