L’an dernier, il ne fallait pas être grand clerc : à pareille date, on avait compris que Nathacha Appanah, Emmanuel Carrère, Adélaïde de Clermont-Tonnerre et Laurent Mauvignier tireraient le gros lot. Cette fois-ci, même les cartomanciennes les plus aguerries de Saint-Germain-des-Prés jouent la prudence. Difficile de dire qui va se détacher du gros peloton des 461 auteurs en course (décompte établi par nos confrères de Livres Hebdo).
En matière de plaisir de lecture pur, impossible de faire mieux que François-Henri Désérable et Le Palais (Gallimard), dont les droits ont déjà été vendus dans 15 pays avant même la sortie française. Ce roman poétique, inventif et incroyablement divertissant nous emmène sur une vingtaine d’années de l’Inde à New York en passant par la Bourgogne sur les traces d’un faussaire de génie qui fait tourner en bourriques les plus grands spécialistes du vin. On pense tour à tour à Romain Gary, Alexandre Dumas, Patrick Süskind et Roald Dahl. Si on siégeait chez Drouant, on lui décernerait sans hésiter le prix Goncourt. Hélas le talent et l’assurance de Désérable lui ont souvent valu des jalousies. Qu’en sera-t-il cette fois-ci ?
Dans la course au Goncourt, la maison Gallimard a deux autres pions sérieux : JE de Lilia Hassaine, remake de La Prisonnière des Sargasses de Jean Rhys ; La Solitude des professeurs est infinie de Yannick Haenel, qui devrait plaire aux enseignants abonnés à Télérama. Au sein du groupe Madrigall, n’oublions pas non plus Sylvain Prudhomme et Jean-Philippe Toussaint (De l’autre côté du lac et La Hantise, tous les deux chez Minuit), Véronique Ovaldé (Vivre sans bonheur et n’en point dépérir, Flammarion) et Philippe Jaenada en grande forme (L’Inconnue du quai de Javel, Flammarion). Pour les prix, attention aussi à Sonia Devillers (Le Fabuleux piano, Robert Laffont), dont on entend beaucoup de bien. Aurélien Bellanger reviendra-t-il au premier plan avec L’Architecte de Notre-Dame (Actes Sud) ? Toujours chez Actes Sud, Anne Godard réussira-t-elle son come-back avec Nous aussi ? La rumeur est moins favorable pour Serge Joncour (Une histoire d’amours) qui, au sein d’Albin Michel, risque d’être éclipsé par l’éternelle Amélie Nothomb et son nouveau roman à l’ambiance hitchcockienne, L’Adolescence du perroquet. On se demande enfin ce qu’il adviendra d’Ananda Devi et de son ambitieuse Chronique d’un royaume perdu (Grasset), tant sa maison d’édition sera affaiblie en cette rentrée, suite au départ de son patron emblématique Olivier Nora…
Sauf surprise, Grasset s’illustrera avant tout via un premier roman événement (pour lequel les enchères ont atteint 100 000 euros) : C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien. Chez les débutants, on parle aussi beaucoup de David Djaïz (La Méthode, Stock) et de Maxim Schwartz (Le Dernier présage de Victoria Woodhull, Philippe Rey). Les mélomanes férus de musiques électroniques du monde s’intéresseront à Abdallah superstar (Actes Sud) d’Iman Ahmed quand les bons vivants se délecteront de Mon ami Curnonsky (Le Rocher) de Louis Michaud. Il y a une vie après les premiers romans. Au sein de la jeune génération, ils seront nombreux à espérer s’installer (voire décoller pour de bon) en cette rentrée : Pierre Adrian (Le Pays des étés, Gallimard), Pierric Bailly (Rouges-Truites, P.O.L), Boris Bergmann (Minotaure, Albin Michel), Cécile Chabaud (Si nous n’étions captives, L’Archipel), Luc Dagognet (Le Château de la solitude, Do), Diaty Diallo (Darya & Dounya, Seuil), Pierre Ducrozet (Eden, Actes Sud), Victor Dumiot (Lola va mourir, Calmann-Lévy), David Frèche (Les Souvenirs inachevés, Le Rocher), François-Régis de Guenyveau (Totem, Fayard), Julia Kerninon (La Dernière des Wilberforce, L’Iconoclaste), David Lopez (Demi-Lune au soleil, Julliard), Jeanne Pham Tran (Les Ombres de l’exil, Mercure de France), Loulou Robert (Chercher la bête, L’Observatoire), Guillaume Sire (Chante Méchante, Calmann-Lévy), Esther Teillard (Fuck Circus, Grasset), Emilie de Turckheim (Fanny à la folie, JC Lattès)… Parce qu’ils sortent d’un succès critique ou public, on guettera les nouveaux Franck Courtès (Le Petit cosmonaute, Julliard), Sabyl Ghoussoub (Mon imam, Stock), Clémentine Mélois (Choses que je croyais perdues, Gallimard) et Bérénice Pichat (Un marché noir, Les Avrils).
