Ce pays n’a pas seulement 60 millions de sélectionneurs, il a aussi 60 millions d’électeurs (ou presque). On savait le vivier de joueurs français talentueux pléthorique, on découvre une pépinière de candidats à l’élection présidentielle tout aussi fourni. Les prétendants sont même assez nombreux pour coucher sur tableau noir deux équipes de onze joueurs : d’un côté, les titulaires, déjà déclarés, expérimentés ou certains de jouer la compétition ; de l’autre, les remplaçants, qui attendent une fenêtre de tir, 500 signatures… ou davantage de reconnaissance. Qui a le coffre pour presser encore un an ? Qui mord la ligne au risque de la franchir ? Qui a assez d’espace pour s’exprimer ? Qui peut trouver l’intervalle pour aller au bout ?
Équipe titulaire
Un savant mélange de tauliers expérimentés – pas moins de quatre joueurs participent à leur quatrième grande compétition – et de nouveaux venus certains de pouvoir rebattre les cartes du championnat national. Les ailiers écartent le jeu à l’extrême, les milieux peinent à se positionner et la défense centrale a, pour l’heure, tout d’une charnière gagnante ; mais ce qui compte, ce n’est pas le tableau noir, mais l’animation. Et de l’animation, il y en aura durant l’année qui vient…
Nathalie Arthaud – Gardienne
2027 sera sans doute sa lutte finale, après trois élections présidentielles à défendre les Reds de Lutte Ouvrière. Dans les cages, l’expérience, ça compte. Depuis 2012, Nathalie Arthaud est la gardienne des idéaux trotskistes : tous les cinq ans, elle sort dans les pieds des capitalistes de tout poil pour leur exproprier l’intégralité de leurs actions de but. Côté idées, elle ne prend pas de gants ; son mantra : tout arrêter. Arrêter la propriété privée des moyens de production, arrêter les banques privées, arrêter les licenciements, arrêter les frontières… Plus Lev Yachine que Manuel Neuer, on est ici sur un portier à l’ancienne : Arthaud ne dégage les ballons qu’au poing levé et ne sort jamais de sa petite surface, soit 1 % des voix.
Fabien Roussel – Arrière gauche
L’arrière gauche préféré de tout le flanc droit de la politique française. Il faut dire que celui que l’on appelle le colonel Fabien prend soin de ne pas trop déborder sur son couloir gauche, aime à jouer son rôle de conservateur et préfère miser sur l’ordre et la sécurité, ce qui ne manque pas de diviser au sein du club à la faucille et au marteau. Roussel tente par tous les moyens de redonner des couleurs (rouges) à son équipe, jadis régulièrement sur le podium du championnat et, depuis, reléguée dans les méandres des divisions inférieures. PCF, Girondins de Bordeaux, on n’a pas le même maillot, mais on a les mêmes combats. Il faut dire qu’avec Jean-Luc Mélenchon positionné largement devant lui et avec lequel il refuse catégoriquement de combiner, le communiste peine à trouver des espaces pour s’exprimer et attaquer dans la profondeur. Au moins, dans son stade, les merguez et les frites sont bonnes, et ça, ce n’est déjà pas donné à tout le monde.
Marine Le Pen – Libéro & Jordan Bardella – Stoppeur
Il paraît que dans toute défense centrale, il y a un Tintin – un leader – et un Milou – un suiveur. Le RN, lui, a deux Tintin. L’avantage avec Marine Le Pen et Jordan Bardella, financés par le pays des Soviets, c’est que chacun peut suppléer l’autre en cas de pépin et rester en course pour le titre. Forcément : une charnière centrale qui joue depuis des années dans le même club, ce sont des automatismes renforcés à l’extrême. Quoique. Depuis quelques mois, les problèmes de communication se multiplient entre les deux défenseurs de la préférence nationale avec de sérieux problèmes d’alignement. Dernièrement, le jeune stoppeur est monté un peu trop haut sur le sujet des retraites, laissant son libero se dépêtrer sur ce schéma de jeu mal maîtrisé. Le Pen se veut centrale, Bardella, lui, se voit bien jouer plus à droite : le 7 juillet prochain, on saura qui des deux aura le brassard de capitaine. Au foot comme en politique, la gestion des ego est capitale.
