Close Menu
    Facebook X (Twitter) Instagram
    IntelliNews
    Facebook X (Twitter) Instagram
    IntelliNews
    Home»FRANCE»L’Express»Frédéric Worms : « Bien organisé, notre emploi du temps est un instrument contre la panique qui menace le monde »
    L’Express

    Frédéric Worms : « Bien organisé, notre emploi du temps est un instrument contre la panique qui menace le monde »

    IntelliNewsBy IntelliNewsaoût 10, 2026Aucun commentaire17 Mins Read
    Facebook Twitter Pinterest LinkedIn Tumblr Email
    Share
    Facebook Twitter LinkedIn Pinterest Email

    Le 23 octobre dernier, son intervention lors du colloque de L’Express « Apprendre et se former à l’ère de l’IA » fut très remarquée. Professeur de philosophie à l’Ecole normale supérieure, dont il est actuellement le directeur, Frédéric Worms a récemment publié un nouveau recueil sur Bergson dans Avec Bergson (PUF, 2024), une étude sur La vie, qu’est-ce que ça change ? (Labor et fides, 2024) et un recueil de ses chroniques de philosophie sur France Culture (Le pourquoi du comment, philosophie, France Culture et Flammarion, 2024). Il publiera à la rentrée L’urgence la plus vitale (vie, sciences, justice), qui inaugurera une nouvelle collection d’essais aux Presses Universitaires de France. Membre du Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé, il apporte son expertise philosophique sur les grandes questions de société. Celle du temps sera l’un des grands enjeux à l’ère de l’IA, explique-t-il à L’Express.

    L’Express : Selon vous, l’emploi du temps est le grand défi de notre société à l’heure de l’IA. Pourquoi ?

    Frédéric Worms : Oui, l’emploi du temps ! Chacun sait qu’il est nécessaire d’organiser le temps, que c’est vital et social : ainsi à chaque rentrée scolaire, ces cases dans les carnets des élèves ! Mais ce qui est important c’est de tout y mettre : toutes les disciplines, et même le repos, le loisir, le sport, la culture, l’amitié, la famille, la vie sociale. Et que chaque moment soit complet dans sa « case » apparemment limitée par les autres besoins et urgences, mais qui de l’intérieur peut être si riche ! Chacun de nous sait que dans l’heure étroite indiquée dans nos « agendas » peuvent se nicher des moments infinis et même inoubliables (autant que des corvées inévitables ou urgentes et du temps « perdu » parfois) !

    Tout est là, donc, individuellement et collectivement, et plus que jamais, l’IA va tout réinventer, tout redistribuer, gagner du temps pour certains métiers, apprentissages, voire les rendre inutiles, et en libérer donc pour d’autres ! Il faut donc en parler, dans l’éducation avant tout, des plus petits enfants jusqu’aux adultes d’ailleurs, nous qui sommes tout le temps en formation continue désormais ! Et le partager équitablement dans nos sociétés ! Cela vaut dans tous les domaines et en particulier ceux-ci : l’éducation, la santé (la relation avec les médecins), le travail. Le partage du temps, du présent, de l’avenir (et même du passé d’ailleurs), quel plus grand enjeu de justice aujourd’hui ?

    Le contraire de l’emploi partagé et juste du temps, c’est la guerre. Il faut le maîtriser au sens des activités utiles comme à celui du temps libre — rendez-vous de travail, rendez-vous de plaisir, plages « ne pas déranger ». On a souvent peur de son emploi du temps ; mais bien organisé, individuellement, collectivement, et même à l’échelle mondiale, il devient un instrument contre la panique qui menace le monde.

    Bergson nous dirait probablement : j’ai opposé l’espace et le temps, mais l’essentiel est de mettre l’un et l’autre au service de la justice et contre la guerre, avec un emploi du temps raisonnable qui laisse aussi place à la création, à la liberté, aux œuvres imprévues — à la musique.

    Comment l’Education nationale pourrait-elle enseigner l’emploi du temps concrètement ?

    Sans doute l’importance de l’école a-t-elle été pour nous dans un triple apprentissage : intellectuel, social, mais aussi temporel. L’éducation nous donne une double maîtrise du temps : de son organisation, de son anticipation, de son « économie » (qui est un art du temps, comme le gouvernement), mais aussi de son contenu, de son intensité, de la participation.

