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    MI6, DGSE, Ukraine… L’Express dévoile le classement inédit des meilleurs espions d’Europe

    IntelliNewsBy IntelliNewsjuillet 29, 2026Aucun commentaire18 Mins Read
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    Font-ils bien le même métier ? Mi-juin, un militaire lituanien musculeux nous raconte la guerre en Ukraine en buvant des ginger beer sur un tabouret dans la rue, près de la Gare du Nord. Un tempérament aux antipodes du Français ventru rencontré dans un lieu cossu quelques jours auparavant, un adepte des sigles compliqués et des cocktails d’ambassade. A en croire leurs fonctions récentes, ils ont pourtant très probablement mené des opérations de concert.

    Pendant trois mois, L’Express s’est immergé dans l’Europe des espions, démarchant une centaine d’hommes de l’art. L’objectif ? Raconter la guerre invisible du Vieux Continent, en questionnant le constat du diplomate britannique Alexander Cadogan. Cet ancien conseiller de Churchill décrivait le renseignement comme le « chaînon manquant » des analyses géopolitiques. Secret oblige, le grand public n’aurait accès qu’à une version incomplète, parfois trompeuse, des bouleversements de l’histoire.

    Les espions ne se laissent pas facilement aller aux confidences. Mais beaucoup revendiquent, sans trop en dire, cette théorie, avec souvent en tête une opération qui a tout changé, en Iran, en Ukraine, en Syrie. Y compris dans le regard porté sur le pays détenteur d’un renseignement décisif. « Venant des Affaires étrangères, je ne m’imaginais pas l’intensité des relations de renseignement entre les pays. C’est beaucoup plus nourri que la diplomatie », confie un ancien directeur du renseignement suisse.

    Pour arracher des détails sur la bataille souterraine des espions, il fallait poser la question autrement. Plus en biais. Partout en Europe, tous les jours, on s’échange des secrets, comme les enfants des billes dans la cour de récréation. Disposer de services de renseignement efficaces est devenu un attribut de la puissance, comme détenir l’arme nucléaire ou un siège au conseil de sécurité de l’ONU. Une hiérarchie naturelle s’établit. Dans ce « grand troc », les plus respectés sont ceux qui possèdent une « taupe » dans les palais du pouvoir en Russie, en Chine, en Iran. Viennent ensuite les agences capables de saboter, voire de tuer, même si le plus grand tabou pèse sur ces assassinats d’Etat. Intercepter des données sensibles, par satellite, stations d’écoutes, piratage ou exploitation des câbles sous-marins, est une compétence appréciée.

    Qui vaut quoi sur le marché de l’espionnage européen ? Pour jauger ce qu’il en est réellement, L’Express a décidé de sonder la communauté des agents secrets elle-même. Avec l’idée d’obtenir, en creux, certaines révélations sur les conflits en cours.

    Nous avons invité des dirigeants actuels ou récemment retraités à juger leurs homologues européens, en communiquant leur « top 5 » fondé sur leur expérience personnelle, sur le modèle du Ballon d’Or de football ou de l’Eurovision. Bien sûr, certains ont regimbé. Quelques-uns ont opposé le secret. La plupart y ont vu, au contraire, l‘opportunité de raconter leur étrange métier sans trahir leur serment, en jouant subtilement avec la limite.

    Soixante professionnels du renseignement issus de vingt-cinq pays ont accepté de jouer les jurés. Parmi eux, dix-sept patrons ou ex-patrons d’un service secret, des représentants de la CIA et du Mossad. Grâce à leur expertise, L’Express peut aujourd’hui publier le premier classement des meilleurs espions d’Europe. Il consacre la suprématie des Britanniques du MI6 (1er, 251 points).