Bruno Retailleau – Arrière droit
Lorsqu’on est depuis toujours un authentique défenseur – des valeurs traditionnelles et des bonnes manières – et que l’on veut se montrer offensif, le tout est d’avoir de l’espace. Malheureusement pour lui, Bruno Retailleau n’en a que trop peu. Dans la conservation, il est dépassé sur l’aile droite par Éric Zemmour qui mordra toujours la ligne plus que lui. Derrière, pour défendre contre les vagues étrangères, il est couvert par la paire Le Pen – Bardella, figures d’un club bien plus en vogue que le sien. Et dans l’entrejeu, le Vendéen se refuse à combiner avec Édouard Philippe, qui a pour lui trois ans au plus haut niveau gouvernemental et qui rêve de le sortir de la compétition. Difficile, donc, de s’exprimer avec autorité, sur le terrain des idées comme dans son vestiaire, où ses cadres se rebellent contre lui. Une carrière, c’est aussi la conséquence de choix forts : le Vendéen aurait sans doute mieux fait de repiquer une année de plus à l’Intérieur, histoire de profiter bien davantage des droits télévisés.
Nicolas Dupont-Aignan – Milieu récupérateur
Milieu de terrain, milieu de tableau. Nicolas Dupont-Aignan est de ces sentinelles aux jambes longues qui essaient de gratter le moindre ballon pour tenter de se remettre face au jeu. En cela, il est un formidable milieu récupérateur de tous les faits divers, phénomènes de société, raisons de s’indigner. Dernièrement, il s’est illustré en profitant de la mort de la jeune Lyhanna pour proposer un référendum sur le rétablissement de la peine de mort. Mais ce qu’il affectionne par-dessus tout, c’est récupérer l’héritage du Général de Gaulle. Quel joueur n’a aucune idole ? Plutôt esseulé au milieu du terrain politique, il a perdu plusieurs camarades de club ces dernières années, qui ont préféré rompre leur contrat pour voir si l’herbe était plus verte ailleurs. La plupart du temps, pour jouer la Ligue des Champions au Rassemblement national. Alors, pour se redonner de l’élan et repartir de derrière, il aime redescendre d’un cran et se positionner entre ses deux défenseurs centraux, Marine Le Pen et Jordan Bardella. Dernièrement, les rumeurs de transferts font état d’un rapprochement avec la Russie : comment être souverain au milieu quand on fait des passes aveugles aux adversaires ?
Raphaël Glucksmann – Milieu gauche
Quelle analyse doit-on tirer de quelqu’un qui se dit « fan du PSG, de l’Ajax Amsterdam, de l’AS Roma, du Borussia Dortmund et de Tottenham, un club par pays, en bon européen » ? Qu’il n’apprécie guère l’Espagne ? Ou alors qu’il est partout à la fois… Et donc à l’arrivée nulle part ? Pourtant, Raphaël Glucksmann tente de forger sa place au milieu d’une gauche non-mélenchoniste pléthorique, après avoir été un libéral assumé et un admirateur de Nicolas Sarkozy. Et pourquoi pas ? Les repositionnements au cours d’une carrière, ça existe, non ? Parfois même, ça marche. Seulement, il peine à s’exprimer pour faire briller son demi-espace politique : manque de vivacité, jeu formaté, nature forcée… Le globe-trotteur doit se libérer pour faire valoir sa hargne. Mais l’été n’est-il pas la période idéale pour élaborer un programme d’entraînement et travailler le foncier ? On ne le dira jamais assez : en politique comme en football, une bonne préparation, c’est essentiel…
Édouard Philippe – Milieu droit
« Muscle ton jeu. Muscle ton jeu, Édouard. Si tu muscles pas ton jeu, fais attention. Je t’assure, tu vas voir. Tu vas avoir des déconvenues, parce que t’es trop gentil », a-t-on pu entendre dans les vestiaires du stade Océane. Ceux qui le voient jouer au Havre le dépeignent en milieu « box-to-box », droit dans ses crampons, capable de se dépasser pour gagner son championnat local. Mais depuis qu’il s’est lancé dans la campagne en 2021, il se cantonne à un rôle de milieu défensif, la plupart du temps dos au jeu, enchaînant les passes molles dans l’horizontalité et les courses à basse intensité. Une sorte de longue, longue, LONGUE préparation physique et mentale d’avant saison. Bref, Édouard Philippe est surtout au milieu du gué. Certains, même dans son club, lui reprochent de ne pas être tout à fait entré dans son match. On attend des appels tranchants, un volume de jeu massif, de quoi faire lever les foules. Oui, le football, c’est du tableau noir, de la rigueur, du sang-froid et des sucres lents, mais c’est aussi du spectacle, bon sang ! Au Normand de démontrer qu’il sait faire du dépassement de fonction – de Premier ministre, bien sûr.
