« L’absentéisme a atteint un nouveau niveau structurel. En dix ans, nous avons vu le phénomène changer de nature », constate Eric Vaudaine, directeur général délégué de Malakoff Humanis, à la suite de la publication de la 10e édition du baromètre sur l’absentéisme dans le secteur privé, publiée le 9 juin par cet organisme de protection sociale paritaire et mutualiste. Cette étude – destinée « à faire prendre conscience aux pouvoirs publics, aux entreprises et bien sûr aux salariés qui sont les premiers concernés de l’absentéisme installé à un haut niveau » – a analysé notamment les données des déclarations sociales nominatives (DSN) de 3,8 millions de salariés anonymisés, ainsi que l’indemnisation médicale de 321 309 arrêts de plus de 30 jours sur 2020-2025.
Absentéisme plus fréquent et plus long, disparités générationnelles, nouveaux profils et montée des troubles de la santé mentale comme motif d’arrêt : tour d’horizon des enseignements de ce baromètre.
L’absentéisme, d’abord, qui s’établit à un « taux record » de 4,3 % en 2025, a progressé de 3,3 % par rapport à 2024 et de 25,5 % par rapport à 2019, période avant-Covid. « Sur 100 jours calendaires de travail, on dénombre 4,3 jours d’arrêts », détaille le représentant de Malakoff Humanis. Cela semble peu… Sauf que rapportés à l’ensemble de la cohorte, ces chiffres représentent 1,76 million d’arrêts, 1,04 million de salariés concernés et 30,6 % de travailleurs ayant connu au moins un arrêt au cours de l’année.
Une « bascule » en milieu de carrière
« Ce qui pèse le plus lourd, ce sont les arrêts longs de plus de 60 jours, en progression de 4,9 % sur un an et qui tirent l’absentéisme vers le haut », explique Eric Vaudaine. Ce phénomène touche avant tout les salariés de plus de 55 ans : leur taux d’absentéisme est deux fois supérieur à celui des moins de 30 ans, et 74 % de leurs absences correspondent à des arrêts de plus de 60 jours. Ce dernier point ne surprend guère le dirigeant, dans la mesure où la part des salariés âgés dans la population active augmente et qu’elle subit des pathologies liées à son vieillissement.
Toutefois, l’étude met en évidence des logiques inverses : les seniors sont moins souvent arrêtés (44 arrêts pour 100 salariés contre 52 arrêts pour les moins de 35 ans) mais pour des durées plus longues (39,7 jours en moyenne contre 10,2 jours pour les jeunes). La bascule de l’absentéisme « s’opère en milieu de carrière, autour de 40 ans, la santé se fragilisant avec l’âge », note l’étude.
Si le baromètre fait état d’une progression de l’absentéisme dans toutes les tranches d’âge entre 2019 et 2025, cette hausse n’est pas de même ampleur partout : elle s’établit à 19 % chez les 55 ans, contre 32 % chez les 25-34 ans. Pour ces derniers, un premier motif d’absence en cache souvent d’autres, un « polyabsentéisme » qui doit être un signal d’alarme, selon Malakoff Humanis : 21 % des moins de 30 ans ont été arrêtés deux fois en 2025 et 17,5 % trois fois ou plus, « un niveau qui dépasse celui de toutes les autres tranches d’âge ». « On observe une fragilité dans l’entrée dans le monde du travail, liée au contexte macro-économique mais également aux modalités de la vie professionnelle, avec une hybridation du travail. Ce n’est pas simple pour les jeunes de trouver du collectif en télétravail », avance Eric Vaudaine. Des « facteurs » qui « se cumulent et s’alimentent mutuellement », précise l’étude.
Le dirigeant pointe également un nouveau signal concernant les cadres. Si le taux d’absentéisme de ces derniers reste deux fois moins élevé que celui des non-cadres, il a progressé de 35,2 % depuis 2019. La durée moyenne des arrêts maladie des cadres est passée de 16,4 jours en 2019 à 20,2 jours en 2025, soit une hausse de 23 %. Les jeunes cadres sont particulièrement touchés, les arrêts chez les 25-34 ans étant en hausse d’environ 10 %. Quant aux managers, 53 % ont eu au moins un arrêt en 2025.
La santé mentale, première cause des arrêts longs
La santé mentale, déclarée pour la deuxième année consécutive « Grande cause nationale » par le gouvernement, est bien la pathologie à suivre : on la retrouve au premier rang des arrêts longs (plus de 30 jours) dans le baromètre 2025, avec 37,8 % des cas (contre 30,3 % en 2020) et une surreprésentation des femmes, devant les troubles musculosquelettiques (TMS) et la traumatologie (respectivement 21,6 % et 15,1 %).
Une tendance inquiétante relevée également dans le 16e baromètre Ipsos BVA pour le cabinet Empreinte Humaine, publié le 2 juin : 50 % des salariés présentent des signes de détresse psychologique. Le risque de burn-out concerne 32 % des employés, à un niveau sévère pour 11 % d’entre eux. « La santé mentale révèle un mal-être mais qui n’est pas forcément professionnel. Les personnes aidantes, par exemple, ont une charge mentale très importante », nuance Eric Vaudaine.
Comprendre et prévenir les arrêts, contrôler leur bien-fondé et accompagner le retour au travail, en particulier par le temps partiel thérapeutique, font partie des préconisations de Malakoff Humanis, pour que l’absentéisme ne batte pas de nouveaux records.
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Author : Claire Padych
Publish date : 2026-06-09 07:23:00
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