Et soudain, la salle s’emballa. Ce 30 mai, Gabriel Attal fait lever les 4 000 spectateurs du parc des expositions de la Porte de Versailles à la fin de son premier meeting de candidat. Ce ne sont pas ses quatre « chantiers capitaux » qui enflamment l’auditoire, mais son attaque contre le Rassemblement national et La France insoumise. « Mes adversaires, ce sont les marchands de haine, les apôtres du déclin et les artisans de la nostalgie. Ce sont LFI et le RN qui veulent briser le pays », lance le secrétaire général de Renaissance. Succès garanti. Mais aussitôt, l’ancien Premier ministre met en garde : « Ce qu’il faut, plutôt qu’un barrage, c’est submerger La France insoumise et le Rassemblement national, les submerger sous les voix de Français qui se seront mis à espérer pour leur pays. »
Voilà l’équation posée au bloc central, à moins d’un an de l’élection présidentielle. La crainte d’un duel entre Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella (ou Marine Le Pen) au second tour cimente l’électorat modéré – socle d’Emmanuel Macron en 2017 et 2022. Cette peur est une chance pour un camp usé par l’exercice du pouvoir. Elle risque pourtant de ne pas suffire en 2027. « Pour réussir à battre le RN, il faut un élan autour de vous et être capable de rassembler. On n’est pas élu en faisant rempart », note un prétendant élyséen. Gare à ne pas être le simple réceptacle d’un vote éliminatoire.
« Ne pas devenir le parti de l’appareil d’Etat »
Cet élan est délicat à susciter. Le RN et LFI, vierges de tout exercice du pouvoir, incarnent une promesse d’alternance. Cette dernière est d’autant plus forte qu’assise sur une radicalité idéologique revendiquée. Le bloc central n’a pas la même latitude politique. « On ne doit pas devenir le parti de l’appareil d’Etat, notait cet automne un ministre Renaissance. Quand vous êtes au pouvoir depuis longtemps, vous avez tendance à internaliser beaucoup de contraintes. Dans l’opposition totale comme le RN, vous êtes plus libre. »
Une victoire sans éclat du bloc central rendrait très difficile l’obtention d’une majorité à l’Assemblée nationale lors des législatives anticipées qui devraient suivre l’élection présidentielle. En 1988, François Mitterrand n’avait obtenu qu’une majorité relative après sa campagne victorieuse fondée sur le « ni-ni » : Ni privatisations, ni nationalisations. Quatre décennies plus tard, la tripartition de la vie politique est devenue structurelle. Des circonscriptions sont la chasse gardée de chaque camp. Seul un élan est de nature à contrecarrer cette fragmentation.
Gabriel Attal promet « action et espoir »
Ainsi Gabriel Attal a promis « l’action et l’espoir » lors de son meeting, posant quelques jalons programmatiques. Edouard Philippe s’est engagé à « redonner à la France sa puissance, sa prospérité et sa liberté », lors d’une réunion à Reims, le 11 mai. Mais aucun des deux n’a encore dessiné un projet de société pouvant embarquer les Français. « La force d’agir », slogan de Gabriel Attal, signe davantage un tempérament qu’une vision. Edouard Philippe annonce un « projet massif » aux contours encore flous. « Une campagne présidentielle repose sur un projet de société qu’on veut porter, note une ministre. Quelle est la vision de la société française, et où est-ce qu’on veut engager le pays et les Français ? Macron 2017, c’est cela, un narratif global et pas un catalogue de propositions. »
Les prétendants élyséens mesurent l’importance de ne pas être qu’un « barrage ». Ils insisteront sur leur singularité lors de la course. Cette « qualité » sera pourtant omniprésente dans la campagne présidentielle. Les appels à une candidature commune de la droite et du centre sont guidés par l’unique objectif d’éviter un duel entre le RN et LFI. Les sondages de second tour sont disséqués pour savoir qui est en mesure de vaincre l’extrême droite. Porter un idéal comme fournir une promesse de victoire : voilà deux conditions indispensables pour vaincre en 2027.
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Author : Paul Chaulet
Publish date : 2026-06-01 16:48:00
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