Jean-Luc Mélenchon – Ailier gauche
« Le couloir gauche, c’est moi ! », l’a-t-on déjà entendu tempêter dans les vestiaires quand ses camarades venaient un peu trop empiéter sur ses plates-bandes. Il y a du Gattuso, du Roy Keane, du Abardonado chez l’ailier insoumis, qui ne fait jamais dans la dentelle quand il s’agit de tacler ses concurrents. Ses positionnements, eux aussi, sont hasardeux autant que hargneux : combien de fois a-t-on pensé que ses appels à l’insurrection populaire et au lynchage verbal, ses débordements et dérapages contrôlés, allaient le mettre hors-jeu ? Deux, trois, quatre, cinq, six cartons jaunes ne suffisent pas pour qu’il reçoive un rouge que d’aucuns trouveraient largement mérité. Et pourtant, Jean-Luc Mélenchon passe, si ce n’est un tour, au moins un palier à chaque compétition. L’aîné des candidats au titre, Roger Milla de la politique, a su renouveler ses feintes, ses gris-gris, et séduire de nouvelles fractions du public tout en gardant la même identité de jeu : (se) dépenser sans compter, le « eux contre nous » et une grinta toute sud-américaine. Il veut à tout prix arriver en finale quitte à ce que son pendant de l’autre côté du terrain l’emporte : Jean-Luc Mélenchon ne joue pas pour gagner, mais pour durer.
Éric Zemmour – Ailier droit
Depuis quelques années, une nouvelle catégorie d’ailiers a vu le jour : les « tout droit ». Ils poussent le ballon, foncent à toute berzingue, et voient ce qui se passe. Éric Zemmour fait partie de cette catégorie. Celui qui ne joue qu’une compétition tous les cinq ans sprinte à tribord toute, sans se soucier de sa finesse technique ni des replacements défensifs. A force de déborder sans arrêt à l’ultra-droite, il finit parfois par franchir la ligne, voire à sortir hors les murs du stade républicain. Alors que son binôme en club, Sarah Knafo, a largement gagné en temps de jeu et en exposition médiatique, le président de Reconquête ne compte pas se faire grand remplacé en 2027.
Gabriel Attal – Faux numéro 9
Tu casses les lignes, tu repars. Tu provoques, tu récoltes. Gabriel Attal attaque tous azimuts, Gabriel Attal exerce un pressing de tous les instants, mais Gabriel Attal est avant tout un « homme libre », à croire le titre de son livre. C’est donc tout naturellement que le candidat de Renaissance jouera cette campagne en faux n° 9, libre de ses mouvements, brouillant toutes les pistes. Le jeune offensif a élevé le dézonage au rang d’art : on le trouve tantôt à gauche, tantôt à droite, tantôt à gauche, tantôt à droite… Il n’est pas né, celui qui le sommera de rester à attendre la balle au centre, même s’il se plaît parfois à rester en surface. Certains le voient comme le digne héritier d’Emmanuel Macron : demandez à Camel Meriem, Marvin Martin et Yohan Gourcuff, les nouveaux Zidane détestent qu’on leur mette une telle pression sur les épaules. Et il est peu dire que ça ne leur a pas porté chance.
Équipe remplaçante
Mettez deux personnalités de gauche, si possible sociales-démocrates, dans un vestiaire fermé à double tour, il en ressortira trois candidats à l’élection présidentielle. Voilà pourquoi cette équipe de remplaçants penche assez nettement à bâbord, avec pas moins de quatre joueurs licenciés ou passés au Parti socialiste. Mis à part un ancien Ballon d’or positionné en pointe, ces joueurs restent assez inexpérimentés au très haut niveau et ont encore tout à prouver. On leur souhaite bien du courage, de la chance et du coffre. Il en faudra.
