Longtemps, Keir Starmer s’est appliqué à ne pas rouvrir frontalement la plaie du Brexit. Mais les tentatives de son gouvernement pour réarrimer discrètement le Royaume-Uni à l’Union européenne sont de plus en plus affirmées. Selon des révélations du Guardian, Londres a récemment proposé à Bruxelles la création d’un « marché unique des biens », présenté comme la pierre angulaire d’un rapprochement commercial avec Bruxelles. L’idée aurait été défendue lors de discussions à Bruxelles par Michael Ellam, haut responsable britannique chargé des relations avec l’UE.
Objectif : fluidifier les échanges et « approfondir les liens économiques du Royaume-Uni avec l’Union européenne ». Mais selon plusieurs sources citées par le quotidien britannique, les responsables européens auraient opposé une fin de non-recevoir à cette proposition, privilégiant plutôt des options plus classiques : union douanière ou rapprochement via l’Espace économique européen. Des pistes largement incompatibles avec les lignes rouges fixées par le premier ministre travailliste lui-même.
En effet, le chef du Labour avait martelé pendant la campagne de 2024 que le Royaume-Uni ne réintégrerait « ni l’Union européenne, ni le marché unique, ni l’union douanière » de son vivant. Quant à l’Espace économique européen, il impliquerait notamment la libre circulation des personnes, autre sujet explosif pour le Labour. Ce paradoxe illustre toute l’ambiguïté de la stratégie britannique actuelle : tenter de renouer économiquement avec l’Europe sans donner l’impression d’un retour en arrière politique. Une position d’autant plus délicate qu’elle se heurte à une réalité économique de plus en plus difficile à ignorer : selon le groupe de réflexion UK in a Changing Europe, le Brexit coûterait désormais entre 6 % et 8 % de croissance du PIB britannique.
La peur de Bruxelles d’un modèle trop avantageux
Pour Bruxelles, toutefois, la situation reste politiquement périlleuse. L’Union européenne cherche à améliorer ses relations avec Londres, notamment sur la défense, l’énergie ou les échanges commerciaux. Les deux parties espèrent d’ailleurs conclure prochainement plusieurs accords sectoriels, notamment sur les produits vétérinaires, les quotas carbone ou la mobilité des jeunes. Mais les Européens redoutent qu’un accord trop avantageux avec le Royaume-Uni ne serve de modèle aux partis eurosceptiques du continent, notamment à l’approche de l’élection présidentielle française de 2027.
De l’autre côté de la Manche, cette main tendue vers l’Union européenne survient dans un paysage politique ardu pour le locataire du 10 Downing Street, après les revers essuyés par les travaillistes lors des élections locales de mai dernier. « La crise est d’autant plus visible au Royaume-Uni post-Brexit, qui avec cinq chefs de gouvernement en six ans change aussi souvent de Premier ministre que Chelsea d’entraîneur. Il ne reste que Larry, le chat de Downing Street, pour assurer un semblant de stabilité », ironisait The Economist, repris par Courrier international.
Dans ce contexte, les interrogations sur l’utilité du Brexit ressurgissent ouvertement dans le débat public britannique. L’ancien ministre de la Santé Wes Streeting, qui a récemment quitté le gouvernement, a ainsi affirmé ce week-end que quitter l’Union européenne avait été « une erreur catastrophique ». Mercredi 20 mai, c’est l’ex-directeur du Financial Times, Lionel Barber, qui déclarait dans Le Soir : « Le Brexit a vidé le Royaume-Uni de son énergie ». D’autant l’opinion publique évolue, elle aussi. D’après un sondage YouGov, publié en avril 2026, 55 % des Britanniques se disent désormais favorables à une réintégration de l’UE. Dix ans après la sortie du Royaume-Uni, le débat que Londres voulait refermer semble loin d’être totalement soldé.
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Author : Audrey Parmentier
Publish date : 2026-05-23 09:59:00
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