L’armée américaine et l’Arabie saoudite ont franchi une ligne inédite mardi 28 juillet, en menant dans la nuit des frappes conjointes contre des milices pro-iraniennes en Irak. C’est la première fois depuis le début de la guerre, le 28 février dernier, que l’Arabie saoudite reconnaît officiellement sa participation aux hostilités aux côtés des Etats-Unis dans le conflit contre l’Iran. L’armée saoudienne a brièvement confirmé sa participation à l’attaque, sans donner davantage de précisions. Le Commandement central américain (CENTCOM) a affirmé que l’opération a visé « plusieurs sites logistiques et dépôts d’armes terroristes ».
Ces frappes sont, selon le CENTCOM, des représailles après que plus de 30 attaques de drones ont été ordonnées par le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien ces derniers jours. Les États-Unis et l’Arabie saoudite accusent les milices proxy irakiennes d’en avoir exécuté une partie en ciblant les infrastructures énergétiques de Riyad avec des drones. Le ministère saoudien de la Défense a indiqué que les défenses aériennes avaient intercepté et détruit plusieurs drones qui avaient tenté de viser des installations pétrolières dans la région orientale du royaume. Selon Washington, ces groupes préparaient de nouvelles attaques contre les forces américaines et les infrastructures énergétiques saoudiennes.
Les milices irakiennes nient toute implication
Réagissant à ces frappes, un haut responsable militaire iranien, dont l’identité n’a pas été déclinée, a dénoncé sur la télévision d’Etat « une erreur de calcul majeure » de la part de Washington et Riyad.
Côté irakien, le gouvernement chiite, l’un des seuls au monde à entretenir des liens militaires et diplomatiques avec Washington et Téhéran tout à la fois, a convoqué une réunion d’urgence, et une rencontre entre le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi et le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane prévue ce jeudi à Djeddah a été annulée. Une enquête a par ailleurs été ouverte, tandis que l’armée a déclaré que le pays était déterminé à « empêcher que le territoire irakien soit utilisé comme voie de passage ou comme point de lancement de toute attaque visant des pays frères ou amis ». La présidence irakienne de son côté a condamné dans un communiqué les frappes américano-saoudiennes, dénonçant une violation de la souveraineté du pays.
Les Forces de mobilisations populaires (FMP), coalition de milices pro-iraniennes visée par les frappes, ont quant à elles nié toute implication dans les attaques de drones. Elles ont affirmé qu’au moins vingt de leurs combattants avaient été tués, et que 32 autres avaient été blessés. Des médias iraniens assurent par ailleurs que les frappes se sont étendues aux provinces de Diyala et de Kirkouk, dans le nord-est de l’Irak.
La Résistance islamique en Irak, une coalition de groupes armés soutenus par l’Iran regroupant plusieurs brigades des FMP, a aussi qualifié les accusations saoudiennes de « fabrications », selon le Washington Post, et a laissé entendre que les attaques de lundi avaient été menées par les Houthis, lesquels avaient eux-mêmes revendiqué une attaque contre des installations pétrolières saoudiennes.
L’une des milices pro-iraniennes présentes en Irak, Awliya al-Dam, a été jusqu’à appeler l’Irak à rompre ses relations diplomatiques avec l’Arabie saoudite. « L’ambassadeur d’Arabie saoudite doit être expulsé immédiatement d’Irak, et les relations diplomatiques et économiques avec l’Arabie saoudite doivent être rompues », a-t-elle écrit dans un communiqué.
Toujours plus de parties impliquées dans la guerre régionale
L’implication de Riyad intervient alors que les discussions entre Washington et Téhéran sur l’accès au détroit d’Ormuz semblent, ces dernières semaines, être dans une impasse. Sur le terrain, la situation continue de se tendre et d’impliquer toujours plus de parties, créant des affrontements et des échanges de frappes parfois confus.
La semaine du 10 juillet, les rebelles Houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, ont annoncé un blocus des exportations pétrolières saoudiennes transitant par la mer Rouge. Selon un rapport du réputé Institute for the Study of War datant du 25 juillet, l’Arabie saoudite aurait ensuite mené des frappes contre des positions houthies au Yémen afin d’affaiblir la capacité du mouvement à faire pression sur le royaume. Riyad n’a pas confirmé.
Mardi, les Houthis pro-iraniens ont eux-mêmes revendiqué des attaques de drones contre les infrastructures pétrolières saoudiennes et ont même affirmé avoir visé un pétrolier saoudien en mer Rouge. Il reste pour l’instant impossible de déterminer si ces frappes correspondent aux mêmes opérations, ou si des attaques auraient pu être coordonnées entre les Houthis du Yémen et les milices irakiennes.
Importante escalade du conflit
Ces récents développements constituent une sérieuse escalade du conflit et pourraient marquer une extension de la guerre qui dure désormais depuis plus de cinq mois, malgré un « accord » signé entre Téhéran et Washington en juin dernier, censé rendre de la stabilité à la région. Pour certains observateurs, cette nouvelle participation de Riyad traduit l’impatience croissante des monarchies du Golfe face à l’incapacité du gouvernement irakien à contenir les groupes armés soutenus par l’Iran.
Plus tôt dans la journée de mardi, le CENTCOM a également annoncé avoir intercepté plusieurs missiles balistiques tirés par l’Iran contre des forces américaines au Moyen-Orient, déjouant ce qu’il a présenté comme une « tentative d’attaque surprise ». L’armée américaine n’a toutefois pas précisé où cette interception avait eu lieu.
Des médias iraniens, proches des Gardiens de la révolution, ont toutefois affirmé que les missiles visaient des bases américaines en Jordanie et ont diffusé des images présentées comme montrant leur lancement et l’impact de l’un d’eux.
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Author : Enola Richet
Publish date : 2026-07-29 14:44:00
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