Marine Tondelier – Gardienne
Commençons par un point mode : ce qui différencie les gardiens des autres joueurs sur le pré, c’est qu’ils portent un maillot différent des autres, souvent bariolés, voire d’un goût douteux. Rien que pour cette raison, Marine Tondelier et sa veste verte méritent d’être dans le but de cette équipe de remplaçants. Déjà , parce qu’elle nous rappelle une désagréable soirée de novembre 2009 contre l’équipe d’Irlande. Et puis, soyons sérieux, pourquoi diable devrions-nous fêter la Saint-Patrick en France ? Au-delà d’un sujet textile, la patronne des Écologistes joue à plein de son rôle de gardienne. De la planète, premièrement, et ce n’est pas une mince affaire, même si on peut largement contester ses hasardeuses sorties antinucléaires. Disons que son centre de formation est une vieille école… Mais surtout, en bonne gardienne remplaçante, Marine Tondelier est surtout la gardienne de la bonne ambiance à gauche. À la manière d’un Alphonse Areola jamais à court de playlists pour faire danser le vestiaire, la nordiste fait tout pour défendre une primaire de l’ensemble de la gauche pour que son camp ne se transforme pas en cage de MMA. Ici, elle repart de derrière avec le Parti Socialiste. Là , fait une passe appuyée à Jean-Luc Mélenchon. Et question légitimité, elle n’a pas hésité à sortir trois fois directement dans les pieds de Marine Le Pen à Hénin-Beaumont, sans prendre de gants… ni la victoire. Seulement, les gardiens font souvent de mauvais capitaines et les écologistes de piètres candidats à la présidentielle. Qui c’est les plus forts ? Bien souvent, ce n’est pas les Verts.
Karim Bouamrane – Latéral gauche
Il est le dernier arrivé dans la longue liste des joueurs candidats à la présidentielle. Et, c’est bien connu, vous l’avez peut-être vécu, le dernier choisi dans une équipe va se placer directement au poste d’arrière gauche, là où personne ne veut aller. Le principal fait d’armes de Karim Bouamrane ces derniers mois : avoir de nouveau remporté son championnat municipal à Saint-Ouen et réussi à contenir les dribbles chaloupés de Master Poulet sur son territoire avant de le mettre définitivement hors-jeu. Qui peut en dire autant ? Aile de pigeon, un ; aile de poulet, zéro. Surtout, le leader audonien a connu son heure de gloire durant les JO de Paris en 2024, bénéficiant d’une couverture médiatique internationale, bien aidé par son anglais parfait. Le socialiste, maillot cintré dans le short, objectivement en grande forme, fait partie de ces latéraux modernes qui ne jurent que par l’attaque, surtout quand il peut rentrer vers le centre du jeu, là où il y a déjà embouteillage. Détendu – peut-être un peu trop -, gourmand – peut-être un peu trop -, il est, à force de monter à l’assaut, atteint du syndrome bien connu du « pourquoi pas moi ? ». Mais entre l’échelon municipal et l’échelon national, il y a trois divisions d’écart : à l’instar du Red Star, la Ligue 1 n’est sûrement pas pour cette année.
Bernard Cazeneuve – Défenseur central
Il est le spécialiste du recule-frein et du bottage en touche. Ce n’est pas tout de se forger une belle réputation de joueur solide et élégant à Matignon. Longtemps, Bernard Cazeneuve a attendu qu’on lui offre le ballon tout cuit dans les pieds, qu’on fasse les efforts autour de lui pour venir le trouver, au lieu de se projeter lui-même vers l’avant pour créer le surnombre dans les demi-espaces à gauche. L’heure du sursaut est-elle arrivée ? Cette fois, l’ancien du club socialiste semble déterminé à vouloir défendre avec ardeur la social-démocratie et la République face aux attaques répétées de Jean-Luc Mélenchon et ses coéquipiers. Protéger son camp, c’est bien ; savoir se montrer offensif, c’est mieux. Sans doute faudra-t-il monter encore d’un cran, dans la voix et les propositions, pour avoir une réelle influence sur la compétition. Au moins, le Normand a déjà plié un match : celui du plus beau maillot domicile, avec un costume toujours impeccable et une pochette du plus bel effet. Eh oui, en foot comme en politique, le style, ça compte.