    Le palmarès des services secrets européens

    Le top 5

    Les espions anglais fascinent l’Europe, et plus encore. « Le Royaume-Uni a de loin les services secrets les plus forts d’Europe. Le MI6 est extraordinaire », s’emballe Robert Gorelick, ancien chef de poste de la CIA. Leur savoir-faire légendaire ? Le recrutement de taupes haut placées, que même les Américains envient. En Russie, mais aussi, dit-on, en Chine, en Turquie ou en Iran, où ils ont manipulé jusqu’en 2019 un vice-ministre de la Défense, Alireza Akbari. « Les Anglais ont cette capacité à jouer sur le temps long, à miser sur des sources à dix ans, un peu à la russe. Et ils ont le goût des coups tordus », décrit un ex-dirigeant de la DGSE. En juin 2024, Pékin a accusé le MI6 d’avoir recruté un couple de fonctionnaires chinois. L’homme aurait été approché pendant ses études à Londres, neuf ans auparavant.

    Ses méthodes héritées de la période du « grand jeu », au dix-neuvième siècle, quand la rivalité avec la Russie tsariste l’a incité à faire la guerre par d’autres moyens, ont servi de modèle à la majorité des services secrets européens. De cette antériorité découle un grand prestige à l’international… mais aussi à Londres. « Les meilleurs de Cambridge et d’Oxford entrent au MI6, c’est significatif », jauge Olivier Mas, cadre à la DGSE jusqu’en 2017.

    En 2018, une alerte du renseignement britannique permet l’arrestation de Martin Möller, un colonel autrichien, espion russe depuis 26 ans. L’aura du MI6 se renforce encore quand l’agence alerte ses partenaires, en tandem avec la CIA, sur l’invasion de l’Ukraine, dès l’automne 2021. Depuis, l’agence s’investit pleinement auprès de Kiev, comme le révèle Ralph Goff, ex-chef des opérations pour l’Europe et l’Eurasie à la CIA : « Les Britanniques sont en tête sur le dossier ukrainien. Nous sommes juste derrière ».

    La DGSE (2ème, 169 points) suit, grâce à son approche globale. « C’est le seul service d’Europe continentale avec une portée quasi mondiale. Ils conjuguent collecte technique, renseignement humain et capacités d’action », détaille un ex-cadre du renseignement polonais. Parmi ses points forts, le service Action, une des rares entités du monde capables de « neutraliser » en toute discrétion une cible à l’étranger.

    Seulement cinq votants ont placé la DGSE devant le MI6, ce qui dit beaucoup de l’écart perçu entre les deux agences. Parmi eux, Gina Bennett, analyste antiterroriste à la CIA pendant 34 ans. « En renseignement humain, la DGSE m’a semblé être le partenaire le plus compétent. Ils tirent avantage d’avoir été une puissance coloniale », estime l’ex-chasseuse de djihadistes. Le contre-terrorisme fait partie de ces quelques spécialités où la DGSE rivalise avec les meilleures agences du monde, il faut également citer le Liban, la contre-prolifération ou l’Afrique.

    « Les Français sont tellement les meilleurs sur l’Afrique que même les Britanniques nous renvoyaient vers eux quand on avait des questions », se souvient un ancien dirigeant du renseignement canadien, retraité en 2024. Cette expertise leur a permis de faire un peu oublier le fiasco de février 2022, quand la France a refusé d’admettre l’imminence de l’invasion russe de l’Ukraine. En juin 2023, grâce à ses réseaux africains, la DGSE apprend que Evgueni Prigojine, le fondateur de Wagner, s’apprête à tenter un putsch contre Vladimir Poutine. L’alerte lui vaudra les remerciements de la CIA.

    Nicolas Lerner, directeur général de la DGSE.Nicolas Lerner, directeur général de la DGSE.

    Pas besoin d’être une grande puissance pour disposer d’un grand service secret. Quelque 70 % des votants ont placé le renseignement des Pays-Bas (3ème, 97 points) parmi les cinq meilleurs d’Europe. « C’est le meilleur retour sur investissement ! Ils ont le bilan le plus irréprochable et inspirent confiance », salue Jorge Silva Carvalho, ancien directeur du renseignement portugais. Des officiers formés « à l’école anglaise », note un récent retraité de la DGSE : pendant la Seconde Guerre mondiale, le renseignement militaire néerlandais s’exile à Londres, et ce rapprochement influence la fondation du BVD, ancêtre de l’AIVD.

