Un « feu gigantesque ». C’est ainsi que le préfet Pierre Regnault de la Mothe a décrit le premier incendie d’ampleur de l’année en France, qui sévit dans son département des Pyrénées-Orientales. Plus de 4 600 hectares ont déjà brûlé, obligeant l’évacuation de quelque 10 000 personnes et l’adaptation de l’étape d’hier du Tour de France – sans public dans sa partie finale. D’autres incendies touchent également le Gard, la Drôme, l’Aude, l’Ariège et l’Hérault. « La saison des feux a démarré avec un mois d’avance », a indiqué ce lundi 6 juillet le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Le nombre d’hectares partis en fumée a été multiplié par deux par rapport à la même époque l’an passé, sous l’effet d’un trio explosif : canicule, sécheresse et vents violents. Le tout dopé par le changement climatique. 2026, un avant-goût du futur ?
Dans la France du milieu du siècle, la saison des incendies sera étendue à la fois dans l’espace et dans le temps, selon des projections réalisées par des chercheurs de l’Inrae (l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), et remises en 2023 au ministère de l’Agriculture. Dans le Sud-Ouest, la zone à risque existante s’étirera au nord des Landes et en Dordogne. En 2050, la période des feux de forêts deviendrait continue entre la fin de l’hiver et le début de l’automne. Le niveau d’activité le plus fort, soit le cÅ“ur de la saison estivale, s’étalerait en moyenne pendant 100 jours (du 18 juin au 23 septembre), et jusqu’à 134 jours à horizon 2090. Dans le scénario le plus pessimiste de l’institut, le nombre de feux de plus de 20 hectares serait multiplié par deux d’ici la fin du siècle. Les surfaces calcinées augmenteraient, elles, de 161 % à cette échéance.
Le Sud-Est, autre région « historiquement » touchée par les flammes, ne sera pas plus épargné. De nouveaux territoires, à l’image du Haut-Languedoc, des Causses, des Cévennes, des Monts d’Ardèche et de l’arrière-pays provençal, connaîtront régulièrement des incendies. Le cÅ“ur de la saison à risque, actuellement de 40 jours (du 16 juillet au 24 août), pourrait passer à 94 jours en 2090 sur le pourtour méditerranéen. Le nombre de grands feux, supérieurs à 100 hectares, exploserait aussi. La région pourrait en connaître en moyenne une vingtaine par an – contre moins de sept actuellement. Voire 40 lors des années les plus extrêmes.
Le « Centre Ouest », future zone à risque
Les projections de l’Inrae identifient une troisième zone de risque, nouvelle venue sur cette carte de la France des feux à horizon 2050 : le « Centre Ouest, au voisinage des Régions Centre-Val de Loire et Pays de la Loire ». Les départements de l’Indre-et-Loire, du Loir-et-Cher, de la Sarthe ainsi que la Côte-d’Or seraient parmi les plus concernés. La Bretagne serait aussi touchée, avec le Morbihan. Et peut-être même le Finistère, où 2 200 hectares ont brûlé à l’été 2022 dans le massif des monts d’Arrée – mais dont les données n’ont pu être incluses dans l’étude. Les scientifiques admettent eux-mêmes que leurs résultats pourraient sous-estimer la réalité future. Dans une revue des connaissances sur les incendies et les villes publiée fin mai, le CNRS confirme une « intensification » des feux en Aquitaine et en Bretagne, ainsi qu’une « extension à des territoires jusqu’alors relativement épargnés, comme les Alpes ou la région Centre-Val de Loire ».
« Le changement climatique contribue à l’apparition d’une nouvelle géographie du feu, décrit Jean-Baptiste Filippi, chercheur au CNRS qui a participé à la méta-analyse. Dans la partie nord de la France, par exemple autour de Paris, on multiplierait par six le nombre annuel de journées à fort risque incendie. Suivant le type de végétation et le stress hydrique, on peut tout à fait imaginer la forêt de Fontainebleau brûler. » Le spécialiste insiste surtout sur la récurrence des feux, dans ces régions jusqu’à présent peu habituées, qui vont provoquer « un changement de paysage » et davantage exposer les villes si elles ne s’adaptent pas en conséquence.
Enfin, selon l’hypothèse la plus pessimiste de l’Inrae, les trois territoires à risque identifiés — Sud-Est, Sud-Ouest et Centre-Ouest — pourraient ne plus former qu’une seule et même zone d’ici 2090. La moitié de la France connaîtrait alors une interminable saison des feux.
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Author : Baptiste Langlois
Publish date : 2026-07-07 04:00:00
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