Ursula von der Leyen sait se faire détester. Comme ce jour où, en 2024, la présidente de la Commission européenne rêvait d’une CIA version européenne à son service. Un rapport, commandé à l’ancien président finlandais Sauli Niinistö, n’aboutissait-il pas à cette recommandation ? La patronne de l’exécutif européen en était convaincue : l’Europe devait se doter de sa propre agence pour combattre les menaces, les saboteurs ou les agents étrangers. Sauf que les espions, l’Europe en compte déjà beaucoup. Mais chacun au service de leur pays. Et la mutualisation en matière de renseignement peut s’avérer délicate.
Pour comprendre la levée de boucliers suscitée par la proposition bruxelloise, il faut revenir à la définition du renseignement. « Il s’agit d’extraction d’informations par des sources généralement clandestines, qui nécessitent un haut niveau de protection et de cloisonnement. Une agence européenne entraînerait trop de risques de dispersion et de fuites : on ne peut pas traiter une source à 27 ! », confie un ancien de la DGSE.
Exit donc la CIA version européenne. Les agences nationales de renseignement, très chatouilleuses en termes de susceptibilité nationale, seraient-elles condamnées au conservatisme ? L’histoire récente dit l’inverse, comme en témoignent l’incroyable vitalité et le sens de l’adaptation de ces nids d’espions. En 2022, lorsque la Russie déclenche la guerre en Ukraine, beaucoup de services de renseignements ont pourtant été pris au dépourvu.
Depuis, l’Ukraine est à feu et à sang et l’Europe assiste au grand retour des espions. A commencer par celui des agents russes, prêts à conduire « toutes les actions qui peuvent conduire à un affaiblissement, soit de nos autorités politiques, soit de la cohésion nationale, suivant la tradition soviétique des ‘mesures actives’ mises en œuvre pendant la guerre froide », alerte la chercheuse Céline Marangé, auteure de La guerre d’Europe a commencé (Les Arènes). Conscientes de l’activisme démultiplié des services russes, aux formes de plus en plus hybrides, les agences se sont transformées en un temps record pour répondre à la nouvelle donne.
La France n’a pas à rougir des contre-mesures mises en place pour lutter dans la guerre informationnelle ou face aux opérations de sabotage. Surtout, les capitales européennes n’ont pas attendu qu’Ursula von der Leyen brandisse son projet de CIA européenne pour coopérer : un travail qui vise non pas la collecte mais plutôt le partage des renseignements. Une nouvelle étape pourrait être franchie avec la promulgation d’une « stratégie européenne de sécurité ». Ce texte devrait inclure un renforcement des moyens de l’Intcen, unité européenne dédiée à l’analyse de renseignements. Un travail de l’ombre aussi fastidieux qu’indispensable : « L’espionnage n’est pas une partie de plaisir », écrivait John Le Carré…
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Publish date : 2026-08-01 10:00:00
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