L’idée est simple comme bonjour : peindre les toits en blanc pour renvoyer la chaleur du soleil vers le ciel. Dans un bâtiment un peu ancien, comme une école, cela permettrait de réduire la température de 5 à 8 degrés. Un gain crucial en période de canicule. Et pourtant, cette pratique reste mal connue en France. Elle doit concerner moins de 1 % des bâtiments. Pis, elle fait l’objet d’une désinformation, soulignent plusieurs professionnels du secteur, dont certains voient leur entreprise péricliter alors que le pays doit s’adapter au réchauffement climatique.
François Hascoet, commercial grands comptes chez Cool Roof France, a été l’un des premiers à se lancer sur ce marché en France, croyant dur comme fer au potentiel du cool roofing. « C’est une solution low-tech, simple à mettre en Å“uvre, qui ne demande pas beaucoup de qualifications. On utilise le toit tel qu’il est. Une fois celui-ci nettoyé et sécurisé, on applique entre deux et quatre couches de peinture. C’est extrêmement rapide à mettre en place. Pour une toiture d’école, s’il n’y a pas de problématique particulière, il faut compter une semaine entre le nettoyage et la couche de finition. La peinture ne va pas seulement apporter plus de fraîcheur. Elle rend le bâtiment moins énergivore pour un budget compris entre 20 et 25 euros du mètre carré », détaille le spécialiste.
Pourtant, en dépit de ses nombreux atouts, le cool roofing peine à décoller. Dix ans après sa création, en octobre dernier, Cool Roof France a été placé en redressement judiciaire, faute d’avoir obtenu suffisamment contrats. Comment expliquer une telle anomalie dans un pays pris de court à chaque épisode de canicule ? « L’année 2024 a été très pluvieuse, ce qui nous a empêchés d’appliquer autant de produit qu’on aurait souhaité. On a reporté les chantiers sur 2025. Malheureusement, le backlash écologique est arrivé à ce moment-là  », souligne François Hascoet. La désinformation aussi, puisque des personnes mal intentionnées font courir le bruit – à tort – que le cool roofing abîme les toitures. « En France, il y a vraiment une connaissance très faible du produit et de ses performances, déplore François Hascoet. Et c’est la même chose chez nos voisins : l’Italie, l’Espagne et Portugal, qui sont régulièrement accablés par la chaleur, n’ont absolument pas la culture du cool roofing, à l’inverse des Etats-Unis ». Cool roofing et climatisation partageraient donc le même sort ? Un déploiement heureux outre-Atlantique et un essor contrarié – voire honteux – en Europe ?
Un retard préoccupant
« Du coté des établissements scolaires, on n’est est qu’au début du déploiement », confirme Maxime Claval, fondateur et directeur général de la société Enercool installée dans la région nantaise. On sent une écoute, un intérêt pour notre technologie, mais les freins sont multifactoriels. Les peintures blanches réflectives sont des produits relativement nouveaux. Leur coût, même relativement faible, peut freiner la décision. Les écoles n’ont pas des gros budgets. Elles doivent donc faire des choix ». De fait, la grande majorité des clients d’Enercool sont des industriels, pas des écoles.
« Dans les écoles, la flambée des températures en intérieur est principalement liée aux fenêtres et non aux toitures, contrairement à aux grandes surfaces de vente. Cela explique que la peinture blanche ne soit pas toujours la solution choisie », explique Théophile Girin, directeur du développement chez Akéa Energies, filiale du groupe Hellio. Par ailleurs, l’envie de repeindre des toitures constituées d’ardoises ou de tuiles rouges se heurte parfois aux plans locaux d’urbanisme et aux règles visuelles en vigueur. Cool Roof France a bien proposé de diluer son blanc pour qu’il tire vers le gris, tentant ainsi de séduire Paris qui tient à conserver la couleur de ses tuiles et de ses toits en zinc – sans succès. « Au lieu d’avoir 90 % de réflexion d’énergie solaire, ce qui est le cas avec du blanc, on va tourner entre 70 et 85 % ». C’est une performance suffisante pour trouver des clients. Mais ces derniers ne semblent pas vouloir acheter au prix du marché », regrette François Hascouet. « Les budgets sont très longs à obtenir dans l’éducation. Trouver un créneau d’intervention pose aussi des difficultés. On nous dit : c’est la période des vacances et pas autrement ! Or à ce moment-là , le personnel technique de l’établissement n’est pas toujours disponible pour nous ouvrir l’accès au toit », souligne un professionnel du secteur.
« Pour ceux qui franchissent le pas, l’intervention se passe bien. Les délais sont respectés et surtout, l’impact du cool roofing se fait sentir dès la rentrée des classes. De -6 à -8°, sans rien faire », souligne François Hascouet. L’usage massif de la peinture blanche aurait-il atténué la rude semaine que viennent de vivre les Français notamment dans les grandes villes ? « Certainement. Des écoles auraient quand même fermé. Mais en peignant les toits d’un quartier entier on crée véritablement un dôme de protection », assure le spécialiste. Maxime Claval regarde, lui, avec envie une vue aérienne des grandes villes du sud des Etats-Unis comme Los Angeles ou Miami. « Là -bas, il y a des toits blancs partout. Ils ont adopté la méthode ». En France, la canicule exceptionnelle que nous traversons va peut-être rappeler que le cool roofing est une bonne idée.
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Author : Sébastien Julian
Publish date : 2026-06-25 04:30:00
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