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    A quoi ressembleront les nouveaux billets en euros ? L’identité européenne, ce casse-tête

    IntelliNewsBy IntelliNewsaoût 2, 2026Aucun commentaire4 Mins Read
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    Selon qu’on retienne son identité culturelle ou sa réalité politique, sa filiation avec Athènes (la raison) ou avec Jérusalem (la foi), la richesse de sa civilisation ou les atrocités monstrueuses que ses nations commirent, la définition de l’Europe n’est pas univoque. Même le critère géographique est source de débats infinis. Dès lors, comment incarner la communauté de nations qui forment l’Union ? C’est le dilemme auquel nous confronte la Banque centrale européenne (BCE) en nous proposant de voter pour le design des futurs billets en euros, sur son site Internet, jusqu’au 21 septembre.

    Deux grands choix d’illustration nous sont offerts : figures de la civilisation européenne d’un côté, oiseaux de l’autre. La culture ou la nature. Pour la première, la BCE a sélectionné six élus : Maria Callas, soprano grecque (billet de 5 euros) ; Ludwig van Beethoven, compositeur allemand (10 euros) ; Marie Curie, scientifique franco-polonaise (20 euros) ; Miguel de Cervantes, romancier espagnol (50 euros) ; Léonard de Vinci, artiste italien (100 euros) ; Bertha von Suttner, figure du pacifisme sous l’empire austro-hongrois (200 euros).

    Si l’on s’attache au critère national, la France est la mieux servie puisque trois protagonistes, Callas, Curie et Vinci, y vécurent jusqu’à leur décès. On touche là du doigt la difficulté politique de l’opération : la majorité des 21 pays de la zone euro ne sont pas représentés. Les figures, cependant, sont universelles. Elles sont des archétypes du génie humain, plus que des déléguées d’une nation particulière.

    Le thème alternatif affiche, sur l’endroit des billets, des oiseaux – martin-pêcheur, cigogne, fou de Bassan, tichodrome échelette, guêpier d’Europe, avocette élégante. Ils sont les symboles de la fragile biodiversité du continent à l’heure du réchauffement climatique. L’envers est plus politique, avec six institutions de l’Union en majesté : Parlement, Conseil, Commission, Banque centrale, Cour de justice et Cour des comptes. Si cette série-là était adoptée, l’Union apparaîtrait, sur sa monnaie, à l’égale d’un Etat fédéral, avec les volatiles en faire-valoir de l’eurocratie.

    Il fut une époque, après la fin de la guerre froide, où l’Europe croyait la fin de l’Histoire arrivée. Elle se montrait sans visage, abstraite et stérile. Les billets émis en 2002, toujours en circulation, exprimaient ce rêve technocratique avec des éléments architecturaux imaginaires, ponts conduisant vers le néant, portes et fenêtres aveugles. On ne souhaitait exposer ni personnage ayant existé ni bâtiment réel car aucun pays ne devait se sentir défavorisé. C’était l’époque où le philosophe allemand Habermas proposait de fonder le patriotisme européen sur le droit et la démocratie. De belles idées, mais l’absence d’incarnation criait le refus d’assumer son identité.

    L’utopie a été balayée par l’accumulation des crises – financière, climatique, populiste, migratoire, géopolitique. « Les circonstances dressent des obstacles autant qu’elles offrent des chances », écrivait Raymond Aron. La monnaie unique est une de ces chances et la Banque centrale est, de toutes les institutions de l’UE, la plus fédérale. Les billets en euros « sont l’une des expressions les plus tangibles de l’Europe » a observé Christine Lagarde, la présidente de la BCE, en présentant les nouveaux graphismes destinés à « renforcer notre identité partagée ».

    Plutôt que de chercher une introuvable essence commune de l’Europe qui n’a ni langue, ni nation, ni peuple uniques, il est possible de définir son identité par des pratiques communes. La fréquentation des cafés, lieux de rencontre et de réunion, en est une, écrivait l’essayiste George Steiner (Une certaine idée de l’Europe, Actes Sud). Les programmes Erasmus d’échanges étudiants, une autre. La traduction, soutenait de son côté le romancier Umberto Eco, est la véritable langue de l’Europe car elle permet le passage constant d’une culture à une autre. La monnaie, instrument d’échange et de partage, en est une aussi. Alors, votons.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/a-quoi-ressembleront-les-nouveaux-billets-deuros-lidentite-europeenne-ce-casse-tete-PCVSNVEP2NHXNM6WDWYGWHX6OI/

    Author : Luc de Barochez

    Publish date : 2026-08-02 06:30:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

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