Cet article a été publié pour la première fois dans L’Express du 15 juillet 1999
Pour Philippe de la Cotardière, auteur de L’Eclipse de Soleil du 11 août 1999, c’est un spectacle inouï, qui éveille les vocations d’astronome. Lui-même a été bouleversé par l’éclipse de février 1961, qu’il avait pu contempler, gamin, avec ses camarades de classe. Ce jour-là, il décide de faire partie de cette race très spéciale des « chasseurs d’éclipse », astronomes professionnels ou amateurs qui courent le monde pour voir le Soleil masqué par la Lune. « Ma plus belle expérience, dit-il, date du 18 juin 1983. J’étais parti en Indonésie pour un éblouissement de cinq minutes que je n’oublierai jamais. » Là-bas, il se retrouve au milieu d’une centaine de fanatiques qui avaient installé, qui sa lunette astronomique, qui sa caméra, pour capter l’instant où l’astre solaire disparaît en plein midi. La veille, il était tombé des trombes d’eau, et, le matin, des nuages noirs menaçaient de gâcher l’aventure. Et puis, miracle ! Au dernier moment, le ciel s’est dégagé. Le spectacle pouvait commencer.
Pour cette dernière éclipse totale du millénaire, la France est, selon Philippe de la Cotardière, particulièrement bien placée. Il faut en profiter, puisqu’on n’en verra pas d’autre au-dessus de l’Hexagone avant l’an 2081. L’idéal serait de s’installer – au coeur de la « bande de totalité », une zone de 110 kilomètres de largeur qui va du cap de la Hague jusqu’en Lorraine – sur la « ligne de centralité ». Se poster sur un point élevé, contrôlant ce qui se passe à l’ouest. Alors on voit arriver l’ombre de la Lune à 800 mètres à la seconde (2 850 km/h), qui enveloppe les gens et les choses. Dans les minutes qui précèdent l’éclipse, la lumière du Soleil diminue et la température baisse. A terre, on aperçoit des ombres volantes qui se déplacent capricieusement, provoquées par les mouvements de l’air. Là où il y a des arbres, les ombres des feuillages emprisonnent non plus des cercles lumineux, mais des croissants de plus en plus minces. Puis la tache noire de la Lune arrive devant le Soleil, jusqu’à le faire disparaître. Au dernier moment, il ne reste plus que l' »anneau de diamant », un ultime reste de lumière solaire.
Enfin l’obscurité se fait. La nature se tait. C’est une nuit exceptionnelle de quelques minutes, précise notre expert, qui n’a rien à voir avec une nuit normale, ni une nuit de pleine lune ou un crépuscule. On peut momentanément enlever ses lunettes pour admirer la couronne solaire, avec ses protubérances, ces flammes de couleur rose orangé qui dansent autour du cercle noir. On comprend mieux la terreur qui saisissait nos ancêtres, quand ils ignoraient le phénomène à l’origine de cette métamorphose. Maintenant qu’on en connaît les causes, il suffit d’admirer. « Les autres phénomènes naturels – éruptions volcaniques, séismes, ouragans ou cyclones – aboutissent souvent à des catastrophes, note Philippe de la Cotardière. Celui-ci est un spectacle. Ne le gâchons pas avec des peurs millénaristes stupides. »
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Publish date : 2026-08-11 05:30:00
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