    Dans l’ombre, les espions de La Haye ont participé à la plupart des grandes opérations de ces vingt dernières années. En 2007, le virus Stuxnet, développé par le Mossad et la CIA, qui mettra à l’arrêt 20 % des centrales nucléaires d’Iran, est installé par un agent de l’AIVD. A l’été 2015, des hackers du service secret néerlandais infiltrent l’organisation Cozy Bear, liée au renseignement russe, et préviennent les Américains. En 2016 et 2017, l’AIVD accueille à Amsterdam puis à Rotterdam des espions ukrainiens, en partenariat avec la CIA. Des formations sur le recrutement de Russes ou les sabotages sont dispensées dans un appartement loué sur Airbnb.

    L’Express peut révéler que l’AIVD abrite aussi dans ses locaux, depuis le début des années 2020, un centre européen de renseignement antiterroriste. Chaque pays de l’UE ainsi que le Royaume-Uni, la Norvège et la Suisse y détachent un expert, avec un accès aux données classifiées de son pays. « C’est du criblage, de l’appui sur les enquêtes complexes, parfois post-attentats », témoigne le directeur d’un service secret européen. Fortes de cette place centrale dans la « diplomatie du renseignement », l’AIVD et son homologue militaire du MIVD ont été les premières agences européennes à s’opposer à la CIA de Trump, en octobre 2025. « Nous ne divulguons plus certaines choses », ont annoncé les maître-espions, devant le risque d’instrumentalisation de leurs informations.

    Au pied du podium, l’Ukraine (4ème, 77 points) impressionne par ses progrès spectaculaires. « Innovation, ingéniosité, prise de risques… Ce sont les meilleurs aujourd’hui », loue un ancien dirigeant du renseignement polonais. Les grandes opérations de Kiev sont désormais connues du public, à défaut d’être toutes revendiquées : sabotage du gazoduc Nord Stream, frappes de drones neutralisant une quarantaine d’avions russes, assassinats ciblés contre des haut gradés de Moscou. « Ils ont démontré leur capacité à se mossadiser », commente le directeur actuel d’un service secret européen, en référence à l’expertise du Mossad israélien dans les actions violentes.

    On dit beaucoup aux Ukrainiens, mais pas tout, parce qu’on ne sait pas où si ça peut partir ! Y compris à Moscou

    Un ex-dirigeant d’un service secret français

    Deux autres influences guident aujourd’hui les espions ukrainiens : la CIA, leur premier soutien, dès 2014… et le KGB. Le renseignement de Kiev a notamment hérité de son ancêtre soviétique une appétence pour les logiques de clans, détaille le journaliste Bojan Pancevski dans son enquête The Nord Stream Conspiracy. Parmi les dix-neuf votants toujours actifs en 2023, onze ont d’ailleurs exclu l’Ukraine de leur « top 5 ». « Les services ukrainiens devraient être beaucoup plus efficaces », griffe un récent retraité du renseignement estonien. Un ex-dirigeant d’un service secret français laisse même entendre que la Russie pourrait y conserver des taupes : « On dit beaucoup aux Ukrainiens, mais pas tout, parce qu’on ne sait pas où si ça peut partir ! Y compris à Moscou. »

    Le Bundesnachrichtendienst (5ème, 62 points), lui, a ses partisans comme ses détracteurs. « Les analyses du BND sont toujours très méthodiques, bien faites et étayées », se souvient Gina Bennett. La dimension « analyse » du renseignement est citée comme leur premier savoir-faire : les Allemands possèdent une capacité à percevoir finement les bouleversements politiques ou économiques. Ce pourquoi l’agence est consultée sur tous les sujets majeurs.

