Bis (et plus) repetita : à Cuba, le réseau électrique en est déjà à sa sixième panne générale de l’année. Dans la nuit du dimanche 2 au lundi 3 août, à 22h43, l’ensemble du système électrique national s’est déconnecté, plongeant La Havane et le reste du pays dans le noir. L’événement serait déjà sérieux s’il n’était pas devenu aussi régulier : la veille, tout l’ouest de l’île avait subi une panne générale. Le courant avait été rétabli dimanche après réparation. Quelques heures plus tard, retour à la case départ… Lundi, le réseau s’est de nouveau effondré alors que les autorités tentaient de le rétablir, en raison de « conditions météorologiques défavorables ».
À La Havane, certaines interruptions ont récemment dépassé trente heures. Dans les provinces, elles peuvent durer plusieurs jours. À l’échelle de 9,4 millions d’habitants, ces coupures se traduisent aussi par des réfrigérateurs qui s’arrêtent, de l’eau qui manque et des ventilateurs qui ne tournent plus.
La première explication est ancienne. Cuba produit encore une grande partie de son électricité grâce à sept centrales thermoélectriques âgées de plus de quarante ans. Elles ne sont pas toutes dans le même état, mais les arrêts techniques, les pannes et les réparations y sont fréquents. Or un réseau électrique fonctionne avec peu de goût pour l’improvisation : lorsqu’une centrale s’arrête, une autre doit pouvoir prendre le relais. À Cuba, cette marge s’est considérablement réduite. La crise économique que traverse l’île depuis cinq ans n’aide pas : le pays manque de devises pour acheter les pièces détachées, entretenir les installations et financer de nouveaux équipements. Une centrale tombe, elle est réparée, puis une autre s’arrête ; le système tient, mais avec de moins en moins de solutions de remplacement. Les délestages ne datent donc pas de 2026. Ce qui a changé cette année, c’est leur fréquence, leur durée et surtout le deuxième problème venu s’ajouter au premier : le manque de carburant.
Le pétrole, la panne dans la panne
Les centrales cubaines ont besoin de combustible pour produire de l’électricité. Les générateurs utilisés lorsque certaines installations cessent de fonctionner dépendent eux aussi du diesel importé. Le carburant sert donc à maintenir le réseau en fonctionnement, mais également à le remettre sur pied lorsqu’il tombe. La compagnie nationale d’électricité reconnaît que les pénuries rendent le système plus vulnérable et ralentissent son rétablissement. Même lorsqu’une installation est techniquement disponible, encore faut-il avoir de quoi l’alimenter. Le détail peut sembler évident ; il est devenu central dans la crise cubaine.
Car depuis janvier, les approvisionnements ont fortement diminué. L’administration Trump a imposé à Cuba un blocus pétrolier qui limite l’arrivée de carburant sur l’île. Washington n’a autorisé qu’un seul pétrolier russe depuis le début de l’année : 100 000 tonnes de brut arrivées en mars, désormais consommées. Le Mexique a également cessé ses exportations vers Cuba sous pression américaine. De son côté, le Venezuela, longtemps l’un des principaux soutiens énergétiques de La Havane, ne joue plus non plus le même rôle depuis la capture de Nicolas Maduro en janvier. Cuba a donc perdu plusieurs sources d’approvisionnement au moment même où son réseau aurait besoin de davantage de réserves pour compenser ses faiblesses.
C’est là que le rôle américain devient important, sans tout expliquer. Donald Trump n’a pas construit les centrales cubaines il y a quarante ans, pas plus que les sanctions ne sont responsables de plusieurs décennies de sous-investissement. Mais le blocus frappe précisément la ressource qui permet aujourd’hui à ce système vieillissant de continuer à fonctionner. Moins de pétrole signifie moins de production disponible, moins de possibilités de compenser une panne et moins de carburant pour les générateurs de secours.
Le problème ne s’arrête pas aux centrales. Les États-Unis ont également renforcé leurs sanctions contre plusieurs entreprises publiques cubaines, poussant certaines sociétés étrangères à suspendre leurs activités dans le pays. En même temps, les pénuries de carburant ont entraîné des annulations de vols et aggravé les difficultés du tourisme, l’une des principales sources de devises de l’île. Un mécanisme direct : moins de touristes signifie moins de devises. Moins de devises signifie moins de possibilités d’acheter du carburant, des pièces ou de nouveaux équipements à l’étranger. Et moins d’investissements dans le réseau signifie davantage de risques de nouvelles coupures. Un manque de moyens qui rend la sortie de la crise si lente : remplacer des centrales âgées de quarante ans, trouver de nouveaux fournisseurs et attirer des capitaux étrangers prend du temps. Les besoins du réseau, eux, n’ont pas beaucoup de patience.
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Publish date : 2026-08-04 08:31:00
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