    Ainsi l’IA va changer des choses : la transmission brute du savoir va sans doute se faire avec elle ; mais la participation orale, si elle est bien organisée et assumée, prendra plus et mieux de temps ! Et enfin il faudra consacrer du temps à l’IA. Mettre l’IA, le travail humain sur et avec l’IA comme un apprentissage désormais fondamental : le ministère vient de le faire pour les classes de seconde. Cela doit se faire de manière différenciée selon les moments et les âges de la vie bien sûr. Nous y réfléchissons bien sûr aussi dans une Ecole de recherche, interdisciplinaire qui plus est, du cœur de l’IA aux humanités, comme l’Ecole normale supérieure.

    Vous êtes un grand spécialiste de l’œuvre de Bergson, dont l’un des thèmes de prédilection était la durée. En quoi ce philosophe nous aide-t-il à penser notre usage du temps à l’ère de l’IA ?

    L’une des grandes leçons de Bergson c’est que plus on pense au temps, plus on le mesure et le calcule, moins on le vit de manière heureuse et créatrice. Penser au temps, se le représenter (comme on dit de manière révélatrice !), l’appréhender et non pas seulement le vivre et agir, c’est une nécessité sous le signe du besoin, parfois de l’urgence (et son tic-tac obsédant), mais j’ajouterais quant à moi, que c’est toujours s’en inquiéter et même en souffrir.

    Cela, Bergson l’avait vu, il y avait vu aussi la source de la science avec ses découvertes, qui peuvent gagner du temps, comme l’IA ! Mais c’est la source aussi de la peur et de ses effets sur notre imaginaire. Et cela conduit déjà à la réflexion sur le temps qui me paraît centrale aujourd’hui dans tous les domaines : tout se joue là, assumer le temps de l’inquiétude, mais aussi le temps gagné, peut-être même regagné, par la science en particulier, et non seulement pour affronter les risques mais pour créer de nouveau, pour créer du nouveau, du temps libre et inventif. Il faut donc une nouvelle philosophie du temps, pour notre temps.

    Dans une étude publiée en 2023, la Fondation Jean-Jaurès parlait du manque de temps comme d’un « mal du siècle »…

    Ce qui surprendrait le plus Bergson je crois, aujourd’hui c’est l’intensité et presque l’omniprésence de cette inquiétude, de ce que j’appelle notre « souffrance temporelle ». Bergson a connu les deux guerres mondiales — il est mort en 1941 — et savait déjà ce que sont les régressions de l’histoire. Dans son dernier livre, Les Deux Sources de la morale et de la religion, il montre que l’espèce humaine est alourdie non seulement par la technique, qui peut aussi la libérer, et par les besoins vitaux, mais surtout par une clôture morale : la vie est créatrice dans son principe, mais limitée dans ses effets, et la guerre en est l’un des signes, le plus dur mais aussi le plus important et vital à dépasser !

    Le risque, sinon, est d’ajouter les conflits humains à tous les autres besoins, bien loin de les résoudre. Pourtant, c’est difficile, et pour dépasser la guerre, disait-il, il faut soit de grands mystiques appelant à la paix, soit des institutions faisant appel à une raison qu’il jugeait importante mais insuffisante.

    Aujourd’hui, je pense qu’il serait très surpris des faces sombres de la technique — et pas seulement de l’IA : au même moment où la finitude de la vie devient aussi concrète, les puissances de l’humain deviennent si grandes, et devraient donc nous aider à répondre aux besoins objectifs. Il avait certes vu que la vie sur la planète entière pouvait être fragile dans son ensemble, mais pas à ce point. Il avait vu que l’intelligence humaine était puissante par ses « artifices » (il l’avait même définie comme technicienne, constructrice d’artifices) même s’il n’avait pas prédit son redoublement par un artifice qui l’imite elle-même à ce point pour le meilleur et pour le pire !

    Il pèserait de tout son poids aujourd’hui pour que l’IA puisse être (et sans doute quant au temps justement !) un processus d’émancipation : pour lui, la machine à vapeur marquait une étape historique, elle pouvait libérer l’humanité, et la technique allait du côté de la démocratie, de l’amour, de la paix, de la justice, même si les puissances de la guerre pouvaient s’en saisir. Il avait prévu les possibilités du pessimisme, mais aussi les ressources de l’optimisme. Je crois qu’il serait aujourd’hui surpris par le poids du négatif, par le fait que les inventions constituent un danger et que les machines menacent l’humain.

    Quelles sont ces « ressources de l’optimisme » ?