    En ce qui concerne l’espionnage pur, ironiser sur le BND est un sport continental. Un ex-directeur du renseignement suisse compare ses espions à « des chercheurs d’un think tank« . « Quand j’étais encore en service, les Allemands refusaient toute opération à l’étranger », témoigne Glenn Carle, ex-directeur adjoint du renseignement national américain. Une réforme est en cours. Afin de préparer les esprits, le service secret a produit un rapport d’analyse – on ne se refait pas. Ses chiffres, révélés par Bild en janvier 2026, sidèrent : seulement 2 % des alertes terroristes en Allemagne proviennent du BND lui-même… contre 72 % pour la CIA.

    La DGSE, pas la mieux dotée d'EuropeLa DGSE, pas la mieux dotée d’Europe

    La force du « NB8 »

    Derrière le top 5 apparaît un groupe homogène que les espions aiment à considérer d’un bloc. Ils les appellent les « Nordiques » ou le « NB8 » pour les plus férus d’acronymes, celui-ci désignant l’alliance diplomatique des cinq pays nordiques (N) et des trois pays Baltes (B). Ces services secrets partagent une spécialité, le renseignement technologique, une bonne réputation et un adversaire commun, la Russie. « Ils sont efficaces parce qu’ils se concentrent sur ce qui est pour eux une question de survie », jauge un ex-dirigeant du renseignement britannique.

    La Suède (6ème, 40 points) se détache légèrement grâce à sa palette plus large. « Sa spécialité, héritée de la guerre froide, est le renseignement humain, souvent en coopération poussée avec le MI6 et la CIA », révèle Peter B. Lund, cadre des services secrets suédois jusqu’en 2019. Plus récemment, la précision de ses écoutes vis-à-vis des déplacements militaires russes a été grandement appréciée.

    En Finlande, ce sont de simples citoyens qui, souvent, repèrent les espions russes

    Un ancien cadre de la DGSE

    La Norvège (7ème, 34 points), elle, revendique une tradition de renseignement dirigée vers « la mer et l’Arctique », relève Jorgen Holmlund, ex-officier traitant suédois, retraité en 2022. En 2017, Frode Berg, un garde de la frontière russo-norvégienne, est arrêté à Moscou. Il est accusé d’avoir servi de « boîte aux lettres » aux services secrets d’Oslo en transmettant 15 000 euros à la cousine d’un ingénieur en sous-marin nucléaire.

    Du haut de ses 1,4 million d’habitants, soit l’équivalent du département des Yvelines, l’Estonie (8ème, 27 points) épate la communauté des espions. « Les Estoniens sont excellents dans le domaine cyber », affirme Ralph Goff. Avec leurs moyens modestes, ils ont développé une expertise enviée sur l’ »Open Source Intelligence » (Osint), les renseignements accessibles publiquement, pour qui sait bien chercher. « Ses rapports annuels sont les plus précis sur la stratégie russe et les menaces hybrides. Toutes les agences l’attendent », assure un ancien cadre du renseignement polonais.

    Le Danemark (10ème, 16 points), lui, apparaît un peu décroché. Les espions de Copenhague ont connu leur heure de gloire dans les années 2010, lorsque Morten Storm, leur agent double, a infiltré al-Qaeda. « Toutes les agences les courtisaient. C’est le genre de source qui vous fait changer de division », se rappelle Olivier Mas. Depuis, pourtant, leurs services secrets sont moins sollicités, en raison d’un moindre investissement sur le dossier russe. « Ils ont été un peu naïfs », critique un ex-dirigeant du contre-espionnage norvégien.

    L’inverse de la Finlande (13ème, 11 points), aux moyens plus modestes, mais à la détermination sans faille face à Moscou. « Ce qui est très fort en Finlande, c’est l’hypervigilance de la population : ce sont de simples citoyens qui, souvent, repèrent les espions russes », commente un ex-cadre de la DGSE. La Lituanie (18ème, 8 points) décroche quelques votes, notamment grâce à son travail sur « les liens entre la Russie et la criminalité organisée », dixit un ancien directeur d’un service secret belge ; la Lettonie (21ème, 1 point), « davantage pénétrée par l’influence russe », selon Christopher Steele, ex-chef de secteur Russie du MI6, compte moins de défenseurs.

