Nous ne ferons pas ici de critique littéraire, nous n’entrerons pas dans les querelles idéologiques et nous reviendrons encore moins sur les bisbilles privées franchement inintéressantes opposant Boualem Sansal à son ancien éditeur historique, Gallimard. Nous nous en tiendrons aux chiffres, rien qu’aux chiffres. Avec un plan promotionnel et une visibilité publicitaire exceptionnels, La Légende (Grasset) devait tout casser. A l’arrivée, le récit de captivité du dernier académicien élu Quai Conti prend la tête de notre classement des essais avec 17 000 exemplaires vendus la première semaine. C’est beaucoup dans l’absolu, mais très peu quand on met La Légende en parallèle avec des titres comparables.
Lors des sept premiers jours d’exploitation, Philippe de Villiers, Gisèle Pelicot et Nicolas Sarkozy avaient ainsi vendu respectivement 37 000, 63 000 et 98 000 exemplaires de Populicide, Et la joie de vivre et du Journal d’un prisonnier – Sansal fait donc près de six fois moins bien que Sarkozy. Sans se prendre pour Nostradamus, on peut avancer que les ventes de La Légende vont baisser dès ces jours-ci, et que le livre-événement de cette fin de printemps arrivera à un résultat final d’environ 50 000 exemplaires. Avec un socle de 10 000 lecteurs fidèles, un positionnement clivant et un texte jugé plutôt décevant, c’est déjà une belle performance. Hélas, au vu de l’à -valoir de 1 million d’euros offert par Hachette, c’est trop peu.
Lors de son passage à la matinale de France Inter, Boualem Sansal avait confirmé l’information selon laquelle la maison Gallimard ne lui avait proposé « que » 100 000 euros d’avance. Preuve est faite qu’Antoine Gallimard a le compas dans l’œil : c’était un contrat juste, à la fois généreux et raisonnable, conforme à la réalité d’un marché toujours plus en berne. Les ennemis de Sansal ne manqueront pas de se moquer de son démarrage poussif, seulement rira bien qui rira le dernier : il n’est rassurant pour personne que même un livre aussi mis en avant que La Légende ne parvienne pas à s’écouler autant qu’espéré…
A part le Boualem Sansal, l’autre essai ayant marqué la semaine est l’encyclique du pape Léon XIV, Magnifique humanité (coédition Bayard/Le Cerf/Mame). Bien que sa volonté conservatrice de « désarmer l’IA » soit battue en brèche par certains spécialistes, ses thèses plaisent à un large lectorat. Du côté des romans, la tendance est au statu quo depuis déjà plusieurs semaines – ce qui devrait se prolonger jusqu’au début de la rentrée littéraire mi-août. La seule entrée importante à signaler est celle de Pauline Peyrade, récente lauréate du prix du Livre Inter, 13e avec Les Habitantes (Minuit). Grâce au coup de boost apporté par cette distinction très prescriptrice, elle a dépassé les 10 000 exemplaires. Juste derrière elle, notons à la 14e place la présence de Romain Lemire, qui a lui aussi franchi la barre des 10 000 exemplaires avec Clément (Le Cherche Midi), prix Goncourt du premier roman. Deux preuves que les carottes ne sont pas encore cuites en librairie.
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Author : Louis-Henri de La Rochefoucauld
Publish date : 2026-06-12 14:43:00
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