Jérôme Guedj – Défenseur central
Chaque liste a ses invités surprises. 2006 avait Pascal Chimbonda. 2010, Marc Planus. 2014, Morgan Schneiderlin. 2018, Steven Nzonzi. 2027 aura, peut-être, Jérôme Guedj. Alors oui, on ne promet pas un immense temps de jeu à celui qui est longtemps resté en arrière-plan du club socialiste. Et, oui, le joueur formé dans ce formidable vivier de talents qu’est l’Ile-de-France – sous l’aile protectrice et éducatrice de son nouvel adversaire juré, Jean-Luc Mélenchon – fait quelque peu doublon avec son ancien coéquipier du PS Bernard Cazeneuve, au CV plus ronflant. Seulement, il a eu le mérite de se déclarer avant lui. Prime à l’audace. Défenseur invétéré de l’universalisme et de la laïcité, Jérôme Guedj a dû faire face aux attaques immondes d’un public antisémite qui pullule sur les réseaux sociaux, voire sur le terrain politique. De quoi avoir le cuir tanné pour affronter une campagne pour laquelle, au bout du bout, il n’est pas certain de se qualifier.
Xavier Bertrand – Latéral droit
« Au Nord, c’était un champion. Sa terre, c’était le charbon. Son zèle, c’était l’élection. Pas faite, la qualification… » Pardon, monsieur Bachelet. Xavier Bertrand en a ras la casquette d’être remplaçant. Remplaçant pour la présidentielle, remplaçant pour Matignon… Mais cette année, au lieu de faire l’essuie-glace entre les caméras de télévisions et les micros de radios, ce droitier besogneux, capable de faire quelques incursions à gauche, a décidé de rester en retrait. De la jouer défensive. Ni débordements, ni attaques agressives. Pavard 2018, Bertrand 2026 : même région, même combat. Le nordiste mise tout sur son travail de l’ombre et ses statistiques personnelles – si la politique était un sport de statistiques, ça se saurait…-, espérant devenir une évidence sur le flanc droit si ses concurrents se prennent les pieds dans le tapis. Sur les sites de paris, sa cote est énorme, peu ont misé sur lui. Mais si cette année le RC Lens et le LOSC ont surperformé, pourquoi Saint-Quentin, avec son petit budget, ne pourrait-il pas créer la surprise ?
Florian Philippot – Milieu relayeur
Quand on est le porteur d’eau d’un leader naturel, il est bien difficile de claquer la porte du club qui vous a fait briller pour tenter de devenir soi-même la star de son équipe. Florian Philippot a tenté sa chance en cessant de faire des passes décisives à Marine Le Pen. Florian Philippot a été relégué en division d’honneur. Depuis, sur d’obscurs terrains de jeu, l’énarque se complaît dans un rôle de milieu relayeur sur les réseaux. Force est de reconnaître que le patriote a un gros volume de jeu et une activité intense. Un jour, il relaie les théories complotistes et antivax sur le Covid-19. Un autre, il relaie la bonne parole du Kremlin et les fake news au sujet de Volodymyr Zelensky. Ou encore, le surlendemain, les inepties de l’administration Trump. Et belote et rebelote. Au moins, Philippot ne manque pas d’aplomb : il en faut pour appeler son club « Les Patriotes » et aller jouer pour l’étranger.
François Asselineau – Milieu défensif
Après avoir appris ses gammes au sein de centres de formations sérieux – l’ENA, l’équipe de Gérard Longuet à l’Industrie, l’équipe de Françoise de Panafieu au Tourisme, l’équipe d’Hervé de Charette aux Affaires étrangères… -, François Asselineau a peu à peu pris goût à jouer en défense de la France. La France, toute la France, rien que la France. Le haut fonctionnaire n’a qu’une idée en tête ; enfin, plutôt deux : planter ses crampons en fer dans le tibia péroné de ses deux adversaires préférés, l’Europe et les États-Unis. Concernant la première, il a fait du Frexit son geste technique favori, dont il use et abuse depuis bientôt dix ans. Concernant les seconds, il joue dans le camp bien pratique du complotisme antiaméricain en imaginant la CIA cachée dans tous les recoins du terrain. Saviez-vous qu’elle était derrière Boko Haram, les attentats de Boston et Pokemon Go ? Et que les nouvelles régions françaises de 2015 avaient été volontairement « calquées sur les États américains » pour disloquer le pays ? Nous non plus. Non content de son palmarès, Asselineau complète son abattage en prenant la défense de la Russie et de Vladimir Poutine. Décidément, une manie pour le double pivot UPR – Les Patriotes qui, visiblement, collabore en bonne intelligence.
