Ceux qui lui rendent visite connaissent son modus operandi. Ils prennent place face à lui tandis que Nicolas Sarkozy passe en revue les différentes personnalités politiques en vue, à qui il taille généralement un costume ajusté. Récemment, Eric Ciotti, Marine Le Pen, les représentants du bloc central et ceux du gouvernement ont senti leurs oreilles siffler. Une personne a été épargnée. Un certain Jordan Bardella, à propos duquel l’ancien président n’a eu à confier que des amabilités. Cela fait plusieurs mois que Nicolas Sarkozy et le potentiel candidat à la présidentielle filent le parfait amour. Depuis que Jordan Bardella lui a tressé des louanges dans son premier ouvrage et multiplié les signes d’admiration à l’égard de l’ancien chef d’Etat, qui s’y est montré très sensible. Les deux hommes ont déjeuné ensemble début mars. Depuis, Jordan Bardella l’assure : « Nos relations sont très cordiales. »
La sincérité de son admiration ne fait aucun doute. Mais se placer sous le patronage de l’ancien président de la République est surtout une façon, pour le candidat putatif, d’adresser un signal aux anciens électeurs sarkozystes. Voilà de longs mois que l’eurodéputé s’est donné une mission : attirer à lui les électeurs orphelins de la droite, anciens aficionados de l’UMP et des Républicains, pour leur offrir une nouvelle demeure. Sociologie manquante, selon lui, pour atteindre la majorité. « J’ai toujours considéré que la clé se trouvait dans l’électorat raisonnable, assure-t-il en privé. D’où l’évolution de notre stratégie, le rapport décomplexé à l’électorat de centre droit, l’évolution de notre doctrine économique. » Le député européen a lu les sondages : dans l’enquête Harris interactive datée du 29 mai, on lit qu’en cas de second tour « Bardella-Philippe », 37 % des électeurs qui auraient voté Bruno Retailleau au premier tour seraient prêts à glisser un bulletin RN dans l’urne, contre 47 % pour l’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron.
Marine Le Pen ne fait pas beaucoup d’effort
La tâche est ardue, Jordan Bardella marche sur un fil : draguer les électeurs des Républicains sans réhabiliter leur ancien parti. Hors de question, donc, d’évoquer un accord d’appareil. « Jean-Luc Mélenchon a fait l’erreur de ressusciter le PS en 2022 avec la Nupes, il ne faut surtout pas qu’on fasse ça avec LR », prévient un de ses conseillers. Il faut bien pourtant brandir quelques totems. Montrer que le RN a évolué, qu’il attire aujourd’hui les cadres de la droite. La preuve : le ralliement d’Eric Ciotti au moment des législatives de 2024. Mais qui d’autre depuis ? « Nous avons une VP du conseil départemental LR ! » se débat difficilement Bardella au micro de LCI, fin mai. La pêche est plus que maigre. Les appels du pied frontistes n’ont pas fonctionné et la vague de ralliement n’a jamais eu lieu.
Marine Le Pen, elle, ne fait pas beaucoup d’effort. Contrairement à son poulain, elle refuse d’accoler au RN l’étiquette d’un parti « de droite » et continue de croire qu’il faut attirer à eux des électeurs venus de la droite comme de la gauche. Elle ne traite pas non plus avec un défèrement particulier les représentants de la droite susceptibles de rallier le RN à l’aune de la présidentielle ou dans un entre-deux tour décisif. À un cadre qui lui avait écrit par sollicitude après le décès de son père, elle s’était contentée d’une réponse sobre, qui n’engageait pas à la poursuite de la discussion.
Mépriser LR pour mieux les enterrer
Pris entre deux eaux, Jordan Bardella se doit aussi d’afficher un certain mépris pour LR, dont il espère devenir le fossoyeur, et pour ses principaux cadres, coupables selon lui de représenter un parti moribond ou compromis avec le macronisme. « Si la question est de savoir si demain on va travailler avec Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Jean-François Copé ou Gérard Larcher, la réponse est non. (…) mais il y a beaucoup de gens au sein de LR qui sont tiraillés (…). Il y a beaucoup de gens, de conseillers municipaux, d’élus locaux, qui travaillent avec nous qui ne sont pas moins méritants que les vieux pantouflards LR qui siègent au Sénat depuis des années. »
C’est aussi une affaire d’arbitrage. Pour beaucoup, au RN, le caractère radioactif d’anciens cadres de la droite, trop associés au « vieux monde », l’emporterait sur le symbole positif d’éventuels ralliements. Dans le cercle de Jordan Bardella, on milite même pour instaurer une deadline : « Pour tout cadre venu de la droite qui souhaiterait nous rejoindre, il faut les prévenir : c’est maintenant ou jamais, revendique un proche. Pas question de se taper des ralliements de la dernière heure, les opportunistes de la dernière ligne droite. » Il reste 11 mois avant la dernière ligne droite.
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Author : Marylou Magal
Publish date : 2026-06-10 05:30:00
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