    Bergson nous dirait aussi qu’il ne suffit pas d’opposer l’amour, l’intuition et les grands mystiques à ces dangers : il faut aussi utiliser l’IA et la science contre leurs propres risques, ou les risques liés à certains de leurs usages, et en inventer d’autres. Il y a un danger très profond dans l’espèce humaine, qui est de renforcer la clôture par tous les moyens, mais il y a aussi en elle autre chose, la capacité à s’ouvrir, à désirer la paix, le progrès et la justice — et l’IA peut aussi servir à cela.

    Michel Serres, dont j’avais été l’étudiant, a longtemps cru qu’Internet mettrait les gens en relation, le savoir à disposition, que la petite « poucette » avec son doigt, renverserait la malédiction du Petit Poucet, condamné à la misère ! Et on pouvait croire en effet qu’aucune dictature ne résisterait à la circulation de l’information puisqu’il fallait tout contrôler pour mentir.

    Or, on voit aujourd’hui que les dictatures peuvent, en un clic, censurer tout un pays, et que les réseaux peuvent servir à la haine et même la démultiplier sans contrôle. On retrouve aujourd’hui l’image de la « crue » non seulement des fleuves ou des pluies, mais aussi des pulsions et c’est le même mot, la crue, la cruauté, le déferlement, de boue de « haine ».

    Bergson et Serres seraient sidérés par l’intensité nouvelle de cette face sombre, démultipliée par la technique, mais pour eux elle n’est pas due à la technique, elle fait partie de l’ambivalence de la nature humaine, et donc il faut l’affronter en lui opposant une perspective de libération et de justice, en se servant de la technique pour répondre aux dangers, libérer du temps, donner sens à nos vies, même et surtout aujourd’hui où elles sont menacées ! Je crois donc qu’ils garderaient tous deux — et moi aussi — l’idée qu’en y travaillant ensemble, on peut se servir de tout cela pour se libérer.

    Pour Bergson, le temps était plus créateur que destructeur. L’IA pourrait-elle réhabiliter cette vertu créative du temps ?

    C’est amusant, car l’IA est elle-même créative en un sens — dans « générative », il y a « créative ». Elle va sans doute créer des choses. Mais remplacera-t-elle Mozart ? Je n’y crois pas du tout : elle pourra faire « du Mozart », mais pour cela, il fallait déjà qu’il y ait eu un Mozart. C’est une question que je partage avec mon fils, compositeur, sur le génie et le chef-d’œuvre. Lui critique l’idée de génie ; Bergson, pour sa part, distingue le talent du génie — une distinction reprise par Péguy, puis par de Gaulle. Le grand talent, si extraordinaire soit-il, ne fait que recombiner ce qui existe déjà ; le génie crée quelque chose de radicalement nouveau. Selon Deleuze, Bergson fut le premier penseur à poser la question : comment la nouveauté est-elle possible ? Pour qu’elle le soit, il faut du temps créateur.

    La vraie question est donc de savoir si l’IA pourra créer une nouveauté absolue ? Une quarante et unième symphonie de Mozart, par exemple ? Je ne le crois pas : cette faculté restera propre aux humains, parce qu’elle suppose de l’angoisse et une subjectivité qui n’est pas seulement de l’intellectualité. La subjectivité, c’est ce qui fait que vous êtes-vous : votre état civil ne dit pas tout de vous, qui êtes la totalité imprévisible de votre propre durée. Cette totalité se révèle dans les moments clés — décisions graves, joie profonde, création. Pour créer le Requiem de Mozart, il fallait toute la vie de Mozart ; jamais une IA ne le créera, car comme le disaient Bergson ou Proust, chaque artiste invente une émotion qui devient aussitôt universelle, Mozart a inventé une nouvelle forme de tristesse qui n’existait pas avant lui.

    L’intelligence artificielle suscite une question existentielle, que l’on pourrait formuler ainsi : que vais-je faire de mes dix doigts ?

    Des taches vont disparaître, d’autres vont apparaître. Dans chaque secteur, les humains devront travailler avec l’IA. Il nous faudra faire à la fois avec elle, et faire sans elle : il y a des choses qu’on ne peut pas faire sans l’IA. En écoutant votre question, je me disais : il nous restera à faire l’amour ! Je me suis aussitôt corrigé : ça ne suffira pas. Et il nous restera, malheureusement, à faire la guerre, ou plutôt à tout faire pour l’éviter, mais en ayant conscience de ce risque. Mais concernant l’emploi, je crois que les questions viendront toujours des humains : ce sont eux qui identifieront les problèmes nouveaux — les nouveaux conflits, les nouvelles frontières techniques. Je reste, comme Bergson, un peu dualiste : il y a toujours deux aspects dans l’humain, et ce sont les humains qui verront surgir les problèmes inédits.