David Lisnard – Numéro 10
Oui, Zinédine Zidane a été formé à Cannes. Mais, non, ce n’est pas la raison pour laquelle David Lisnard a le numéro 10 dans le dos. Comme le disait Aimé Jacquet, il faut mettre les joueurs dans les meilleures dispositions, et l’ancien cadre des Républicains ne semble jurer que par une seule chose : la liberté, la liberté et la liberté. Alors, donnons-la lui. Quoi de mieux que cette position de n° 10 à l’ancienne, dans les pas d’Alain Madelin, pour permettre à Lisnard de jouer libéré des normes, des codes, des conventions, des règles… Chacun son style, certes, seulement peu de Français semblent se reconnaître dans cette philosophie de jeu. Et, dans ce beau pays où l’État dicte ses lois et donne le tempo, le Cannois devra certainement adapter son schéma tactique pour que sa campagne ne se mue pas en festival de témoignages destinés à la broyeuse. Qu’il se rassure, ce beau pays aime aussi les losers magnifiques qui allient verbe haut, courage et panache. Et puis, David Lisnard n’est-il pas plus Palme d’or que Ballon d’or ?
François Ruffin – Ailier gauche
François Ruffin est à la politique ce que Vikash Dhorasoo est au football : à défaut de jouer les premiers rôles dans leur discipline, ils s’occupent en faisant des documentaires. À ceci près que le premier a remporté un César. Tout de même. À ce sujet, après avoir lu sa BD, on se dit que l’ailier picard aurait peut-être dû se cantonner au 7e art plutôt que de tenter de percer dans le 9e. Passons. Celui qui a toujours été légèrement en marge de ses coéquipiers à gauche semble avoir envie, depuis plusieurs mois, de se recentrer. Pardon, de se « social-démocratiser ». Plus le temps passe, plus le nordiste repique sur son pied droit pour élargir sa palette de jeu, au risque de décontenancer de supporters et de subir les foudres des fans insoumis. Décidément, François Ruffin est en dehors des clous dans ce monde formaté ; un comble pour le créateur de Fakir.
Dominique de Villepin – Ailier droit
On l’a connu collé fièrement à sa ligne chiraquienne, droit comme un « i », le torse bombé, dribblant par la droite les manifestants. Mais depuis quelques années, Dominique de Villepin est devenu une sorte d’Arjen Robben. La même botte secrète, une longue mèche en plus : il accélère, fixe et repique sur son pied gauche grâce à de dévastateurs crochets (pas de bouchers, rassurons-nous). Encore. Et encore. À tel point qu’on ne sait plus tellement où le situer sur le terrain, ni dans quel club il devrait jouer. Une chose est sûre, il a toujours une préférence pour l’extérieur du pays : sa croisade contre le gouvernement israélien en fait le droitier préféré des supporters insoumis.
François Hollande – Avant-centre
Le Gerd Müller rouennais. Le Pippo Inzaghi de Corrèze. Après avoir passé cinq années au poste de meneur de jeu du pays, François Hollande a repris la position qui l’a fait entrer dans la lumière il y a dix ans : renard des surfaces. Le revoilà à l’affût de la moindre occasion, de la moindre fenêtre de tir, du moindre trou de souris pour se lancer à nouveau dans la course au titre. Ça a marché une fois, pourquoi pas deux ? On le moque pour son style un brin dépassé, pour son manque de vivacité, mais les défenseurs savent bien qu’il faut toujours le marquer à la culotte pour éviter un coup de casque venu de nulle part. Oui, en football comme en politique, il est difficile d’être après avoir été. Mais Zinédine Zidane et Djibril Cissé peuvent en témoigner : les come-back réussis, ça existe. Bon, il y a Paul Pogba à Monaco… Mais François Hollande préférera renoncer plutôt que de risquer une nouvelle déchirure avec le pays.
Réservistes : Anasse Kazib, Benjamin Lucas-Lundy, Clémentine Autain, Ségolène Royal, Delphine Batho, Juan Branco, Manolo Mlekuz, Benoît Mathieu, Lydie Massard, Clara Egger.
Source link : https://www.lexpress.fr/politique/une-charniere-le-pen-bardella-melenchon-a-laile-lequipe-de-france-des-candidats-a-lelysee-PZEQGFJXUVH6PJUH5GUUEYPTZE/
Author : Erwan Bruckert, Mathias Penguilly
Publish date : 2026-06-19 14:00:00
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