    Les héritiers du KGB

    Intercalé au milieu des pays du « NB8 », le renseignement polonais (9ème, 22 points) pâtit d’un climat politique tendu. « La Pologne fait partie de ces pays où les services secrets sont instrumentalisés politiquement. Cela incite les partenaires à la retenue », regrette un dirigeant européen du renseignement. Fin 2025, le chef de l’Etat Karol Nawrocki (droite populiste) a bloqué les décorations de 130 agents de renseignement soutenus par le gouvernement centriste de Donald Tusk. Un gâchis, eu égard aux réseaux d’espionnage polonais sur la Russie, « très performants » selon un ex-cadre du MI6.

    Situation similaire en République tchèque (15ème, 9 points), où, malgré un savoir-faire reconnu dans la pénétration des officines russes, la réputation des agents secrets est régulièrement ternie par des scandales. « Le renseignement est dans un état déplorable », se désolait Karel Randak, ex-directeur de l’agence d’espionnage, en septembre 2022, après la démission de Petr Mlejnek, proche de Michal Redl, un lobbyiste actuellement jugé pour corruption.

    Le renseignement roumain (11ème, 15 points), lui, suscite l’admiration par sa faculté à implanter des taupes à Moscou. « Ils font facilement partie des cinq meilleurs services en renseignement humain », jauge l’actuel directeur d’un service secret européen. Leur agence souffre néanmoins d’un « retard sur le plan cyber », déplore un ex-dirigeant de l’AIVD néerlandais.

    Les mal classés

    La deuxième partie du classement regroupe de grandes nations déclassées et de plus petits Etats se concentrant sur une « niche ». L’Espagne (12ème, 13 points) représente la première catégorie. Si les capacités des espions de Madrid sur l’Amérique latine, le Maroc et le terrorisme sont reconnues, leur utilisation ne convainc pas. « Les renseignements sont répartis entre différentes agences qui ont tendance à les considérer comme un trésor, sans les faire remonter », pointe un ancien dirigeant du MI6. Leur approche du dossier russe laisse particulièrement perplexe : en février 2024, le pilote russe Maxime Kouzminov, rallié à l’Ukraine, a été retrouvé criblé de balles à Alicante, permettant au renseignement russe de célébrer la mort d’un « traître ».

    Si vous voulez savoir ce qui se passe en Libye, il faut aller voir les Italiens

    Un ex-directeur d’un service secret du Benelux

    La place de l’Italie (15ème, 9 points) ressemble à un désaveu. Rome a mauvaise réputation chez les espions. « Ils n’ont aucune culture de renseignement », lâche un ex-officier de la CIA. Dans les années 2000, les cadres de la DGSE avaient, selon nos informations, l’interdiction de parler à leurs confrères transalpins, après que leur agence a laissé circuler de faux documents sur la volonté de l’Irak de se procurer de l’uranium au Niger. « C’est un pays où il y a beaucoup de népotisme, de corruption », regrette une autre experte de la CIA, même si certains retours plus récents suggèrent une amélioration. Seule leur expertise en Afrique du Nord est réellement reconnue. « Si vous voulez savoir ce qui se passe en Libye, il faut aller voir les Italiens », révèle un ex-directeur d’un service secret du Benelux.

    Handicapée par un budget riquiqui, la Suisse (13ème, 11 points), elle, multiplie les coopérations pour exister. Un paradoxe pour un pays réputé isolationniste. La DGSE paraît particulièrement friande de ses tuyaux : sur les onze points obtenus par les espions suisses, neuf ont été décernés par leurs homologues français. « Ils ont des réseaux précieux et sont fiables », résume un ex-cadre de la « Piscine ». Les accès des hommes de Berne dans les banques et les hôtels de luxe sont particulièrement courtisés.