    Il restera aussi des conflits entre humains, que l’IA ne pourra pas régler, qui impliquent des grands choix éthiques et des arbitrages de justice dans une société démocratique, ce qui explique par exemple pourquoi nous avons besoin de lois sur la fin de vie. Ce ne sont pas seulement des questions métaphysiques : ce sont des questions de conflit. Le cas de Vincent Lambert était tragique, mais aussi parce qu’il y avait un désaccord profond entre sa mère et sa fiancée. Pour le meilleur et pour le pire, les humains resteront la voie d’entrée dans l’IA, même par le négatif : il faudra donc répartir les décisions, les responsabilités, penser la justice au temps de l’IA. Les humains seront les diagnostiqueurs, les arbitres, et pas seulement des victimes bien au contraire.

    Il faudra même être plus experts qu’avant. Les mathématiciens redoutent que l’IA démontre les théorèmes à leur place. Mais les bons mathématiciens trouveront de nouveaux problèmes. Les humains sauront critiquer les faux problèmes. Les données, ce sont les données, mais les problèmes restent l’affaire des humains.

    Enfin, tout métier est une interface entre humains, donc relationnel — que l’on soit industriel, banquier, avocat ou ouvrier. Les humains garderont trois choses : l’expertise des problèmes, la validation des solutions et le relationnel. Et dans le relationnel, on retrouvera toujours ce temps humain, dans tous les domaines, que l’on soit médecin ou plombier. On s’apercevra qu’aucun métier humain n’est purement technique.

    L’IA ne nous fait-elle pas prendre conscience que certaines activités humaines jugées aujourd’hui « improductives » sont en réalité essentielles ?

    Il faut éviter de croire qu’il existe des parts de la vie humaine purement techniques et d’autres purement non techniques : cette distinction traverse tout, à des degrés divers. Dans une relation amoureuse ou dans l’éducation d’un bébé, il y a beaucoup plus de relationnel que de technique — mais il y en a aussi. L’IA peut aider à planifier des vacances comme elle peut s’immiscer dans l’intime, avec des dangers énormes — les chatbots, par exemple. A l’inverse, le relationnel intervient même dans les métiers industriels : aucun d’entre eux n’est purement technique. Il ne faut donc pas se dire que l’humain est coupé en deux, mais chercher, dans chaque activité, un partage entre deux dimensions — une sagesse à trouver entre deux mondes, avec des dangers communs.

    Et il faut parler de ces dangers. Ils ne viennent pas de l’IA seule, mais de l’IA pour elle-même, ou pour contrôler les autres, au service de la guerre, du conflit ou du monopole. Le vrai problème, c’est sa disproportion : elle fait passer la pensée humaine à une échelle démesurée — un peu comme le nucléaire, qui sert à produire de l’électricité et à soigner dans les hôpitaux, mais dont le problème vient des déchets et de la disproportion de l’accident. Celui qui maîtrise toutes les données maîtrise tout, jusqu’à pouvoir détruire la planète. L’IA est une technique qui va tout changer, surtout si elle n’est pas contrôlée. Il faut donc en organiser le partage : c’est un problème commun, qui peut devenir un bien commun, à condition de le répartir.

    Les grands laboratoires d’intelligence artificielle recrutent des philosophes pour bâtir le cadre éthique autour de leurs innovations. Croyez-vous, comme l’annonçait récemment The Economist, que l’IA va provoquer un nouvel âge d’or de la philosophie ?

    Oui, je suis frappé de ce besoin de réflexion en temps réel qui tient à une raison profonde : chacun sent que l’IA touche à des questions de principe, qu’est-ce que la pensée, qu’est-ce qui distingue l’humain de la machine, comment définir ses usages les pires et les meilleurs, comment organiser une société et répondre aux dangers globaux avec elle sans qu’elle les aggrave mais au contraire en l’utilisant pour relever ces changements historiques ? Or, c’est très simple, dès que dans n’importe quel domaine on touche aux principes, on fait de la philosophie, en le sachant ou pas ! Et il y aura plusieurs philosophies pour répondre à une question de principe commune et nouvelle ! Il faut donc qu’on s’y mette tous en effet. Les chercheurs de toutes disciplines se parlent plus que jamais aujourd’hui.

    A l’Ecole normale supérieure, de quelle manière l’IA a-t-elle déjà bouleversé vos enseignements ?