Notre sélection des livres à découvrir
A titre personnel, on conseille déjà ces quelques livres d’auteurs confirmés, tous stylistes à leur manière : Jean-Luc Coatalem brosse le portrait émouvant d’un mystérieux oncle baroudeur dans Tête brûlée (Stock), son Dictionnaire amoureux du bonheur (Plon) permet à Jean-Paul Enthoven de cultiver son côté prince de Ligne, Patrice Jean propose un roman d’initiation provincial et rock’n’roll avec Stay Free (Le Cherche Midi), Jean-Pierre Montal signe un nouveau bijou de mélancolie élégante avec le road-trip La Peau neuve (Séguier), Jean-Noël Orengo réhabilite Pierre Drieu la Rochelle dans La Rédemption (Grasset) et Camille Pascal raconte avec sa verve habituelle le coup d’Etat de Louis XIV dans Le Bal des foudroyés (Robert Laffont). Qui des étrangers ? Laura Kasischke devrait être la plus en vue avec Baignade non surveillée (Gallimard). Les amateurs de littérature hispanophone seront gratifiés de deux gros morceaux : Ligne de feu (Gallimard) d’Arturo Pérez-Reverte et surtout Les Lieux souterrains (Christian Bourgois) de Gustavo Faverón Patriau. Les fans de Francis Scott Fitzgerald et Bret Easton Ellis attendront eux le 11 septembre (sacrée date de sortie !) et la parution à L’Olivier de Rendez-vous sur l’autre rive de Jay McInerney, où l’on retrouvera ses personnages récurrents Corrine et Russell Calloway. Du côté des essais littéraires, deux volumineuses biographies retiendront notre attention : celle de Vivant Denon par Emmanuel de Waresquiel (chez Tallandier) et celle de James Baldwin par Nicholas Boggs (au Seuil).
A l’heure où les dés ne sont pas encore jetés (même si ça s’active en coulisses depuis le printemps), une écrivaine doit être en train de passer un mauvais été : Anne Plantagenet. Au mois de juin, on recevait En l’absence de corps (Julliard), où elle fait le récit des quatre semaines du procès d’assises de Cédric Jubillar, auquel elle avait assisté. Sauf que les aveux du mari de Delphine Aussaguel (qui a reconnu être coupable et indiqué où chercher les restes de sa femme…) ont changé la donne – avant même sa publication, le texte est largement caduque.
Chaque rentrée livre ses coups de folie. En guise de conclusion, tirons notre chapeau à Arthur Dreyfus qui, avec La Punition (P.O.L), offre une hallucinante auto-analyse de 1 200 pages, quelque part entre Serge Doubrovsky et Guillaume Dustan, où il revisite sa jeunesse, de son coming-out douloureux à ses délirantes soirées chemsex. Un récit autofictionnel brillant et bouleversant, appelé à faire date dans le champ de la littérature gay à la française, et auquel on prédit le prix Médicis – et même mieux. Toutes les expériences littéraires ne sont pas de ce calibre. Sous le pseudonyme d’Infernus Iohannes, Antoine Volodine sort simultanément… 11 livres chez 11 éditeurs différents, de La Volte à Rivages et de Verdier à La Fabrique. On souhaite bien du courage aux masochistes qui se lanceront dans cette épreuve de lecture quasi herculéenne…
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Author : Louis-Henri de La Rochefoucauld
Publish date : 2026-08-02 09:45:00
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