    La Belgique (15ème, 9 points) mise également sur la « diplomatie du renseignement », en tentant de faire fructifier son statut de capitale européenne. « Nous nous voyons comme des faiseurs de ponts. De par notre position géographique, nous pouvons plus facilement mettre certains pays autour de la table », détaille Pascal Pétry, numéro deux du contre-espionnage belge entre 2014 et 2024. Spécificité des « africanistes » du renseignement européen : ils consultent régulièrement leurs homologues belges et portugais (19ème, 6 points), réputés les meilleurs respectivement sur la République démocratique du Congo et l’Afrique australe.

    Particulièrement mal considérée, l’Autriche (20ème, 3 points) pose régulièrement question. « Ils ont été pénétrés par les Russes et longtemps marginalisés », résume un dirigeant actuel d’un service secret nordique. En 2018, le Kremlin a été à deux doigts de mettre la main sur le renseignement autrichien, via son allié, le FPÖ, conseillé par plusieurs taupes de Moscou. Vienne a été exclue pendant plusieurs mois du club de Berne, la réunion semestrielle des maître espions européens. Depuis, l’appareil de sécurité demeure exclu des coopérations les plus sensibles. « Les Autrichiens aspirent à jouer un rôle plus important, plus central dans l’Europe du renseignement. Je pense qu’ils peuvent y parvenir, d’ici à dix ans », estime l’ex-agent secret ukrainien Ivan Stupak, le seul à leur délivrer des points.

    Les cancres

    Parmi les pays à zéro point, l’Irlande et le Luxembourg, restent sollicités pour certaines enquêtes financières, de même que la Grèce lorsqu’il est question de la Turquie. Les collusions entre Chypre et la Russie inquiètent, mais l’île demeure incontournable puisque s’y croisent espions moscovites, agents du Mossad et envoyés de Pékin. Davantage en tout cas que Malte, où les liens endémiques entre une partie de l’appareil d’Etat et le crime organisé imposent une distance.

    La Slovénie et la Croatie présentent également quelques points forts. Le renseignement de Ljubljana a été récemment chargé par le MI6 d’une enquête sur des espions russes au Monténégro, preuve que ce petit pays sait inspirer confiance. A Zagreb, le contrôle des services secrets est l’objet de luttes intestines récurrentes, mais l’émergence de Daniel Markic, patron de l’agence extérieure entre 2016 et 2024, a accru sa crédibilité à l’international. L’actuel patron du renseignement de l’Union européenne, né en France et binational, s’est imposé comme un relais indispensable entre l’Europe de l’Ouest et les pays post-soviétiques.

    La palme du La palme du « pire renseignement d’Europe » revient à la Slovaquie et à son patron Pavol Gaspar.

    Trois pays concentrent les jugements négatifs. La Hongrie, où Viktor Orban a instrumentalisé l’appareil d’espionnage pendant seize ans, est perçue comme un passager clandestin du partage de renseignements sur le continent. En octobre 2025, trois médias ont révélé le plan de Budapest pour espionner les institutions européennes. La Bulgarie a longtemps consterné ses partenaires européens, en particulier quand l’oligarque et magnat des médias Delyan Peevski a été brièvement nommé à la tête du contre-espionnage, en 2013. Les élites y restent « poreuses à l’influence russe », selon Christopher Steele.

    De l’avis quasi-général, la palme du « pire renseignement d’Europe », revient toutefois à la Slovaquie, où le népotisme se conjuguerait à l’incompétence et aux accointances russes. En août 2025, le patron de l’agence extérieure, Pavol Gaspar, tatouage du Parrain sur le biceps, conduisait en tongs quand il a provoqué un accident avec sa voiture de sport jaune.



    Source link : https://www.lexpress.fr/secret-defense/mi6-dgse-ukraine-lexpress-devoile-le-classement-inedit-des-meilleurs-espions-deurope-LW7JNKYZV5G7JP75MTXS32TWZQ/

    Author : Etienne Girard, Alexandra Saviana, Elsa Trujillo

    Publish date : 2026-07-29 15:00:00

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