    Nous travaillons à la fois sur l’IA, dans tous ses aspects, et avec elle. Il y a la recherche bien sûr que nous avons structurée d’abord autour d’un extraordinaire « centre de sciences des données » et désormais dans une initiative au plus haut niveau international : normalesup.ai. Mais il y a aussi l’enseignement, à l’ENS comme à PSL (où nous sommes au cœur de la « Paris School of AI »).

    Dans nos départements de sciences de l’Antiquité, par exemple, on ne fait plus beaucoup de versions à la maison : les traductions se font désormais à l’oral, en temps réel. L’oral, justement, est en train de reprendre sa place. On avait calculé qu’un étudiant français, au terme de toute sa scolarité jusqu’à bac+3, n’avait au total parlé que deux heures à l’oral en classe — ce n’est plus pensable aujourd’hui. On développe donc une pédagogie inversée, où les cours consistent moins en des exposés magistraux qu’en des interventions des étudiants : on ne juge plus l’étudiant sur une maîtrise objective et extérieure du savoir, mais sur sa capacité personnelle à le restituer. C’est très important, et ça bouge énormément.

    Nous bénéficions d’une interdisciplinarité qui permet des choses incroyables : des projets entre étudiants scientifiques et littéraires, des tables rondes IA et littérature extraordinaires. Il faudrait d’ailleurs beaucoup plus d’écoles comme l’ENS qui a cette chance, mais qui peut devenir « normale » partout ! (normale, ce n’est pas la banalité, c’est la référence partagée !). Nous allons d’ailleurs organiser, avec l’institut IA et société que nous avons fondé (avec l’Université PSL dont nous faisons partie et Dauphine-PSL qui en est une composante aussi) une vaste réflexion sur le temps qui jalonnera toute l’année à l’ENS et avec de nombreux partenaires ! En particulier sur les trois thèmes clés de l’éducation, du travail et de la santé et cette nouvelle économie du temps dans tous ces domaines.

    L’IA est très peu présente dans la précampagne présidentielle. Qu’attendez-vous des candidats dans ce domaine ?

    Le 25 septembre prochain, l’Ecole normale supérieure organisera une Nuit des données avec des conférences, des débats, des ateliers et des spectacles conçus par les enseignants-chercheurs de l’école. Nous réfléchirons sur les données sous toutes les formes et à l’aide de tous les savoirs, des sciences expérimentales aux lettres et sciences humaines. A cette occasion, nous pensons à mettre en place, non pas un débat directement ce n’est pas notre rôle, mais une plateforme de questions destinées à tous les candidats à la présidentielle concernant la politique de données qu’ils envisagent d’adopter. C’est vital.

    Il est à craindre que les programmes politiques ne parlent pas assez de science, alors qu’ils devraient s’en saisir pleinement — de l’IA en particulier. J’espère que les responsables politiques en ont conscience. Ici aussi la représentation du temps, avec ses inquiétudes, mais aussi ses opportunités, et ses fondements objectifs et scientifiques, y compris en histoire humaine (la figure de Marc Bloch doit nous inspirer encore) est au cœur du problème !



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/frederic-worms-bien-organise-notre-emploi-du-temps-est-un-instrument-contre-la-panique-qui-menace-le-HK6PFPKGZJFGPJMHFWSNQIGZGI/

    Author : Sébastien Le Fol

    Publish date : 2026-08-10 16:00:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

    L’Express
    Share. Facebook Twitter Pinterest LinkedIn Tumblr Email
    IntelliNews

    Related Posts

    Trop de satellites, pas assez de fusées : le casse-tête spatial de l’Europe

    août 10, 2026

    En Angleterre, le cas Jason Arday ravive la guerre culturelle au sein du monde académique

    août 10, 2026

    Chine : le petit commerce des grandes purges de Xi Jinping

    août 10, 2026

    Meurtre du rappeur Tupac Shakur en 1996 : pourquoi ce “cold case” est-il si célèbre ?

    août 10, 2026

    Frédéric Worms : « Bien organisé, notre emploi du temps est un instrument contre la panique qui menace le monde »

    août 10, 2026

    Colombia’s Earthquake Puts Abelardo De La Espriella, Its New President, to the Test

    août 10, 2026

    Portland’s mall rink was this couple’s ‘happy place.’ They were its last skaters.

    août 10, 2026

    22-year-old passenger dies after sudden medical emergency strikes aboard Southwest flight to LA

    août 10, 2026
    août 2026
    L M M J V S D
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
    31  
    « Juil    
    Catégories
    Archives
    Facebook X (Twitter) Instagram Pinterest
    © 2026

    Type above and press Enter to search. Press Esc to cancel.